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09/04/2015 10:55 EDT | Actualisé 09/06/2015 05:12 EDT

Pourquoi l'économie de marché ne peut-elle pas sortir les pauvres de la misère?

Réponse courte : parce que ce n'est pas sa fonction. L'économie de marché ne connaît que l'échange. Elle ne sait rien du partage.

Voici une définition de l'économie de marché : «système dans lequel les agents économiques (entreprises, individus) ont la liberté de vendre et d'acheter des biens, des services et des capitaux. Chacun agit alors en fonction de ses intérêts ; le profit, considéré positivement, y figure comme la récompense du risque. Les défenseurs de l'économie de marché estiment qu'un tel "laissez faire" favorise la croissance économique. Une économie de marché s'oppose à une économie planifiée dans laquelle toutes les grandes décisions sont prises par l'État.» (Perspective Monde - Université de Sherbrooke)

Synonymes : économie capitaliste, libre marché.

Prenez une île déserte, débordante de matières premières. Combien vaut-elle? Rien du tout si elle reste inexploitée. C'est le travail des hommes et des femmes qui est créateur de richesse. Créer de la richesse, c'est modifier notre rapport au monde. C'est transformer des matières premières en biens de consommation. C'est changer des idées en œuvres utiles, sinon désirables.

Les États-Unis sont très riches. Il faut être riche pour construire des autoroutes qui traversent des déserts hostiles et qui aboutissent dans des Las Vegas extravagants.

Pourtant, plus de 40 millions d'Américains sont pauvres puisqu'ils reçoivent des food stamps. Parmi eux, nombreux sont ceux qui ont un revenu de travail. Mais ils sont si mal payés qu'ils doivent recourir à l'aide sociale pour joindre les deux bouts.

Les États-Unis sont les champions de l'économie de marché depuis la Boston Tea Party en 1773. Si ce système avait pu enrayer la pauvreté, tous les Américains sans exception seraient riches aujourd'hui.

Pourquoi le libre marché ne peut-il pas enrichir tout le monde? Tout simplement parce que sa fonction est de créer de la richesse, pas de la partager. On peut dire qu'il s'acquitte de sa tâche plutôt bien. Le monde est presqu'entièrement capitaliste et, bon an, mal an, le P.I.B. mondial augmente sans cesse.

Par contre, le libre marché n'a pas pour rôle de partager la richesse. La richesse appartient à son créateur qui en dispose à sa guise.

Un entrepreneur veut faire de l'argent. C'est sa seule ambition. Si pour cela, il doit créer des emplois, il le fera, mais au plus bas prix possible. S'il sort quelqu'un de la pauvreté, ce sera par hasard. Il veut accaparer sa richesse pour lui seul, si c'est possible. Il n'a pas du tout l'intention de la partager. Au mieux, il donnera des miettes à des œuvres charitables. Des miettes qui n'affecteront en rien la valeur de son patrimoine.

La richesse n'est pas extensible. Il n'y en a pas plus qu'on en crée. Si on la garde pour soi, il ne reste rien pour tous ceux qui, quelle que soit la raison, sont incapables d'en créer.

Richesse et pauvreté sont des concepts relatifs. Je trouve mesquins ceux qui prétendent que les plus pauvres parmi nous sont plus riches que le roi Louis XIV, sous prétexte qu'ils ont l'électricité, le téléphone, l'eau courante, et même la télé couleur... On trouve toujours plus pauvre et plus riche que soi. Les pauvres d'ici ont de meilleures conditions de vie que ceux de presque partout ailleurs. N'empêche qu'ils sont très pauvres relativement aux autres Canadiens si leurs revenus ne dépassent pas le salaire minimum.

Tout bon capitaliste sait que plus il aura de pauvres à sa disposition, plus sa main-d'œuvre sera docile et bon marché. Simple question d'offre et de demande. En fait, il a objectivement besoin des pauvres pour maintenir ses coûts de production le plus bas possible. Voilà pourquoi il préfère les aider en leur faisant un peu la charité. D'autant que c'est déductible d'impôt!

Le système capitaliste a été, jusqu'à maintenant, un moindre mal. Il s'est montré efficace pour créer de la richesse, mais incapable de la partager convenablement. En fait, la notion de partage est absente du système. Tu crées de la richesse ou tu meurs si tu ne trouves pas d'âmes compatissantes sur ton chemin. C'est simple.

Vu sous l'angle économique, le XXe siècle a commencé avec la révolution communiste en Russie et s'est poursuivi avec le krach boursier de 1929 à New York. Roosevelt a instauré l'État providence en Amérique avec le New Deal dans les années trente. Comment se fait-il que les purs et durs de l'économie de marché aient enduré cela? Parce qu'ils n'ont pas eu le choix. Il fallait démontrer la supériorité du capitalisme sur le communisme. Nous avons vécu trois décennies qui ont vu grandir la classe moyenne de manière spectaculaire.

Puis il y a eu la chute du mur de Berlin et l'échec fracassant du communisme. Ce fut le triomphe du capitalisme. Libérés de leurs ennemis jurés, les tenants du libre marché ont retrouvé leurs chères vieilles habitudes : s'accaparer du maximum par tous les moyens. L'idée de partager n'effleurera jamais leur esprit mercantile. Au point où ils se battent vigoureusement pour ne plus payer d'impôts ou, à défaut, en payer le moins possible.

Il est évident qu'on ne peut compter sur l'économie de marché pour partager la richesse. Il faut laisser à l'État cette responsabilité par le biais de programmes sociaux reliés à la santé, à l'éducation et à l'assistance. Cela n'éradiquera pas la pauvreté puisqu'elle est systémique, mais cela la rendra plus supportable et moins humiliante.

Je termine comme j'ai commencé, avec Perspective Monde : «Dans la plupart des sociétés, l'économie de marché se combine avec des restrictions ou des balises imposées par l'État en vue d'un meilleur fonctionnement du marché. Une telle économie n'est pas incompatible avec l'existence de programmes sociaux et d'un État interventionniste, à moins que celui-ci ne dépasse une certaine limite. Dans la plupart des économies de marché, la part la plus importante des biens est régie par l'économie de marché. Certains secteurs - éducation, santé, transport en commun - peuvent cependant être assumés par l'État ou selon la logique d'une économie planifiée.»

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