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21/02/2018 09:00 EST | Actualisé 22/02/2018 11:04 EST

Finances du Bloc et bilinguisme: mise au point et réflexions

Je vois dans l'entreprise médiatique envers le Bloc des derniers jours, au mieux de la mauvaise information, au pire, une couverture tout à fait déformée et mensongère des faits.

Quant au salaire de la chef Martine Ouellet, il a évidemment donné lieu à quelques questions, ce qui est sain et plutôt normal.
LA PRESSE CANADIENNE
Quant au salaire de la chef Martine Ouellet, il a évidemment donné lieu à quelques questions, ce qui est sain et plutôt normal.

Il s'est dit beaucoup de choses ces derniers jours sur les finances du Bloc et le salaire de sa chef. Or, j'étais au dernier Conseil général du Bloc comme délégué et je peux vous dire que, tant dans les titres que dans le contenu des billets d'information et d'opinion, très peu reflétaient la réalité que j'ai pu observer sur place.

Le Bloc est en forme

Je ne révélerai ici rien d'indiscret sur les débats, même s'il semble que certains n'aient pas ce genre de scrupules. Voilà ce que j'ai pu y voir. Le Bloc a des finances saines et a atteint des records de financement. Le parti a un membership plus nombreux au Québec que plusieurs partis comme la CAQ, QS ou le NPD. Il a une chef dynamique et résolue à mettre l'indépendance de l'avant, une aile jeunesse renouvelée dont la représentation sur les instances a triplé. Le Bloc a une équipe compétente et des militants très motivés. Le parti est en ordre de marche pour les élections de 2019.

Comme l'a très bien exprimé Martine Ouellet, le Bloc québécois doit se renouveler et se repenser et ce travail a déjà commencé

Comme l'a très bien exprimé Martine Ouellet, le Bloc québécois doit se renouveler et se repenser et ce travail a déjà commencé. Or, le parti fait face à une certaine résistance au changement de quelques-uns de ses officiers. Je ne leur prête pas, pour la plupart, de mauvaises intentions, mais seulement la volonté de bien faire, tout en prêchant pour leur paroisse et parfois leurs intérêts. Nous œuvrons tous aux mêmes idées; notre parti et la cause pour laquelle nous luttons, l'indépendance, devraient passer avant les considérations personnelles. Je ne crois pas que se diviser inutilement ou alimenter certains médias pour servir des intérêts particuliers aide notre cause et notre parti. Le Bloc doit resserrer les rangs; autour de ses objectifs, de son message politique et de sa chef.

Quelle surprise pour moi de voir les titres des différents médias à la suite du Conseil général du Bloc, qui, pour la plupart, évoquaient le budget et le salaire de la chef « controversés ».

Si le budget a donné lieu à quelques débats, il a été approuvé à une large majorité. Quant au salaire de la chef, il a évidemment donné lieu à quelques questions, ce qui est sain et plutôt normal. Il n'a toutefois pas fait débat et pour cause : il n'y a rien de honteux à rémunérer les gens de qualité pour les retenir, surtout en politique et surtout quand c'est une pratique courante dans tous les partis, même les moins fortunés.

Je vois donc dans l'entreprise médiatique envers le Bloc des derniers jours, au mieux de la mauvaise information, au pire, une couverture tout à fait déformée et mensongère des faits.

Anglophones et bilinguisme: l'arbre qui cache la forêt

Sur le bilinguisme, on lit tout et son contraire ces derniers jours.

Or tous les chiffres et toutes les tendances sont clairs : certaines régions (comme Montréal ou l'Outaouais) s'anglicisent. Dans de nombreux milieux de travail, la maîtrise de la langue anglaise est devenue une exigence, si bien que le bilinguisme s'installe de facto. Dans les petites entreprises, la qualité du français en milieu de travail échappe totalement au contrôle du gouvernement.

