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31/05/2016 10:19 EDT | Actualisé 01/06/2017 05:12 EDT

Jacques Parizeau: l'héritage d'un homme libre

Celui qui fut premier ministre du Québec pendant moins de 500 jours (1994-1996) laisse aux Québécois un héritage considérable. Au-delà du monde politique où il a été très actif, cet intellectuel québécois a agi au sein de notre société et en a influencé son évolution.

Celui qui fut premier ministre du Québec pendant moins de 500 jours (1994-1996) laisse aux Québécois un héritage considérable. Au-delà du monde politique où il a été très actif, cet intellectuel québécois a agi au sein de notre société et en a influencé son évolution. C'était un homme libre qui désirait la liberté pour tous.

Brillant pédagogue, professeur apprécié et doté d'une profonde intelligence, c'est d'abord par ses actions politiques et ses réalisations économiques que Jacques Parizeau s'est distingué. Capable de bâtir des modèles théoriques et de les enseigner devant un auditoire captif composé d'étudiants, c'est plutôt dans l'arène politique, lieu de tous les périls, que Jacques Parizeau a courageusement plongé pour exposer ses idées.

La condition personnelle de Jacques Parizeau lui permettait pourtant d'envisager un avenir prospère sans avoir de grands efforts à faire. Déjà choyé par la vie, sa famille, ses études et l'entreprise de son père étaient en mesure de lui garantir une carrière florissante sans avoir à changer l'ordre social ou politique. Le milieu académique l'avait rapidement accueilli comme un maître et le bordait de son confort. Son professeur François-Albert Angers en était convaincu, s'il persévérait dans son domaine, celui de l'économie, il allait donner au Québec son premier prix Nobel. Mais voilà, l'esprit brillant a choisi un autre chemin...

Humaniste, Jacques Parizeau s'est s'engagé en faveur de la dignité et la justice, loin du confort et de l'indifférence. Croyant que les idées mènent le monde, il a décidé de consacrer sa vie à un projet politique plus grand que lui. Il n'a cessé d'agir afin de rallier et d'unir des hommes et des femmes derrière cette idée de pays. Et ce nouveau pays se devait d'être plus juste que l'ancien.

Élevé dans une famille dont les parents étaient fort conscients de leur rôle d'éducateurs, il a reçu de son père et de sa mère l'indépendance d'esprit, c'est-à-dire la puissance du jugement et la confiance en soi nécessaires pour trancher, pour prendre des décisions. Ainsi l'homme libre trace son chemin dans la vie en ne se laissant pas constamment balloter par le cours imprévisible des événements. Ayant acquis sa propre indépendance, il n'est plus à la merci des sombres manipulations et des vils corrupteurs.

Lorsque l'on demandait à Jean Lesage, le premier ministre de la Révolution tranquille, quelle fut la plus grande des réformes de cette époque, il n'hésitait pas à répondre que c'était la fondation de la Caisse de dépôt et placement du Québec, cette institution qui atténua le chantage des milieux financiers à l'égard de l'État québécois et que l'on doit au génie de Jacques Parizeau. Mais quand on posait la même question à Jacques Parizeau, pourtant grand architecte de cette Caisse, celui-ci répondait invariablement que c'était la création du ministère de l'Éducation du Québec. Parce que pour cet homme de savoir, l'éducation, l'enrichissement de l'esprit rend libre. Et dotée du savoir, la curiosité intellectuelle devient le meilleur antidote à la peur, ce sentiment paralysant nourri par l'ignorance. Celui qui a pu jouir de cette liberté que confère le savoir la souhaitait à tous les Québécois, particulièrement ceux qui vivaient dans un état de soumission économique.

Il fut un chef respecté, mais craint de ses adversaires. Jacques Parizeau ne se limitait pas à dénoncer les injustices, il élaborait des façons de les combattre et de les éliminer en dessinant les plans de nouvelles institutions capables de redonner le pouvoir à l'ensemble plutôt que de le laisser entre les mains de quelques-uns.

Dans ses discours, Jacques Parizeau ne désirait pas éveiller la culpabilité chez celui ou celle qui l'écoutait, comme on le perçoit trop souvent de nos jours de la part de nos chefs politiques. Ses paroles ne visaient pas non plus à donner des leçons ni à effrayer. Au contraire, il voulait inspirer et donner confiance. Quand il parlait à la foule, c'est à son intelligence qu'il s'adressait. Il valorisait l'action et le dépassement de soi.

La solidité si propre à la personnalité de Jacques Parizeau s'exprimait avant tout dans sa persistance à réaliser un projet pour son peuple afin de mieux le servir. Imparable rempart devant le fatalisme d'une époque souvent désorientée et terriblement superficielle, ses agissements nous rappellent que la liberté ne s'offre pas à nous sans effort. Et quand on croit la posséder, il faut se battre sans relâche pour la garder près de soi sinon cette liberté nous quittera. Il savait que le désintéressement déresponsabilise et que l'indifférence peut mener à la déconstruction de soi.

Son départ ne nous permet plus d'échanger avec lui - ce privilège immense que j'ai eu, en tant que biographe -, mais son héritage demeure et témoigne de son infatigable poursuite vers un objectif difficilement atteignable, mais d'une grande noblesse. Il souhaitait la liberté pour d'autres que lui-même et il n'en démordait pas.

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