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06/12/2018 12:59 EST | Actualisé 06/12/2018 13:00 EST

L’environnement: le nouveau contrat social?

Il y a deux constantes: l'urgence d'agir en ce qui concerne les enjeux environnementaux et les citoyens qui ne sont pas prêts à modifier leur mode de vie et diminuer leur pouvoir d'achat.

L'argument économique a la valeur presque d'un mantra au sein de la classe politique, mais il ne s'agit en fait que d'un faux-fuyant afin qu'ils puissent prétendre être à l'écoute des citoyens.
Jose A. Bernat Bacete via Getty Images
L'argument économique a la valeur presque d'un mantra au sein de la classe politique, mais il ne s'agit en fait que d'un faux-fuyant afin qu'ils puissent prétendre être à l'écoute des citoyens.

«Il est certain que les peuples sont, à la longue, ce que le gouvernement les fait être», Jean-Jacques Rousseau, philosophe français.

Partout sur la planète les événements se bousculent: en France, la crise sociale déclenchée par une hausse de taxe sur l'essence (l'équivalent d'une taxe sur le carbone) décrétée par le gouvernement a vu les «Gilets jaunes» mettre Paris à feu et à sang. Les populations hors des grands centres français sont directement touchées et font les frais de l'empressement du président français, Emmanuel Macron, qui tient à mettre de l'avant un programme environnemental coûte que coûte, et ce malgré le fait que son programme a été imposé sans aucun débat.

Par ailleurs, le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec a été élu avec un mandat fort et majoritaire, malgré l'omniprésence du débat environnemental sur les tribunes publiques. Le gouvernement de François Legault appuiera des projets comme celui du pipeline de gaz naturel qui doit se rendre au Saguenay, ou encore l'autre projet d'usine d'urée et de méthanol à Bécancour.

Le premier ministre a souligné lors de l'assermentation de son équipe qu'il avait pris acte de la préoccupation des citoyens à l'égard des changements climatiques, mais son parti n'a pas été élu en fonction de cet enjeu.

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Et que dire du gouvernement Trudeau qui a nationalisé un vieux pipeline dans l'Ouest canadien tout en se targuant d'être pro-environnement, alors que le Canada a le pire bilan des pays qui assistaient récemment au G20 en ce qui a trait aux émissions de gaz à effet de serre.

Et que dire du président américain Donald Trump qui a balayé du revers de la main un rapport gouvernemental concluant qu'il pouvait y avoir des conséquences négatives du changement climatique sur l'économie? Il «n'y croit pas», et puis c'est tout.

Or, dans ces exemples, il y a deux constantes: l'urgence d'agir en ce qui concerne les enjeux environnementaux et l'autre est que les citoyens ne sont pas prêts à modifier leur mode de vie et ainsi diminuer leur pouvoir d'achat.

Comme nous pouvons le remarquer avec le mouvement des «gilets jaunes» en France, il y a des constats qui peuvent amener d'autres pays, ou nations, à tirer quelques leçons: comment faire en sorte que la nécessaire transition écologique ne se fasse pas au détriment du pouvoir d'achat ou de la compétitivité des entreprises? Une conjonction trop rapide entre des objectifs sociaux et écologiques à l'égard du développement durable entraîne inévitablement plus de problèmes qu'elle n'en résout; elle alimente les réticences des acteurs sociaux ainsi que leur scepticisme devant l'articulation d'actions écologiques et sociales.

Néanmoins, nous pouvons aussi constater que les politiciens hésitent, tergiversent et voient dans le dossier de l'environnement une entrave à leur économie. Et sans oublier le nombre de votes qu'ils peuvent remporter, ou perdre, lors de la prochaine élection.

L'argument économique a la valeur presque d'un mantra au sein de la classe politique, mais il ne s'agit en fait que d'un faux-fuyant afin qu'ils puissent prétendre être à l'écoute des citoyens.

Une sorte de clivage se dessine à l'horizon, où d'un côté vous avez des gens économiquement à l'aise et bien nantis qui sont prêts à sacrifier quelques somptuosités, allant même jusqu'à s'autoflageller sur la place publique comme le dit Louis Morissette: «Je représentais exactement le problème, c'est-à-dire le gars de banlieue de 45 ans qui a des enfants, qui n'a pas le choix d'avoir un char...» Certaines personnes luttent pour comprendre leur propre culpabilité. Et pourtant ils sont incapables de justifier le rôle qu'ils ont joué là-dedans.

Alors que bien des hommes et des femmes, représentent la classe moyenne et qui souvent peinent à joindre les deux bouts, n'iront pas se procurer le dernier modèle de voiture électrique de Tesla. Ils se contenteront d'une voiture usagée, à essence. De plus, ces gens ont un pouvoir d'achat plus limité et pour eux un pacte environnemental signé par des artistes dont la béatitude ne va aucunement dans le sens de la réalité, bien une telle vertu profite davantage à ceux qui veulent se donner une conscience environnementale.

En somme, les différents acteurs politiques et sociaux ont le devoir d'informer et d'éduquer quiconque sur les problèmes environnementaux. Cependant, un gouvernement ne peut s'affranchir de sa responsabilité d'entamer le dialogue sur des mesures de transition écologique avec ses citoyens tout en diminuant les impacts sociaux. Comme un gouvernement se doit d'aller au-delà de la partisanerie politique, des enjeux électoralistes et convaincre les gens que l'environnement est profitable économiquement.

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