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06/01/2017 08:41 EST | Actualisé 06/01/2017 08:41 EST

Les 4 grands défis économiques du Québec en 2017

Cette nouvelle année amènera son lot de casse-tête en matière économique, particulièrement pour le gouvernement du Canada et du Québec.

Cette nouvelle année amènera son lot de casse-tête en matière économique, particulièrement pour le gouvernement du Canada et du Québec. Quatre grands défis économiques se dressent devant le Québec et nous serions sots de penser, comme travailleurs et contribuables, que ces éléments n'auront pas d'impacts sur notre quotidien.

1. COMMERCE EXTÉRIEUR - ALÉNA et Europe

La possible réouverture de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) selon le souhait exprimé à multiples reprises par le président Trump est sans contredit le dossier de l'heure pour le gouvernement fédéral. Malgré le ton rassurant de l'ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton, il faut se questionner sur la capacité de la diplomatie canadienne à se brancher sur cette nouvelle administration américaine plutôt hétéroclite. Si le président Trump souhaite réellement revoir les dispositions de l'ALÉNA ou encore pire, l'abroger, on voit mal quels leviers le gouvernement Trudeau pourra activer pour le dissuader. Les grandes amitiés Obama-Trudeau auront-elles un coût économique sans précédent pour le Canada ? Le gouvernement Trudeau devra-t-il appeler des anciens conservateurs à la rescousse comme négociateurs ?

Par ailleurs, la signature de l'Accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe pourrait contribuer à soutenir l'économie canadienne alors qu'un vent de protectionnisme souffle sur Washington. Le Canada et le Québec peuvent se positionner comme le port d'entrée nord-américain pour des sociétés européennes souhaitant percer le marché américain, mais encore faut-il que la fluidité des échanges entre le Canada et les États-Unis soit préservée.

2. LA CROISSANCE

Le Canada devrait avoir vu son économie croître de 1,3 % en 2016, le portrait étant similaire au Québec selon les dernières estimations du Conference Board du Canada. Cette faible croissance observée depuis la fin de la crise financière inquiète, mettant sous pression nos finances publiques.

Alors que la Fed Américaine a entamé une hausse des taux d'intérêt en raison d'une embellie économique au sud de la frontière, la Banque du Canada se trouve dans un scénario divergent. L'écart entre les taux d'intérêt canadiens et américains devrait croître et ainsi mettre davantage de pression sur le taux de change à la défaveur du huard.

Le gouvernement fédéral a souhaité, sous la vision de l'administration Trudeau, stimuler la croissance économique en misant sur les infrastructures et sur une hausse du revenu disponible des familles par son nouveau programme d'allocations pour enfants. Les impacts du programme économique de Justin Trudeau tardent à se matérialiser.

Qui plus est, un éventuel ralentissement immobilier causé par des resserrements hypothécaires décrétés par le ministre des Finances du Canada auront un impact négatif sur le secteur de la construction résidentielle, véritable fournaise économique.

On voit mal comment le Québec et le Canada pourront rattraper la locomotive américaine au chapitre de la croissance économique.

3. LE DÉCLIN MANUFACTURIER

L'économie manufacturière traditionnelle poursuit sa lente descente aux enfers tant au Québec, qu'ailleurs en Amérique du Nord en excluant le Mexique. Les fermetures se sont succédées depuis le tournant des années 2000: pensons à la GM à Boisbriand (1200 emplois), à Électrolux à L'Assomption (1300 emplois), à la MABE à Montréal (740 emplois) et plus récemment à l'usine de biscuits Viau (450 emplois).

Le président Trump semble déterminé à stopper la saignée aux États-Unis, alors qu'il a récemment contraint la société Carrier à mettre fin à une délocalisation annoncée en Indiana. Le géant Ford, sous l'influence de Trump, vient d'annoncer qu'il renonçait à investir au Mexique, choisissant plutôt le Michigan. Est-ce que le chéquier public et les menaces d'une taxation à la délocalisation seront les outils ultimes pour préserver des emplois manufacturiers traditionnels qui se font de plus en plus rares?

L'appui au manufacturier avancé, soit une fabrication axée sur une économie de savoir, était au cœur de la stratégie manufacturière du président Obama. Ce dernier a fait pleuvoir les millions afin de développer cette filière dans les anciens berceaux ouvriers des États-Unis. Le gouvernement du Québec a, quant à lui, tenté diverses stratégies pour relancer ou du moins stabiliser son industrie manufacturière : le Plan d'action en faveur du secteur manufacturier de Raymond Bachand, la politique industrielle d'Élaine Zakaïb et le soutien au manufacturier innovant de l'actuelle ministre Dominique Anglade.

Certes, le manufacturier avancé, qu'on appelle aussi manufacturier innovant, est le tracé vers l'avenir, mais sera-t-il créateur d'emplois ? L'automatisation, la robotisation et l'optimisation de la production par l'économie numérique ont un impact négatif sur l'emploi. Que deviendra-t-il des travailleurs victimes du déclin du manufacturier traditionnel, ceux-ci n'étant pas qualifiés pour joindre les rangs du manufacturier avancé ?

4. LE MAINTIEN DES SIÈGES SOCIAUX

Les ventes de Rona et de Saint-Hubert à des intérêts hors-Québec ont fait la manchette en 2016, se valant même d'être vertement raillées dans le dernier Bye Bye de la SRC dans un sketch plutôt efficace mettant en vedette des dragons souffrant d'aveuglement volontaire. Il n'y a pas de recette magique pour protéger efficacement des sièges sociaux stratégiques pour l'économie québécoise. Le groupe de travail sur la protection des entreprises québécoises présidé par Claude Séguin a déposé en 2014 des recommandations très claires au chapitre législatif, réglementaire et fiscal afin de mieux protéger nos fleurons. Il est grand temps que le gouvernement Couillard y donne suite.

De plus, la Caisse de dépôt et placement du Québec et Investissement Québec ont plus que le capital nécessaire pour intervenir et prendre des positions importantes dans les capitalisations québécoises et ainsi dissuader des offres hostiles. Encore faut-il que la CDP souhaite jouer ce rôle de nationalisme économique. Rappelons que ce fut tout le contraire dans le cas de Rona, alors que la CDP a plutôt appuyé la vente à Lowe's.

Clairement, les différents acteurs économiques du Québec en auront plein les bras avec ces quatre grands défis économiques, auxquels s'ajoutent aussi plusieurs dossiers économiques d'importance dont la question des transferts fédéraux, le déploiement et le suivi des grands projets d'infrastructures, le financement fédéral du transport hydroélectrique, la transformation du commerce de détail en raison de la croissance du commerce électronique, le développement des ressources naturelles et minières et la poursuite de la poussée de l'économie numérique. L'ardoise est pleine pour nos gouvernements et institutions!

2017, année de l'espoir économique ou des grands chocs paralysants ? On le saura dans les prochains mois.

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