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10/01/2019 10:41 EST | Actualisé 10/01/2019 10:54 EST

L’hypocrisie de la CAQ sur la laïcité

Signifier à quiconque vient s'installer ici que la religion n'influence et n'exerce aucun contrôle sur ses citoyens démontre la force indéniable de notre caractère et de qui nous sommes.

Un vieux débat reviendra s'immiscer bientôt dans le quotidien politique du Québec: la laïcité au sein de l'État québécois.
Peter Chen / EyeEm via Getty Images
Un vieux débat reviendra s'immiscer bientôt dans le quotidien politique du Québec: la laïcité au sein de l'État québécois.

«La vraie richesse d'un homme en ce monde se mesure au bien qu'il a fait autour de lui», le prophète religieux Mahomet.

Un vieux débat reviendra s'immiscer bientôt dans le quotidien politique du Québec: la laïcité au sein de l'État québécois. Les citoyens se sont finalement affranchis de l'alternance politique entre les fédéralistes et les souverainistes et maintenant vient le temps de renouer avec un pan de notre passé qui a été balayé sous le tapis par un aveuglement volontaire des gouvernements précédents. Peut-être que cette fois-ci l'abcès sera crevé une bonne fois pour toutes. Mais encore...

Toutefois, revoyons ce qui a constitué la genèse de ce regain d'intérêt pour la laïcité au Québec. Au printemps 2006, les autorités du YMCA de l'avenue du Parc, à Outremont, installent des vitres givrées à la demande de Juifs ultraorthodoxes, afin de cacher des femmes qui s'entraînent pour éviter que les membres de leur communauté ne puissent les voir.

Par la suite, au début de l'année 2007, le gouvernement libéral déclenche une élection, après avoir mis en branle la Commission Bouchard-Taylor quelques jours auparavant. L'événement d'Outremont sera exploité par l'ADQ de Mario Dumont et ainsi débutera la «crise des accommodements raisonnables».

C'est dans ce contexte que le code de vie d'Hérouxville et beaucoup d'autres cas d'accommodements seront rapportés par les médias et dénoncés par la classe politique. Sans oublier, quelques années plus tard, la Charte des valeurs québécoises, projet de loi déposé par le Parti québécois au mois de novembre 2013. Ce projet a polarisé une partie de la population, mais le gouvernement étant minoritaire et à la suite de sa défaite à l'élection de 2014, ledit projet de loi a été relégué aux calendes grecques.

Donc, en 2018 lors de l'élection générale, la Coalition avenir Québec de François Legault, veut régler une bonne fois pour toutes le sujet de la laïcité au sein de l'État, en arguant que le sujet aurait dû être réglé depuis longtemps déjà.

Enfin, un politicien qui n'a pas froid aux yeux, qui a à cœur l'identité québécoise et qui ne craint pas d'afficher l'héritage propre aux Québécois. Sans l'ombre d'un doute, plusieurs ont eu cette réflexion lorsque le premier ministre s'est exprimé durant et après la campagne électorale.

Religion ou patrimoine?

Or, depuis au moins les 50 dernières années, l'État québécois a contribué à déconfessionnaliser nos institutions publiques comme l'école, le réseau de la santé et à supprimer le serment religieux dans les tribunaux; il est tout de même déroutant qu'au 21e siècle certains aillent utiliser la Charte des droits et libertés du Canada dans le but d'exiger des accommodements religieux.

Néanmoins, si le premier ministre veut instaurer une «Charte de la laïcité» comme il l'entend le faire, il devra être conscient que cela inclut, aussi, tous les symboles issus de la religion catholique; l'État ne peut avoir deux poids, deux mesures.

Cela dit, pourquoi l'État québécois garderait-il les crucifix dans les cours de justice, et surtout celui de l'Assemblée nationale? «Notre position est claire concernant le crucifix, on le garde. [...] c'est un objet patrimonial important», a affirmé François Legault au mois d'octobre dernier.

Un objet patrimonial! Ah! Tiens donc.

S'agit-il ici d'un modeste soupçon d'hypocrisie de la part d'un premier ministre et de son parti? À moins que dans la population québécoise il y ait une recrudescence de la foi catholique et que les fidèles se remettent, en vague, à retourner sur les bancs d'églises?

Tâchons de ne pas faire abstraction de la symbolique derrière l'Église catholique et sa mainmise et son action d'asservissement sur la population du Québec. Ayons un devoir de mémoire à l'égard des multiples scandales sexuels perpétrés, partout dans le monde, par des monstres au nom de la foi catholique. N'oublions pas qu'un symbole, tel un crucifix, est tout le contraire d'un objet patrimonial, mais un emblème de tourments et de soumission, car le débat porte bel et bien sur la question des signes religieux ostentatoires et non pas sur le patrimoine québécois.

Il est inimaginable d'interdire le port de signes religieux à des hommes et des femmes en position d'autorité et de possiblement leur faire perdre leur emploi, alors que de l'autre côté le gouvernement juge qu'il est normal de garder une relique du catholicisme dans les lieux gouvernementaux.

Finalement, si le gouvernement considère que le crucifix est un objet patrimonial et que l'histoire du Québec s'en portera moins bien si on l'enlève, alors il devrait reconsidérer son projet de loi à cet effet. Car les Québécois n'ont aucunement besoin d'un tel bidule pour assumer leur identité.

Être un citoyen francophone en Amérique du Nord, faire partie d'une nation forte et fière et de signifier à quiconque vient s'installer ici que la religion n'influence et n'exerce aucun contrôle sur le sort de ses citoyens, via quelques signes religieux que ce soit, bien cela démontre la force indéniable de notre caractère et de qui nous sommes.

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