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24/02/2015 10:24 EST | Actualisé 26/04/2015 05:12 EDT

Est il souhaitable que la Grèce sorte de la zone euro? La réponse est non

Une sortie de la Grèce de la zone Euro aurait des effets de contagion, car la question du prochain sur la liste. Elle se poserait pour les investisseurs qui sélectionneront forcément leur risque accentuant ainsi l'hétérogénéité éventuelle de la zone par leur choix.

Ce qui est préoccupant est qu'en ce moment la possibilité d'une sortie de la Grèce de la zone est banalisée comme si cela ne représentait en aucun cas un évènement. On ne peut pas être d'accord sur ce point. Une sortie de la Grèce serait un choc supplémentaire pour cette économie d'autant qu'elle s'accompagnerait très probablement d'une sortie de l'Union européenne.

La dépréciation de sa nouvelle monnaie provoquerait de l'inflation, un déséquilibre extérieur et une probabilité forte de défaut sur sa dette. Le risque est que l'activité se contracte encore un bon moment, que le niveau de vie se dégrade encore davantage et que cela mène à des troubles sociaux et politiques.

Ce scénario ne me semble pas compatible avec le schéma que dessinait Mario Draghi à Londres le 26 juillet 2012 lorsqu'il indiquait que la construction européenne traduisait avant tout la volonté de construire une dynamique politique commune en Europe. L'euro n'était alors qu'un instrument. La sortie de la Grèce serait un choc puisque d'un seul coup on ferait comprendre aux Grecs qu'ils ne font plus partie du projet.

Dès lors la question sera forcément posée de connaitre les critères pour faire partie du projet commun. N'est-ce qu'un projet avec une base économique ou est-ce un projet plus large avec une dimension politique forte ? La question sera forcément posée au niveau global, mais on doit aussi imaginer que chaque citoyen se la pose.

Au-delà des critères d'appartenance, l'autre question est de savoir qui les détermine

Collectivement la zone Euro est devenue une zone au sein de laquelle l'austérité budgétaire reste la norme même si les pressions sont aujourd'hui moindres que dans un passé récent. Le non-respect de cette austérité devient une source de fragilité. Il y a des pays qui ont fait de l'austérité budgétaire leur quotidien depuis longtemps et qui ne conçoivent pas que l'économie puisse fonctionner autrement et il y a ceux qui commencent à retrouver de la croissance après une longue cure d'austérité même si c'est au prix d'un chômage très élevé. Toutes ces voix s'élèvent pour montrer du doigt celui qui s'écarte du schéma.

Il me semble que la banalisation de l'idée d'une sortie de la Grèce traduit ce retour de l'austérité comme norme de fonctionnement de la zone Euro. Les «Gens Très Sérieux» comme les appelle Paul Krugman retrouvent de l'influence après avoir accepté la politique très accommodante de la BCE autour du quantitative easing. Il y a une dimension morale selon laquelle le préalable à la croissance économique est l'austérité. Au regard des projections que l'on peut faire sur la croissance de la zone Euro qui ne reviendra pas spontanément aux 2% d'avant la crise on peut s'interroger sur la pertinence d'une telle construction intellectuelle autour de l'austérité.

Une sortie de la Grèce de la zone Euro aurait des effets de contagion, car la question du prochain sur la liste se poserait. Elle se poserait pour les investisseurs qui sélectionneront forcément leur risque accentuant ainsi l'hétérogénéité éventuelle de la zone par leur choix. Elle se poserait aussi pour chaque citoyen pour savoir si son pays est le prochain sur la liste. Cela créerait forcément des fragilités politiques dans les pays au sein desquels les partis hostiles à l'Europe sont forts.

En outre les choix des investisseurs et des citoyens n'ont pas de raison a priori d'être systématiquement compatibles, créant davantage d'hétérogénéité.

Il est temps de réaffirmer la dimension politique de l'Europe et la volonté de construire un cadre politique qui traduirait la volonté de vivre ensemble.

Ce billet a également été publié sur le blogue de Philippe Waechter.

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