Pire, les politiciens fédéralistes, au premier rang desquels le premier ministre du Québec, ne sont plus à un geste de soumission près sur la question linguistique. Ainsi a-t-on, sous le régime libéral, instauré l'anglais dès la première année du primaire ou créé dernièrement un secrétariat aux Québécois anglophones. Cette « minorité » (loin de l'être en Amérique du Nord) est pourtant, et de loin, la mieux protégée à travers le Canada, bien plus que les minorités francophones. Elle bénéficie de droits reconnus et d'un réseau d'établissements d'enseignement primaire, secondaire, postsecondaire et universitaire, de centres de santé et services sociaux, hôpitaux, municipalités bilingues (reconnues), etc. En comparaison, pour une population presque équivalente, les Franco-ontariens n'ont plus qu'un hôpital et auront bientôt, après une âpre bataille, une université francophone dont l'ouverture est prévue en 2020...

Pour le gouvernement du Parti libéral du Québec et ses alliés d'Ottawa, le Québec doit être bilingue. L'assimilation est en marche.

Face à ces forces unidirectionnelles, il est donc frappant, voire déconcertant, de voir des anglophones se plaindre ou menacer de quitter le Québec, alors qu'ils bénéficient pourtant de droits reconnus et de réseaux surfinancés. La situation du Québec français et ses quelque 6.5 millions de francophones dans une marée de plus de 300 millions d'anglophones en Amérique du Nord est pourtant beaucoup plus préoccupante. Une kyrielle de menaces plane sur la langue française, certaines avec chiffres et tendances à l'appui : anglicisation de Montréal, «bilinguisation» généralisée et notamment dans les milieux de travail, taux critiques de réussite aux examens de français (Cégeps, universités), fiasco de la francisation des immigrants (dixit la vérificatrice générale), taux d'analphabétisme, etc.

En soi, la communauté anglophone et son apport sont une richesse. La diversité culturelle et l'ouverture aux autres cultures également. Je crois par contre que le bilinguisme et l'omniprésence de l'anglais sont une contrainte qui nous limite.

Je crois par contre que le bilinguisme et l'omniprésence de l'anglais sont une contrainte qui nous limite.

Nous devons sans cesse protéger et consolider la place du français au Québec, pas de doute là-dessus. Mais permettez-moi de m'arrêter sur un élément qui me chicote depuis longtemps : l'enseignement exclusif et généralisé de l'anglais dès le primaire. En Europe, presque tous les systèmes d'éducation enseignent au moins deux langues étrangères, parfois dès le primaire. Le français est d'ailleurs la langue la plus enseignée en Europe, après l'anglais. Personnellement, j'ai quelques connaissances dans ma langue régionale, je parle couramment anglais et je l'emploie tous les jours puisque travaillant dans une multinationale. Je parle couramment espagnol, je partage ma vie avec une Québécoise d'origine mexicaine; j'utilise donc l'espagnol tous les jours à la maison, en plus du français.

Notre environnement immédiat, notre appartenance au Canada et l'omniprésence de l'anglais dans notre système d'éducation et dans nos entreprises nous forcent à tendre vers un bilinguisme exclusif (français-anglais). Mais elle nous coupe également de nombreuses opportunités (diplomatiques, économiques, culturelles, etc.) au niveau international.

Je suis depuis longtemps partisan de l'introduction généralisée de l'enseignement de langues autres que l'anglais dans notre système d'éducation. Non seulement, cela permettrait de relativiser la place de l'anglais dans notre environnement mondialisé et américain, cela donnerait également aux Québécois beaucoup plus d'opportunités dont ils se privent actuellement, en se contentant d'échanger quasi exclusivement avec le monde anglophone, en plus de la francophonie.

Voulons-nous nous contenter d'être une petite province conquise et annexée qui transige avec son environnement canadien et états-unien immédiat ou bien voulons-nous demain être un pays qui se prend en main et négocie directement selon ses intérêts avec la planète, en chinois, en portugais, en espagnol, et plus important, en français?

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