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20/06/2018 14:48 EDT | Actualisé 20/06/2018 14:48 EDT

Monsieur Trudeau serait-il plus puissant que Donald Trump?

Il y a lieu de se demander si l’application d’un tarif équivalent à l’exportation de nos produits n’obligerait pas le gouvernement des États-Unis à enlever le sien.

AFP/Getty Images

Dans un sens, oui! En effet, en cédant sur la gestion de l'offre des produits laitiers, Justin Trudeau viendrait de donner à Donald Trump, sur un plateau d'argent, une réussite et donc un argument important dans possiblement une vingtaine d'États pour la campagne de l'automne prochain. Cette question expliquerait-elle à elle seule toute l'agressivité et la panique actuelle de Donald Trump? Il sait très bien que sa victoire repose en bonne partie sur cette concession de Trudeau.

Par contre, à la suite du rejet de ses engagements pris lors du G7, si Trudeau suspendait les négociations de l'ALÉNA jusqu'au lendemain des prochaines élections américaines, sous prétexte qu'il veut s'assurer de conclure une entente avec un gouvernement qui tient ses engagements, Trump serait en mauvaise posture.

Trudeau, de par ses décisions, semble en excellente position d'influencer fortement l'issue de la prochaine campagne électorale des États-Unis.

Que faire d'ici le résultat de ces élections américaines?

Le gouvernement Trump ne semble pas apprécier les bas prix appliqués par les entreprises canadiennes dans presque tous ces domaines reliés à l'exportation des produits relatifs aux richesses naturelles, dont le bois, l'aluminium et l'acier, notamment.

Il y a lieu de se demander si l'application d'un tarif équivalent à l'exportation de nos produits n'obligerait pas le gouvernement des États-Unis à enlever le sien puisqu'il ne deviendrait plus justifiable, ce que lui ferait surement comprendre le milieu des affaires des États-Unis. Les revenus de cette taxe iraient désormais dans la caisse du gouvernement du Canada plutôt que la caisse du gouvernement des États-Unis.

Ainsi, en appliquant nous aussi un tarif de 21 % environ sur à l'exportation du bois d'oeuvre, le gouvernement des États-Unis n'aurait plus aucune justification pour maintenir le sien.

Par ailleurs, à cause de l'abondance de notre très économique énergie hydroélectrique et des largesses du gouvernement envers les alumineries, le Québec est en position d'offrir son aluminium à un coût très intéressant pour l'industrie américaine ce qui, curieusement, n'est pas du tout apprécié, encore une fois, par le gouvernement Trump. Alors, encore une fois, le Canada pourrait appliquer un tarif équivalent de l'ordre de 15 % sur l'exportation de l'aluminium canadien, ce qui rendrait à nouveau aussitôt injustifiable le maintien du tarif américain. Encore une fois, les industriels américains s'assureraient sùrement du retrait immédiat de ce tarif américain.

L'avenir du Québec ne repose plus sur l'aluminium

À long terme, cette petite guerre commerciale pourrait devenir l'élément déclencheur d'un programme de réduction progressive de notre production d'aluminium, possiblement dans l'ordre de 30 à 40 %, sur une échéance de cinq à sept années, en respectant et les travailleurs et les investisseurs.

L'énergie actuellement vendue à un tarif dérisoire aux alumineries, aux dépends de la population, pourrait être vendue à sa pleine valeur, possiblement à un prix quatre fois plus élevé à l'industrie numérique alors que, simultanément, et la Chine et l'Arabie inondent le marché de l'aluminium en offrant gratuitement leur énergie aux producteurs, une énergie sale, produite par des centrales thermiques au charbon ou au « bunker oil ».

Il faut savoir en effet que si une puissance de un MW permet de conserver deux emplois directs dans l'industrie de l'aluminium, cette même puissance permet de créer une centaine d'emplois de meilleure qualité dans l'industrie numérique, notamment dans les centres de données. Or, justement, Hydro-Québec est actuellement sollicité par l'industrie numérique.

Le tourisme

Le tourisme constitue une industrie des plus importantes des États-Unis avec un chiffre d'affaires de plus de 200 milliards de dollars. Dans ce domaine, il y aurait lieu de voir ce qui peut être fait au sujet des dépenses des Canadiens qui passent des mois en Floride pendant l'hiver. Pourrait-on, pour l'industrie touristique comme pour les autres domaines de l'économie, créer des programmes incitatifs spécifiques avec nos autres partenaires commerciaux, pour d'autres destinations?

Dans tous les cas, il semble important que le gouvernement du Canada résiste à toutes menaces et précipitations pour attende le résultat des élections américaines de l'automne prochain.