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23/08/2018 10:18 EDT | Actualisé 23/08/2018 10:37 EDT

Que vaut la parole d’un politicien?

Un lien de confiance avec le citoyen est chèrement acquis, mais rompre celui-ci peut s'avérer irrécupérable.

LA PRESSE CANADIENNE
Jeux de coulisses, tractations et mensonges ont été le lot de ce qui est convenu d'appeler «l'affaire François Ouimet».

La vertu d'une promesse est que celle-ci soit exempte de tout changement. Dans de telles circonstances, nous pouvons nous attendre à ce que le premier ministre du Québec donne l'exemple. Malheureusement, celui-ci nous a démontré le contraire. Malgré cela, il a tenu à faire part à la population que: «Les gens qui travaillent avec moi et à mes côtés savent que je suis un homme de parole

La semaine dernière un député siégeant depuis presque 24 ans à l'Assemblée nationale s'est vu être remercié par le premier ministre qui lui avait promis de signer sa lettre de candidature au mois de mai dernier. Or, selon ce qui a été rapporté, depuis six mois environ, la relation entre le député et le parti n'était pas au beau fixe. Malgré cela, les ténors du parti y ont vu une occasion pour amorcer, à quelques jours du déclenchement de l'élection, un virage jeunesse ou, pour interpréter la ligne de parti: «entamer un renouveau.»

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Cependant, avec ce renouvellement des troupes, les citoyens du comté de Marquette et les militants de l'association de comté pouvaient espérer, à tout le moins, une candidature de calibre avec une certaine expérience et connaissance des enjeux politiques. Le parti du premier ministre a opté pour un ancien baroudeur de la Ligue nationale de hockey qui, par le passé, a souhaité pouvoir «passer deux minutes sur la glace» avec un ancien premier ministre, en l'occurrence Jean Charest.

Avec ses propos publiés lors des dernières années sur son compte Twitter, le nouveau candidat libéral a à plusieurs reprises dénigré le même parti dont il sera le porte-étendard tout au long de la campagne électorale. Ainsi monsieur Ciccone me semble renforcer l'idée que se font les citoyens à l'égard des politiciens: des hommes et des femmes qui ne sont qu'en quête de pouvoir et qu'ils ne veillent qu'à leurs propres intérêts. Malheureusement, cette élection fera en sorte, encore une fois, que la politique perpétue le cynisme.

Comme citoyen, il est inquiétant d'être témoin d'une telle désinvolture de la part d'une personne occupant la plus haute charge au Québec.

Jeux de coulisses, tractations et mensonges ont été le lot de ce qui est convenu d'appeler «l'affaire François Ouimet». Le plus troublant dans cette histoire est que le premier ministre a donné sa parole à un de ses députés, mais lorsqu'est venu le temps d'effectuer la sale besogne il a désigné le président du Conseil du Trésor pour servir d'émissaire.

Comme citoyen, il est inquiétant d'être témoin d'une telle désinvolture de la part d'une personne occupant la plus haute charge au Québec. Nous devons tout de même nous questionner. Quelles valeurs véhicule-t-on aux électeurs lorsque même la parole des élus entre eux n'est pas respectée? Comment peut-on faire confiance à un politicien qui persiste à dire qu'il a à cœur les intérêts de la population, mais qui fait fi des militants de l'association de comté lors du renvoi de leur député? Comment les citoyens peuvent-ils attribuer une quelconque crédibilité à un politicien qui laisse son président de campagne affirmer qu'un de ses adversaires causera une crise sociale, sans précédent, au Québec?

Ceci étant dit, cet événement préélectoral ne sera aucunement l'enjeu qui affectera la campagne à venir; cependant, il nous est permis d'en discuter, car il s'agit en fait de la construction d'un lien de confiance entre les citoyens et les élus. Les candidats et les candidates, pendant près de cinq semaines, vont s'acharner à nous énumérer des chiffres, à nous livrer des promesses sans lendemain, et à nous asséner quotidiennement d'un langage stérile et dépourvu de vision. En tant que citoyens, posons-nous la question suivante: «comment mettrons-nous la société en marche, si nos politiques continuent à parler dans le vide?»

En somme, peu importe qui occupe le siège de premier ministre et peu importe le parti qui est au pouvoir, la fonction exige de cette personne dignité, respect des autres et humilité. Les citoyens sont en droit d'exiger ces qualités fondamentales pour celui ou celle qui veut se voir accorder la confiance de la population et le privilège de diriger la destinée du Québec.

Un lien de confiance avec le citoyen est chèrement acquis, mais rompre celui-ci peut s'avérer irrécupérable.

Par contre, un premier ministre se doit à tout moment d'être intraitable envers lui-même, son entourage et quiconque oserait l'amener sur les voies du mensonge ou à trahir sa parole à l'égard des citoyens. Car au-delà des votes, de la partisanerie et du cynisme ambiant, un lien de confiance avec le citoyen est chèrement acquis, mais rompre celui-ci peut s'avérer irrécupérable.

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