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12/11/2015 11:41 EST | Actualisé 12/11/2016 05:12 EST

Obama, Hillary Clinton et le culot monstre de Netanyahu

Celle qui veut mettre son féminisme d'antan au cœur de la campagne a le toupet de fricoter avec une extrême droite prête à sacrifier tous les principes, à accuser ses amis d'antisémitisme et à lancer des guerres aussi catastrophiques que celle d'Irak.

On se souvient de la controverse que le premier ministre israélien a déclenché en affirmant que la Shoah avait été suggérée à Hitler par le grand mufti de Jérusalem, s'alignant ainsi sur les pires négationnistes en falsifiant l'histoire (ce qui, bien évidemment ne fait pas d'Al Husseini un personnage fréquentable pour autant). Netanyahu en réécrivant l'histoire voulait, bien sûr, déplacer la responsabilité du génocide vers le monde arabe.

Les nécessités de sa propagande actuelle l'ont poussé à insulter les victimes de la Shoah et à décrédibiliser sa posture de défenseur des Juifs partout dans le monde. La réaction de la responsable du parti Meretz, Zehava Galon, est particulièrement révélatrice sur ce plan: "Peut-être que les 33 771 juifs assassinés à Babi Yar en septembre 1941 -deux mois avant la rencontre entre le mufti et Hitler- devraient être exhumés et mis au courant que les nazis ne voulaient pas les détruire."

Peu de temps après, ce même premier ministre affabulateur et négationniste a nommé le responsable de sa diplomatie publique Ran Baratz lequel a aussitôt accusé Obama d'être antisémite, un type d'antisémite typique chez les gens de gauche. Il a aussi jugé que Kerry le secrétaire d'État américain avait un âge mental de 12 ans. Graves accusations qui, bien évidemment, n'ont aucun fondement. Cependant elles soulignent à la fois le côté manipulateur des accusations d'antisémitisme formulées par pur calcul politique et le mépris vis à vis du président du seul pays qui soutient Israël à 100% -et lui fournit les armes les plus sophistiquées payées grâce à un don annuel de plus de 3 milliards de dollars. Même Poutine n'a pas eu de mots aussi méprisants vis à vis d'Obama et Kerry.

On peut se demander à quoi joue l'extrême droite israélienne au pouvoir à Jérusalem qui n'hésite pas à insulter la mémoire de ceux qu'elle prétend défendre et ses alliés les plus proches. En matière de manipulation rhétorique, l'extrême droite israélienne n'a rien à envier à l'extrême droite française--avec qui elle a des liens du reste. Les insultes proférées à l'encontre d'Obama, motivées entre autres par l'accord sur le nucléaire iranien, n'ont pas empêché Netanyahu de se rendre à Washington et de réclamer une augmentation de l'aide américaine pour qu'elle passe à 5 milliards de dollars annuels ainsi que des équipements supplémentaires. Le mot yiddish chutzpah (culot monstre, insolence) s'applique parfaitement à ce genre de situation.

Obama a réussi à imposer l'accord avec l'Iran en dépit de l'opposition déterminée de l'AIPAC, un lobby pro-israélien très puissant, mais avec le soutien de la majorité des Juifs américains. Cela ne l'a pas rendu populaire auprès de la droite aussi bien américaine qu'israélienne. Des droites qui sont de plus en plus ultras dans les deux pays et sont proches l'une de l'autre. Sheldon Addelson finance aussi bien les ultra-réactionnaires américains que leurs homologues israéliens. Il n'a jamais apprécié Obama qui pourtant a toujours donné à Israël les soutiens politiques et les armements souhaités. Mais le président américain n'a pas capitulé sur l'accord avec l'Iran.

Plus étonnant dans cette affaire, du moins à première vue, est l'attitude d'Hillary Clinton. Elle ne cesse de déplacer sa rhétorique vers la gauche pour couper les ailes de son concurrent dans les primaires démocrates, Bernie Sanders, qui se déclare socialiste, et elle prend des positions fort différentes de ce qu'elle a soutenu lors de son passage au secrétariat d'État (par exemple elle affirme être opposée au traité dit de libre échange pour le Pacifique). Celle qui avait soutenu la guerre en Irak et poussé pour une intervention en Libye est un faucon en matière de politique étrangère.

Elle affiche sa proximité avec Netanyahu, proximité avec la personne et avec ses politiques. Le 4 novembre le magazine Forward publiait une tribune au titre explicite: "Comment je réaffirmerais le lien incassable avec Israël -et avec Benjamin Netanyahu". Le Netanyahu qui insulte la mémoire des victimes, insulte le président que Mme Clinton a servi et qui cherche tous les moyens pour ne pas faire la paix au Moyen Orient donc. Elle joue donc un jeu que l'on peut facilement décrypter : rhétorique de gauche pour la campagne mais alignement sur l'extrême droite israélienne en ce qui concerne non seulement les relations bilatérales entre les États-Unis et Israël mais toute la politique étrangère. Chutzpah pour elle aussi : elle est une néocon déguisée en féministe progressiste.

Hillary Clinton n'est pas de gauche, n'est pas même progressiste. Elle a le soutien des lobbys en tout genre, de Wall Street à l'AIPAC, mais tente de rassembler les progressistes qui restent fidèles au parti démocrate. Sa lecture des relations internationales est restée celle de l'Administration Bush qui a lancé la guerre en Irak, guerre qui se révèle être la source de bien des formes de chaos actuellement. Obama a suivi les grandes lignes de la politique étrangère de son pays mais sur l'Iran et Cuba il a su, et surtout pu, faire bouger les choses. Hillary Clinton annonce un retour à la ligne de l'AIPAC.

On sait que Netanyahu est jugé complice du meurtre de Rabin en 1995, notamment par la famille de Rabin. Léah Rabin, sa veuve, parle de Netanyahu comme étant un "cauchemar", "une monstruosité", un "menteur" "corrompu".

Bill Clinton était proche de Rabin mais aujourd'hui les nécessités de la propagande et du financement des campagnes font qu'Hillary Clinton préfère se mettre sous le patronage de l'affabulateur négationniste, Netanyahu, plutôt que d'avancer vers le camp de la paix. Celle qui veut mettre son féminisme d'antan au cœur de la campagne a le toupet de fricoter avec une extrême droite prête à sacrifier tous les principes, à accuser ses amis d'antisémitisme et à lancer des guerres aussi catastrophiques que celle d'Irak. Chutzpah guerrier et criminel.

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