LES BLOGUES
07/10/2015 11:19 EDT | Actualisé 07/10/2016 05:12 EDT

Qui veut instrumentaliser le niqab?

Eh oui, je vais parler du niqab... Ou bien plutôt de ceux qui ne veulent pas en parler et qui, par le fait même, en parlent tous les jours. À la longue, il apparaît évident que les gens qui tentent le plus de capitaliser ce débat sont ceux qui affirment le trouver inutile.

Eh oui, je vais parler du niqab... Ou bien plutôt de ceux qui ne veulent pas en parler et qui, par le fait même, en parlent tous les jours. À la longue, il apparaît évident que les gens qui tentent le plus de capitaliser ce débat sont ceux qui affirment le trouver inutile.

La dynamique est toujours la même : on s'insurge du fait de ne pas parler plus d'un sujet quelconque à cause d'un prétendu brouillage médiatique causé par un autre sujet considéré comme moins important. De la sorte, non seulement on réussi à parler du sujet qu'on prétend ne pas parler assez, ce qui rend notre affirmation paradoxale, mais on perpétue la médiatisation du sujet détesté par son évocation systématique dans l'introduction de notre sujet « plus important ».

Exemple : « Pendant que Harper parle de niqab, personne ne parle de l'inquiétant Partenariat Trans-Pacifique ». Cette affirmation est contre-productive, car non seulement la personne parle du Partenariat Trans-Pacifique et ne peut alors vraiment admettre qu'on n'en parle pas, mais en plus elle tient à ramener le débat sur le niqab sur la table alors qu'elle sous-entend qu'on ne devrait pas en parler.

La raison de ce non-sens est bien simple : ceux qui critiquent l'instrumentalisation du débat sont bien souvent ceux qui l'instrumentalisent le plus. Les conservateurs ne s'en cachent pas : ils sont contre le port du niqab lors d'assermentations citoyennes. Peut-être courtisent-ils un électorat qui partage ce point de vue? Ça semble plutôt logique. Du côté du NPD, des libéraux et même de Québec Solidaire tout récemment, on tente de courtiser l'électorat du « tout-contre-Harper ». Le débat sur le niqab fait donc office de bouc émissaire. Il faut à tout prix rappeler aux gens la prétendue malhonnêteté des conservateurs et des bloquistes. Il faut les dépeindre comme des gens xénophobes et opportunistes, et par la bande, se faire passer pour les gens les plus tolérants, les plus sensés et les plus honnêtes. Mais au bout du compte, vous l'aurez compris; alors que chez les uns ont affirmé sans ambages ses valeurs, chez les autres, on utilise ce positionnement rival pour l'attaquer.

En fait, depuis quelques semaines, je vois beaucoup plus souvent les gens de la gauche inclusive parler de niqab que chez les conservateurs et bloquistes. Mulcair semble finir toutes ses phrases par « C'est ça qui est important au Canaduh, pas le niqab! ». Trudeau, quant à lui, ne rate pas une occasion d'évoquer d'un air sirupeux la fabuleuse ouverture canadienne mise à mal par la supposée xénophobie conservatrice. Madame David fait ce qu'elle fait de mieux, c'est-à-dire être mieux que tout le monde, et les innombrables indignés de la gauche des médias sociaux s'indignent que les gens ne s'indignent pas plus du fait qu'aborder la question du niqab en campagne électorale est indigne de nos politiciens.

On justifie la non-recevabilité du débat par le nombre réduit de femmes portant le niqab au Canada. Or n'est-ce donc pas une preuve qu'il s'agit là d'un caprice et non d'un besoin fondamental? Ceux qui instrumentalisent ce nombre réduit de femmes portant le niqab, ce sont indéniablement les gens de cette gauche caviar qui veulent en faire des martyrs et se montrer protecteurs de minorités. Et peu leur importe s'ils monopolisent le débat pour quelques dizaines de personnes qui ne daignent même pas se découvrir le visage aux gens qui tentent de les protéger : ils savent que cette image de sauveurs des plus faibles et des plus marginaux paiera chez les cercles bien-pensants et les indignés de ce monde.

Parlons des vraies affaires, pas du niqab? Mon œil.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST