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22/11/2018 10:29 EST | Actualisé 22/11/2018 14:12 EST

La démocratie à bout de souffle

L'Occident et les démocraties se retrouvent face à des craintes et des appréhensions de citoyens qui voient dans la mondialisation un saccage de leur économie et de leurs valeurs sociétales.

Depuis quelque temps déjà, un vent de populisme souffle sur les braises du nationalisme, que ce soit en Amérique du Nord avec les États-Unis et Donald Trump, en Amérique du Sud au Brésil avec Jair Bolsonaro (photo) ou en Europe.
Bloomberg via Getty Images
Depuis quelque temps déjà, un vent de populisme souffle sur les braises du nationalisme, que ce soit en Amérique du Nord avec les États-Unis et Donald Trump, en Amérique du Sud au Brésil avec Jair Bolsonaro (photo) ou en Europe.

«L'absence de garanties sociales et institutionnelles fournit un terrain fertile aux mouvements populistes alimentés par la peur», Richard Eldeman, spécialiste en relations publiques.

Depuis quelque temps déjà, un vent de populisme souffle sur les braises du nationalisme, que ce soit en Amérique du Nord avec les États-Unis et Donald Trump, en Amérique du Sud au Brésil avec Jair Bolsonaro ou en Europe, avec des pays comme la France, l'Allemagne et l'Autriche, qui sont aux prises avec de nombreux défis se rattachant à cette mouvance.

Le populisme d'aujourd'hui traîne dans son sillage un nationalisme qui amène de profondes réflexions, dont doivent tenir compte les différentes classes politiques, face à des problématiques sociales et économiques parfois dépourvues de logique et de rationalité. Plusieurs constatent que dans la population, il existe bel et bien un malaise. Il se perçoit entre autres par les résultats au sondage du journal Le Monde publié en 2016, où un Français sur cinq se disait prêt à choisir un régime autoritaire plutôt que le modèle démocratique actuel. Un tel constat donne froid dans le dos, mais révèle tout de même un indice que tout n'est pas au beau fixe.

L'Occident et les démocraties se retrouvent face à des craintes et des appréhensions de citoyens qui voient dans la mondialisation un saccage de leur économie et de leurs valeurs sociétales.

Nous avons pu le constater avec l'élection de Donald Trump aux États-Unis, qui a exacerbé les tensions sociales au sein de la société américaine. Il emploie les mêmes tactiques populistes pour sa politique étrangère, et à un tel point, que son populisme s'est retrouvé auréolé de manière exponentielle. N'est-il pas anormal que le leader de la plus grande économie au monde ait plus de difficultés à s'entendre avec ses alliés naturels qu'avec des dictateurs?

L'Occident et les démocraties se retrouvent face à des craintes et des appréhensions de citoyens qui voient dans la mondialisation un saccage de leur économie et de leurs valeurs sociétales. Ainsi, la classe politique et les élites sont considérées être les responsables des maux qui affligent les démocraties. Pourtant, plusieurs ne voient dans ce phénomène qu'une volatilité momentanée des citoyens qui ont fait les frais de la mondialisation et qui, aujourd'hui, nourrissent une colère contre un système qui parfois les renie.

Par leur populisme, ils corrompent les démocraties en brandissant l'illusion qu'un repli sur soi est une panacée et qu'ils possèdent le monopole de la vertu et de la conscience politique.

Alors des quidams, dont les convictions politiques ne visent qu'à assouvir leur soif de pouvoir, se nourrissent de la méfiance politique qu'ont les citoyens envers celle-ci. Ils vont alors pilonner sur les enjeux identitaires dans un contexte où l'immigration crée des changements sans précédent et à une vitesse insoupçonnée, afin d'attiser une méfiance envers l'immigration et sur la perte de l'identité.

Ainsi, par leur populisme, ils corrompent les démocraties en brandissant l'illusion qu'un repli sur soi est une panacée et qu'ils possèdent le monopole de la vertu et de la conscience politique. Les apôtres du populisme entendent restaurer l'unité du «vrai» peuple, autour de «vrais» chefs qui l'incarnent et qui se présentent comme les protecteurs de la nation.

Pour s'affranchir des populistes, il faut des politiciens à l'affût, car ils seront confrontés à des despotes qui chercheront à discréditer les contre-pouvoirs, notamment la justice et les médias, dans le but de les affaiblir.

Mais alors, qu'est-ce qui amène des pans d'une société à vouloir explorer des lieux qui, à première vue, semblent mener directement à la création de fossés pour ainsi nourrir les ambitions despotiques de personnages profitant d'un contexte rempli de paradoxes?

Comme le dit l'adage, la nature a horreur du vide. En ce moment, il y a un espace inoccupé entraînant certaines dérives de la part de mouvements politiques et sociaux, qui ne font aucun sens pour les démocraties. Il faut restituer un cadre pour contrer la polarisation politique actuelle qui empêche tout dialogue susceptible d'amener la gauche et la droite à rééquilibrer le débat politique et social vers le centre d'où le gros bon sens devrait, en temps normal, prévaloir.

Pour s'affranchir des populistes, il faut des politiciens à l'affût, car ils seront confrontés à des despotes qui chercheront à discréditer les contre-pouvoirs, notamment la justice et les médias, dans le but de les affaiblir. Ils devront faire preuve de vigilance face à de tels phénomènes populaires et éviter les dérives émotionnelles comme les théories du complot et les chocs des cultures et des identités.

En guise de conclusion, voici comment est défini le populisme par Jacques de Coulon, professeur de philosophie et de sciences religieuses: «Une perversion de la démocratie et de la notion de personne humaine.»

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