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16/12/2016 06:22 EST | Actualisé 16/12/2016 06:22 EST

Bloc québécois: repenser la stratégie souverainiste à Ottawa

La décision de prolonger la fonction parlementaire du Bloc devrait s'insérer dans une stratégie d'ensemble qui prendra en compte les enjeux, les échéanciers et les moyens humains et financiers du mouvement souverainiste. Serait-il alors possible de faire bifurquer la présence des souverainistes à Ottawa de la Chambre des Communes vers une institution indépendantiste ayant pignon dans la capitale fédérale?

Le Bloc québécois s'apprête à lancer une nouvelle course à la chefferie (fort probablement un couronnement), en l'absence de tout débat sur la présence parlementaire de la formation, dont celle-ci a débuté en 1991 sous la gouverne de Lucien Bouchard.

D'une existence parlementaire temporaire et nécessaire en raison de l'échec de Meech et de la perspective référendaire, le Bloc se transforma par la suite, sous le leadership de Gilles Duceppe, en une véritable machine à défendre les intérêts du Québec à la Chambre des Communes.

On connaît la suite, après plusieurs mandats les Québécois ont tourné le dos au Bloc en 2011 et une seconde fois en 2015 et cela malgré une affection et un attachement manifestes envers Gilles Duceppe et sa députation. Le Bloc québécois doit se questionner à savoir si les causes de ce double échec existent toujours.

La nouvelle stratégie mise en place par l'équipe de Mario Beaulieu, consistant à amener un ton beaucoup plus belliqueux et une volonté à porter un discours « anti-Canadian » à la Chambre des Communes, donne des résultats limités et possiblement même contre-productifs.

L'abandon de la philosophie de Gilles Duceppe, quant à la défense parlementaire en continu des intérêts du Québec à Ottawa, a marginalisé le Bloc québécois. On voit mal cette nouvelle mouture du Bloc mener des combats conjoints avec le gouvernement du Québec, que ce dernier soit libéral, caquiste ou même péquiste. La question est entière : quelle serait la raison d'être du Bloc québécois lors d'une prochaine élection fédérale, alors que la perspective référendaire est repoussée à un éventuel second mandat péquiste?

Qui plus est, antagoniser les relations avec le Canada ne peut que desservir la cause souverainiste. Faut-il rappeler qu'au lendemain de l'indépendance, le Canada sera le plus important partenaire du nouveau pays. Le Canada devra alors être prêt et disposé à négocier une entente qui lui permettra de continuer à exister comme pays, malgré une discontinuité géographique. L'ennemi des souverainistes n'est pas le Canada, mais la peur et l'ambivalence des Québécois face au projet national.

Soyons clairs, il est nécessaire que le mouvement indépendantiste soit présent sur la scène fédérale. Le projet, son argumentaire et sa maquette doivent trouver écho dans la capitale canadienne et même chez nos voisins américains. Le Québec ne vit pas en vase clos. Les indépendantistes doivent être en mesure de comprendre la mission des institutions canadiennes que l'on souhaite abroger ou encore intégrer dans un gouvernement national, de répliquer aux médias canadiens et aussi d'entretenir des liens solides avec la diplomatie étrangère présente à Ottawa. Rappelons aussi la formidable équipe de recherche qu'avait montée l'équipe de Gilles Duceppe, cette fonction vitale du Bloc québécois doit être retrouvée.

La présence de parlementaires bloquistes à la Chambre des Communes, alors que le Parti québécois a entendu la volonté populaire de reporter toute initiative référendaire dans un éventuel second mandat, devient problématique. En fait, la décision de prolonger la fonction parlementaire du Bloc québécois devrait s'insérer dans une stratégie d'ensemble qui prendra en compte les enjeux, les échéanciers et les moyens humains et financiers du mouvement souverainiste.

Serait-il alors possible de faire bifurquer la présence des souverainistes à Ottawa de la Chambre des Communes vers une institution indépendantiste ayant pignon dans la capitale fédérale ? Ne serait-il pas plus constructif, productif et motivant de voir poindre à Ottawa un bureau permanent de l'indépendance dont le mandat serait de faire la promotion du projet national, de répondre aux critiques émanant de la société canadienne, de créer une équipe de recherche aguerrie et de bâtir des liens avec la diplomatie étrangère?

Ces éléments ne sont malheureusement pas au menu du jour dans le déploiement du Bloc québécois à la Chambre des Communes. Le récent recul du gouvernement fédéral sur le projet de loi C-29 confirme l'impact limité du Bloc dans sa fonction parlementaire. C'est la capacité de recherche du Bloc québécois qui a permis de faire reculer le ministre des Finances et non pas une pression parlementaire, celle-ci se matérialisant plutôt par le Sénat avec l'insistance de l'Assemblée nationale du Québec. Le Bloc peut devenir, voire redevenir, l'intelligentsia souverainiste à Ottawa.

Par ailleurs, l'Assemblée nationale, par sa capacité à prendre position sur des enjeux fédéraux, demeure le vaisseau amiral du positionnement de l'État québécois face à Ottawa.

Le mouvement souverainiste doit retrouver le chemin des victoires, pour paraphraser le chef du Parti québécois. Un premier pas s'est confirmé avec des résultats spectaculaires lors des récentes élections partielles. Un Bloc québécois, dans sa forme parlementaire actuelle, et surtout en l'absence d'une vision stratégique commune avec les parlementaires souverainistes de Québec, n'est plus synonyme de victoire pour de multiples raisons qui appartiennent aux Québécois. Nous nous devons de respecter ce choix de nos concitoyens.

Malgré tous les efforts déployés par les dix députés bloquistes, ceux-ci demeurent coincés dans la conjoncture politique qui a doublement frappé les troupes aguerries de Gilles Duceppe. Évitons une trilogie qui affaiblirait davantage le mouvement indépendantiste. Par contre, il ne faut pas abroger la présence des souverainistes à Ottawa qui est essentielle pour crédibiliser le projet national. C'est donc, un repositionnement des forces souverainistes sur la scène fédérale qui doit s'opérer, sous l'égide du Bloc ou, si cela est préférable, d'un autre véhicule.

Les Québécois nous ont clairement dit, à deux reprises, qu'ils souhaitaient quelque chose d'autre du Bloc québécois dans sa forme actuelle, malgré tout le respect qu'ils portaient envers Gilles Duceppe et ses députés. Il nous appartient, comme militants souverainistes, d'entendre et d'écouter nos concitoyens. Ne les décevons pas.

L'urgence n'est donc pas à l'élection d'un énième chef, mais plutôt à la réflexion stratégique.

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