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24/04/2018 13:27 EDT | Actualisé 24/04/2018 13:27 EDT

Le bien commun n’existe pas

Lorsque le gouvernement intervient, il favorise toujours un groupe au détriment d'un autre.

Au Québec, les groupuscules organisés ont tout à gagner d'une pression continue envers les gouvernements pour obtenir ce qu'ils veulent.
Getty Images/iStockphoto
Au Québec, les groupuscules organisés ont tout à gagner d'une pression continue envers les gouvernements pour obtenir ce qu'ils veulent.

Récemment sur les réseaux sociaux, une ancienne déclaration du candidat caquiste de Saint-Jérôme Youri Chassin a semé l'émoi chez les socialistes. Selon l'économiste auparavant associé à l'Institut économique de Montréal, le bien commun n'existe pas. Il n'en fallait pas moins pour que les tenants de ce mythe fassent leurs gorges chaudes, enchaînant les sophismes argumentaires les uns après les autres.

Oui, j'ai bien dit mythe puisque le «bien commun», c'est-à-dire «l'intérêt général» est tellement illusoire qu'il est impossible à définir ou délimiter. En fait, si l'on se fie à la définition anglaise du mot (common good), il est à l'avantage de tous. Considérant qu'il est difficile pour une famille de quatre de décider unanimement à quel restaurant aller, comment diable peut-on dire qu'une décision politique peut avantager plus de huit millions de personnes en même temps?

Les disciples du principe m'énuméreront les choses habituelles : routes, écoles, hôpitaux, police, etc. Selon eux, ces choses ne peuvent exister qu'avec de l'argent extorqué (impôts), et donc au travers du gouvernement. Non seulement c'est faux, mais la gestion gouvernementale de n'importe quel service comporte plus d'inconvénients que d'avantages.

Ce qu'on ne voit pas

Les routes? Elles ressemblent à du fromage suisse, leur entretien dépend très souvent de la couleur du comté – de même que leur construction, ce qui donne les infâmes ponts interrompus – et leur «gratuité» nominale encourage l'étalement urbain. En effet, pensez-vous que les gens s'exileraient en si lointaine banlieue s'ils devaient payer eux-mêmes la route qu'ils empruntent chaque jour? À ce sujet, même s'il croyait que les routes devraient être construites par l'État, Adam Smith disait clairement qu'elles ne doivent «grever d'aucune charge le revenu commun de la société».

Les écoles? Les socialistes doivent cesser de confondre scolarité et éducation. La première se passe uniquement dans les écoles, peu importe le niveau, et n'a pas changé depuis son invention en Prusse au 19e siècle : créer des citoyens dociles en masse. Ça se voit tout de suite à son format : le même programme pour tous les élèves, peu importe leurs intérêts, leurs forces ou leurs faiblesses. Outre la culture générale – que je peux prendre n'importe où – je peux affirmer que 90 % de ce que j'ai appris à l'école ne m'est d'aucune utilité. Et n'eût été de ce programme de concentration linguistique, j'aurais vite décroché, incapable de trouver une stimulation intellectuelle intéressante.

Quant à l'éducation, elle se déroule durant toute la vie d'une personne. Grâce à l'Internet, quiconque avec un peu de temps et de volonté peu découvrir et lire (gratuitement en plus) ce qu'il veut, de Platon à Confucius, en passant par Ayn Rand, Nicola Tesla ou Voltaire. Au pis-aller, il existe des bibliothèques... qui peuvent être gérées de façon privée.

Les hôpitaux? Le gouvernement du Québec est officiellement devenu un gros ministère de la Santé avec le dernier budget, dépensant 50,4 % des revenus dans ce domaine (38,5 milliards $). Pourtant, on voit presque au quotidien un débordement des urgences dans les grands centres, les listes d'attente ne cessent de s'allonger et les édifices tombent en ruines. Considérant que le budget (nominal) de la santé a plus que triplé en 20 ans, il me semble clair que plus de fonds ne régleront rien.

Le problème vient de sa structure même; c'est tout-public. Et en l'absence de concurrence, il n'y a aucun incitatif à l'innovation, et donc à la réduction des coûts. Ke-WAH? J'ose dire que la santé est une marchandise? Considérant qu'elle a une offre, une demande, un prix et une rareté – on ne peut obtenir des soins dignes de ce nom en claquant des doigts – oui, j'ose. C'est d'ailleurs la principale raison pourquoi la santé va si mal, tant au Canada qu'aux États-Unis : on ne comprend pas l'offre et la demande. Au Canada, les services «gratuits» encouragent leur surconsommation et crée des listes d'attente, tandis qu'aux États-Unis, la présence d'assurance-santé qui doivent tout couvrir fait que les gens ne paient pas le vrai prix de ce qu'ils consomment, amenant une hausse artificielle de la demande et donc des prix.

La police? J'ai longtemps cru qu'il était du ressort de l'État de s'occuper exclusivement de tâches régaliennes, c'est-à-dire la justice et la sécurité publique. Toutefois, chaque jour apporte son lot (surtout aux États-Unis) de «Cops Gone Wild» à la gâchette facile, dont les «bons» collègues taisent les mauvais agissements et à qui le système de justice offre une quasi immunité en cas d'accusation formelle.

Toujours aux États-Unis, la saisie civile des biens (civil asset forfeiture) permet aux autorités de saisir tout bien qu'ils suspectent avoir été utilisé à des fins criminelles, et ce sans qu'aucune accusation ne soit portée. Et comme le produit de la vente de ces saisies finance en partie les corps policiers, nous avons là une formule pour que des gens innocents perdent tout ce qu'ils ont sans qu'ils ne puissent (ou très difficilement) récupérer leurs biens.

Pas besoin du gouvernement

Bref, si tant il existe un «bien commun» qui avantage tout le monde, cela veut dire qu'il ne peut exister que sans gouvernement aucun. En effet, lorsque ce dernier intervient, il favorise toujours un groupe identifiable au détriment d'un autre.

Au Québec, les groupuscules organisés (producteurs de lait, agriculteurs, lobby pour les pauvres, grandes entreprises) ont tout à gagner d'une pression continue envers les gouvernements pour obtenir ce qu'ils veulent. On force ainsi les contribuables, pourtant majoritaires, à payer la note et à obtenir des biens et services non optimaux.

Si une chose X ou Y ne peut exister sans forcer une personne à l'accepter de force, alors elle ne mérite pas d'exister et ne consiste pas un «bien commun».