LES BLOGUES
05/11/2018 13:04 EST | Actualisé 05/11/2018 13:16 EST

La lutte aux changements climatiques et la ligne rose, même combat?

La lutte aux changements climatiques ne peut attendre la première pelletée de terre de la mise en œuvre du chantier de la ligne rose.

A-t-on vraiment besoin de la ligne rose pour contrer les changements climatiques?
Olivier Jean / Reuters
A-t-on vraiment besoin de la ligne rose pour contrer les changements climatiques?

Le projet phare de la campagne électorale de Valérie Plante en 2017 était la mise en place d'une ligne de métro, communément appelée la ligne rose. Dès le départ, plusieurs, dont l'ancien maire Denis Coderre, ont déploré les coûts reliés à un tel projet, de l'ordre de 10 milliards de dollars. D'autres ne voyaient en ce projet qu'une immense frime électoraliste pour évincer le maire sortant. Quelques rares intéressés croyaient, et croient encore que le métro de Montréal aura bel et bien sa ligne rose.

Par ailleurs, ce qui a été discuté et proposé par le passé concernait plutôt le prolongement de la ligne bleue. Saviez-vous que 60 millions de dollars ont été dépensés pour faire des études et que, jusqu'à maintenant, aucune estimation des coûts n'a été dévoilée publiquement et officiellement?

Prenons par exemple le coût du prolongement de la ligne orange jusqu'à la Ville de Laval: le prolongement a coûté 809 millions de dollars. Au-delà du prix assumé par la collectivité, il a fallu faire l'acquisition de terrains, construire des débarcadères d'autobus ainsi que des stationnements incitatifs. Le prix du prolongement de la ligne orange a été de l'ordre de 156 millions du kilomètre et, en dollars d'aujourd'hui et en tenant compte que depuis 2007 l'inflation a été de 16%, aujourd'hui il en coûterait 180 millions du kilomètre.

La mairesse de Montréal voit son projet comme suit: l'estimation des coûts de construction de la ligne rose est de 250 millions par kilomètre en tunnel et 88 millions par kilomètre en surface.

De plus, voilà qu'un bureau de projet de la ligne rose a été lancé le 22 octobre dernier, et dont le coût sera d'un million de dollars. La mairesse a déclaré: «C'est un cri du cœur que j'envoie, mais ça demeure la seule et unique façon de vraiment contribuer de façon notable et efficace contre les changements climatiques.»

Nous ne pouvons être contre la vertu, mais est-ce la seule et unique façon d'y arriver?

A-t-on besoin de la ligne rose pour contrer les changements climatiques?

Les visions de la Ville de Montréal et du gouvernement provincial divergent à plusieurs égards, d'autant plus que Montréal n'a pas les pouvoirs pour légiférer dans le domaine des transports.

Voyons les options déployées à l'étranger.

À Londres, en Angleterre, les instances de cette ville ont institué le «London congestion charge». Cet outil est un péage urbain qui exige un droit de circulation à certains véhicules qui arrivent au centre-ville. Il s'agit de l'instauration d'une zone sur laquelle des frais s'appliquent lorsqu'un véhicule circule à des heures déterminées. L'horaire de tarification est de 7h à 18h, du lundi au vendredi. Les paiements peuvent s'effectuer par Internet, téléphone et texto.

Imaginons un instant un tel système pour Montréal. Nous avons déjà un système de paiement et d'inscription en place, comme celui du pont de l'autoroute 25, que nous pourrions utiliser dans le but de reproduire à Montréal l'initiative londonienne.

Ainsi, nous pourrions économiser d'énormes frais reliés à des études, des constructions, des expropriations et d'énormes tergiversations entre les différents paliers gouvernementaux.

Effectivement, il s'agit ici d'une zone de péage. Le fléau de la congestion automobile est le résultat d'un parc automobile qui va en grandissant, étouffant les accès au centre-ville de Montréal. Oui, les gens habitant le «450» auraient à payer pour se déplacer jusqu'au cœur de Montréal et, dans certains cas, les Montréalais aussi auraient à payer leur juste part.

Dans la réalité, le service de trains de banlieue est inefficace. Il est nécessaire de mettre davantage de financement dans le transport collectif, mais il faut aussi une volonté collective et politique si nous voulons contribuer à lutter efficacement contre les changements climatiques et, par le fait même, améliorer la circulation à Montréal.

La lutte aux changements climatiques ne peut attendre la première pelletée de terre de la mise en œuvre du chantier de la ligne rose, car d'ici à ce que cela se produise, l'urgence de la situation aura probablement déjà atteint un seuil trop critique.

Il ne s'agit pas ici d'une pensée magique, il faut simplement davantage étudier la question et l'ensemble de ses options. Par contre, tout un chacun sait que le prolongement du métro demeure improbable malgré toute la bonne volonté de la mairesse de Montréal. Les coûts sont énormes et la Ville de Montréal devra effectuer des opérations de charme auprès des gouvernements fédéral et provincial. Imaginons un instant l'instauration d'un péage urbain qui, pour certains, ne serait qu'une taxe déguisée. Le tollé!

La lutte aux changements climatiques ne se fera pas d'elle-même, il faut donc y aller d'un sacrifice et changer nos habitudes de vie. Toutefois, cela s'avère beaucoup plus difficile lorsque la majorité des citoyens est perplexe par rapport à cet enjeu. Construire de nouvelles stations de métro ou l'instauration d'une «taxe» pour agir rapidement? La question mérite que l'on s'y attarde.

La lutte aux changements climatiques ne peut attendre la première pelletée de terre de la mise en œuvre du chantier de la ligne rose, car d'ici à ce que cela se produise, l'urgence de la situation aura probablement déjà atteint un seuil trop critique.

À LIRE AUSSI:

» L'administration Plante, un an après
» Premier anniversaire de Valérie Plante: la «mairesse de la mobilité» place ses pions
» Transformer notre action syndicale pour gagner