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13/06/2015 08:38 EDT | Actualisé 13/06/2016 05:12 EDT

La vérité chilienne

La continuité des reformes malgré la crise actuelle est vitale pour réduire les inégalités au Chili.

Depuis le retour à la démocratie en 1990, le Chili a consolidé son économie sur les investissements étrangers et les ressources minières, dopant la croissance économique pendant deux décennies. Avec un taux de pauvreté qui est passé de 40% en 1990 à 14% en 2013, le Chili est surnommé parfois la Suisse de l'Amérique latine pour son développement supérieur aux autres pays latino-américains.

Cependant, selon la Commission économique des Nations unies pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), le Chili reste l'un des champions sur la scène internationale en matière d'inégalités, ayant un des coefficients de Gini les plus élevés de la planète, tout comme le Brésil.

La majorité des Chiliens en soif de droits et d'égalité

Le Chili a changé rapidement ces dernières années. Les attentes sont différentes à celles du début des années 1990. Depuis son retour au pouvoir en mars 2014, Michelle Bachelet a entrepris un agenda de réformes structurelles pour accomplir son objectif principal: réduire les inégalités. En un an, la réforme fiscale est en ordre de marche, ainsi que la réforme de l'éducation (passer d'un système lucratif a la gratuité de la scolarité pour 60% des étudiants en 2016), le changement du système électoral binominal (héritage de la dictature de Pinochet), l'union civile pour les couples homosexuels approuvée par le congrès, et l'annonce présidentielle d'une nouvelle constitution avant la fin de son mandat.

Pour les étudiants, l'un des changements attendus de l'actuel gouvernement est l'accès gratuit à l'éducation et la prise en compte de la jeunesse au sein de la formulation des politiques publiques. Rappelons que dans le pays de Neruda, l'endettement par étudiant est souvent de plus de 10 ou 15 ans pour pouvoir accéder à une formation universitaire. Depuis les grandes manifestations étudiantes de 2011, la société chilienne est plus consciente de ses droits et des reformes nécessaires pour y accéder.

Bachelet paie le prix des reformes

La réforme fiscale, effectuée dans un temps relativement court (cinq mois), a été réalisée pour redistribuer les richesses et financer la réforme de l'éducation. Cependant, depuis le retour de Michelle Bachelet au pouvoir, l'opposition et le secteur privé ont exercé un climat de pression extraordinaire, accusant cette réforme de faire fuir les investissements étrangers, ce qui s'est avéré faux pour le premier trimestre 2015.

Cette réforme fiscale a été un succès pour la présidente et son gouvernement, mais le prix politique payé est très élevé.

Ainsi, le nombre de retraits des poids lourds fidèles de la présidente s'est fait remarquer lors du premier remaniement ministériel en mai dernier. Les libéraux ont rapidement rejoint les rangs du gouvernement pour imposer un agenda de réformes plus modéré, conséquence du climat de peur instauré par la droite et aidé par un contexte économique plutôt défavorable. C'est donc le réalisme politique qui reprend le dessus et pousse la présidente à conformer un gouvernement plus modéré et à atomiser ses réformes.

Un autre facteur qui dévie l'attention des réformes est la tourmente que vit la quasi-totalité de la classe politique chilienne par rapport aux financements illicites de campagne électorale, notamment des anciens ministres responsables de la campagne et proches de Madame Bachelet, mais aussi plusieurs sénateurs et autorités de l'opposition, qui devront se présenter devant la justice prochainement. Cependant, étant dans un pays ou la presse appartient à deux grands groupes conservateurs, Michelle Bachelet doit faire face à un acharnement médiatique constant depuis l'éclatement de cette crise politique.

La continuité des reformes malgré la crise actuelle est vitale pour pouvoir poursuivre le progrès pour plus d'égalité au Chili. Un pays sans cohésion sociale est contre-productif pour le développement futur. Pablo Neruda s'exprimait ainsi: «L'espoir a deux très beaux enfants, le dédain et le courage. Le dédain pour la réalité des choses, le courage pour les changer».

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