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11/10/2018 11:21 EDT | Actualisé 11/10/2018 11:25 EDT

Une crise sociale à notre porte?

À plusieurs égards, la Coalition avenir Québec vient de faire entrer le Québec dans une nouvelle ère politique.

En évacuant le débat sur la souveraineté, la dernière élection a mis la population face à une conjoncture où la polarisation entre la gauche et la droite sera désormais au centre des enjeux publics.
Martin Ouellet-Diotte/AFP/Getty Editorial
En évacuant le débat sur la souveraineté, la dernière élection a mis la population face à une conjoncture où la polarisation entre la gauche et la droite sera désormais au centre des enjeux publics.

«François Legault constitue une menace à la paix sociale», Alexandre Taillefer, président de la campagne électorale du PLQ 2018.

À plusieurs égards, la Coalition avenir Québec vient de faire entrer le Québec dans une nouvelle ère politique. En évacuant le débat sur la souveraineté, la dernière élection a mis la population face à une conjoncture où la polarisation entre la gauche et la droite sera désormais au centre des enjeux publics.

Fort de sa majorité parlementaire avec 74 députés, dont 30 femmes, et possiblement la parité hommes-femmes au Conseil des ministres, le nouveau gouvernement a mis cartes sur table en affirmant que le débat sur la laïcité sera à l'ordre du jour.

La manœuvre a semblé malhabile, en évoquant dès le départ la clause nonobstant, voire inutile, en relançant une discussion qui, comme une chimère latente, n'a jamais été évacuée complètement du paysage politique québécois.

La CAQ n'a jamais caché que le sujet de la laïcité était dans son programme et qu'elle voulait appliquer certaines des recommandations du rapport Bouchard-Taylor. Plus récemment, les médias ont dévoilé que le gouvernement pourrait inclure, dans un futur projet de loi, une clause grand-père ainsi qu'une clause de droit acquis.

Or, d'ardents défenseurs d'une gauche dogmatique et altermondialiste sont déjà à l'œuvre, afin de démontrer leur mécontentement face à un parti politique manifestement «raciste», comme en fait foi la manifestation du 7 octobre 2018. «Restons vigilants et unis face aux provocations de ce gouvernement qui représente un véritable danger social pour notre société», a lancé Safa Chebbi, la coordonnatrice de programmes à la fondation Filles d'Action.

Une intervenante avait déclaré, avant la tenue de la manifestation, que le fait de croire que le Canada est un pays qui n'est pas raciste n'est en fait qu'un mythe. Et celle-ci d'ajouter: «C'est un pays fondé à partir de la colonisation, de l'extermination des peuples autochtones.»

En contrepartie, Manon Massé a déclaré qu'elle réfutait l'idée que François Legault et son parti étaient racistes. Aussi, le premier ministre élu et son parti ont refusé sans ménagement les félicitations de Marine Le Pen. Durant la campagne, et même après celle-ci, la CAQ s'est dissociée des propositions ainsi que des propos du groupe d'extrême droite La Meute.

Malgré cela, Safa Chebbi persiste en soulignant que ce refus d'association n'est pas suffisant. «Ça n'a aucune importance, car de toute façon, le projet politique [de M. Legault] trouve écho chez plusieurs forces d'extrême-droite, la preuve étant que Marine Le Pen a été la première à le féliciter», a-t-elle déploré. Les jeux sont faits, semble-t-il: la CAQ est raciste, antiféministe, xénophobe.

Faut-il rappeler, dans ce contexte, que les députés n'ont même pas encore été assermentés, nous ignorons l'identité des futurs membres du Conseil des ministres, l'Assemblée nationale n'a pas siégé et aucun projet de loi n'a été déposé.

En effet, la CAQ se retrouve dans l'œil de l'ouragan de la laïcité, car la volonté politique de clore ce débat n'a jamais été au rendez-vous. Comme le dit l'adage, si nous ignorons l'histoire, celle-ci a tendance à se répéter.

Dans cette palabre, il y a un joueur important qui a laissé perdurer et rancir la situation, en démontrant un profond manque de leadership sur ce sujet: il s'agit du Parti libéral du Québec, avec les gouvernements de Jean Charest et de Philippe Couillard. Et comme en font foi les résultats de la dernière élection, le PLQ s'est aliéné le lien de confiance de la majorité francophone en négligeant, ou en ignorant, les préoccupations de celle-ci. Le PLQ a commis la faute ultime qui vient avec l'usure du pouvoir: il n'entendait plus la population, pire il ne l'écoutait plus.

Aujourd'hui, une partie de la population québécoise a trouvé preneur face à ses préoccupations identitaires, culturelles, religieuses et politiques et il s'avère que la CAQ a été à leur écoute.

Ainsi donc, malheureusement comme dans tous les extrêmes, autant de la gauche que de la droite, ces groupes n'écoutent en fait que leurs discours et n'adhèrent qu'à leurs concepts de la vérité sans chercher à faire preuve de rationalité dans un débat qui inévitablement, avec le temps, devient irrationnel.

Nous pouvons qu'espérer que le tout se déroule dans le calme avec logique et rigueur, afin qu'une bonne fois pour toutes qu'il en résulte un consensus de la part de tout un chacun.

«Aucun progrès important n'a jamais été réalisé dans les sciences, la politique ou la religion, sans controverse». Citation de Lyman Beecher, pasteur américain.

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