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16/12/2013 12:28 EST | Actualisé 14/02/2014 05:12 EST

Le maire de New York, un objet politique non identifié

Le 5 novembre, Bill de Blasio a été plébiscité pour devenir le nouveau maire de New York. Il entrera en fonction le 1er janvier 2014 et aura la lourde tâche de succéder à Michael Bloomberg et Rudy Giuliani qui ont, pendant deux décennies, assaini les finances de la ville, réduit la criminalité et apaisé les conflits raciaux. Premier démocrate à occuper ce poste depuis 20 ans, Bill de Blasio, personnalité singulière, va devoir se montrer digne de son score de 73,3 %.

Bill de Blasio terrasse ses adversaires

Début novembre, la déferlante Bill de Blasio a terminé son périple. Pendant un an, le conseiller de Brooklyn, proche de Bill et Hillary Clinton, a tout renversé sur son passage. Le résultat est sans appel : une victoire dès le premier tour lors des primaires, puis une gifle magistrale infligée à son concurrent républicain le jour J, avec 73,3 % des suffrages.

Son passé d'extrême gauche, son engagement pour le Nicaragua, sa lune de miel passée à La Havane : rien n'y a fait. Aucune attaque n'a fait mouche. Les écartant d'un revers de main, son idéalisme l'a emporté. Sa vision du monde ? « Une dose de Franklin Roosevelt, le New Deal, une dose de social-démocratie européenne et une dose de théologie de la libération ».

Son programme est d'ailleurs à l'image de cet idéalisme à toute épreuve. Des promesses généreuses : plus de logements sociaux, plus d'écoles maternelles, une augmentation des impôts pour les très riches, une police à l'écoute des communautés. Questionné sur le financement de ces mesures, Bill de Blasio répond à peine, déclarant simplement qu'il est « un homme de gauche qui croit en l'intervention de l'État ».

En réalité, ce colosse relativement novice à ce niveau politique s'est trouvé au bon endroit au bon moment. Après deux décennies de maires républicains, New York avait soif de changement. D'autant que la ville et ses besoins ont beaucoup changé depuis Michael Bloomberg et, à plus forte raison encore, Rudolph - Rudy - Giuliani. Le mal dont souffre la plus grande ville du pays est connu : les inégalités de richesses avec pas moins de 46 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté américain.

Démocrate, progressiste, ami de toutes les minorités - il n'a d'ailleurs pas hésité à mettre en avant son fils Dante et sa coupe afro-américaine - Bill de Blasio avait les arguments pour remporter cette élection.

Succéder à Michael Bloomberg

Autour de sa candidature, Bill de Blasio a su attirer des personnalités telles qu'Alec Baldwin et Susan Sarandon, ainsi que du Club démocrate de Barack Obama du Upper Manhattan. En revanche, Michael Bloomberg, en dépit de sa casquette d'indépendant et du soutien qu'il a apporté à Barack Obama en 2012, n'avait pas fait de lui son favori à sa succession. Probablement que la mise en avant outrageuse de sa famille afro-américaine n'a pas plu au maire sortant, n'hésitant d'ailleurs pas à le taxer de « raciste ».

Pourtant, durant ses 12 années de mandat, Michael Bloomberg avait également entretenu l'image d'un original, voire d'un franc-tireur. Démocrate, puis républicain, puis indépendant, il a financé ses campagnes électorales sur ses propres deniers et ne s'est arrogé qu'un salaire symbolique d'un dollar par an. Vingtième fortune mondiale, son engagement pour New York ne pouvait en effet être intéressé.

À Bill de Blasio, il laisse une ville qui a retrouvé sa stature après le traumatisme du 11 septembre. Ground Zero n'est plus et la nouvelle tour géante est en passe d'être terminée. L'économie est en bonne santé avec un environnement favorable pour les affaires. Une immense campagne de rénovation énergétique a été initiée. Et la guerre contre le crime a été poursuivie, faisant de New York la grande ville américaine la plus sûre.

Le futur «maire de l'Amérique»?

La criminalité a d'ailleurs été l'un des thèmes majeurs de la campagne de 2013. Les adversaires de Bill de Blasio ont cherché à l'attaquer sur ce point, mais le nouveau maire avait un atout imbattable dans sa poche. En effet, à peine élu, Bill Bratton a été nommé chef de la police. Avant de faire des merveilles à Los Angeles et d'être pressenti pour diriger Scotland Yard, ce « superflic » avait mené la croisade contre le crime dans les années 1990 lorsque Rudy Giuliani avait pris les rênes de la ville. Leur victoire dans cette guerre qui rongeait la ville avait été éclatante.

Michael Bloomberg et Rudy Giuliani. Difficile de succéder à telles figures. Le premier est un modèle de réussite personnelle. Tandis que le deuxième n'est autre que le « maire de l'Amérique », surnom qu'il a gagné en incarnant la réactivité et la dignité de l'action des services publics après le 11 septembre. Trop modéré pour représenter son Parti à l'élection présidentielle de 2008, Rudy Giuliani se consacre aujourd'hui aux affaires internationales. A cet égard, il fut présent à Paris le 7 décembre pour discuter de l'accord sur le nucléaire iranien.

Bill de Blasio aura donc au moins quatre années pour se montrer digne de ses prédécesseurs. Le poste singulier dans le paysage politique américain et jouit de pouvoirs étendus. Les attentes des 9 millions d'habitants sont nécessairement fortes. D'autant que le nouveau « golden-boy » est jeune, 52 ans, et qu'il pourrait rêver d'une carrière à dimension nationale et internationale comme Giuliani.

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