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17/03/2013 02:43 EDT | Actualisé 17/05/2013 05:12 EDT

L'université est-elle de gauche?

Conclure que l'université est définitivement de gauche, voir progressiste et marxiste révolutionnaire serait une conclusion hâtive et erronée. Une critique s'impose tout de même. L'éducation a toujours été un champ de bataille pour les différents courants idéologiques en quête d'une base d'adeptes.

PC

Pendant les évènements du printemps érables, plusieurs Québécois se sont posé des questions sur l'orientation idéologique des universités en regardant les manifestants universitaires brandir des banderoles en chantant des slogans socialistes et parfois venant d'une gauche radicale. Certains en sont venus à la conclusion que les universités sont dominées par une idéologie de gauche, socialiste ou même anarchiste. Maintenant que la poussière est retombée et que la question des frais de scolarité semble réglée, du moins temporairement, une analyse s'impose : l'université est-elle réellement de gauche ?

Une étude menée par deux sociologues américains en 2005 démontrait que le ratio de démocrate (gauche) par républicains (droite) au sein du professorat dans une douzaine d'universités californiennes était en moyenne de six démocrates pour chaque républicain, tous départements et universités confondus.

La même étude démontrait que le département où les démocrates dominent le plus est celui de la Sociologie où le ratio est de 44 démocrates pour chaque républicain. Les départements de management, comptabilité et finance démontrent un équilibre presque parfait entre démocrates et républicains au sein du professorat alors qu'il y a 5 professeurs penchant vers la droite pour aucun professeur démocrate dans le domaine des sciences militaires.

Au Canada, un débat avait été déclenché dans la prestigieuse revue Affaires Universitaires entre Ricardo Duchesne, un professeur de sociologie à l'université du Nouveau-Brunswick et la journaliste Harriet Eisenkraft. Cette dernière avait conclu en se basant sur une vingtaine d'entrevues avec des professeurs universitaires canadiens venant de minorités ethniques que les universités canadiennes pratiquaient une forme de racisme structurel dans l'embauche et la promotion, malgré un effort soutenu des universités pour augmenter la diversité ethnique dans les différents départements.

Le professeur Duchesne avait répliqué à l'article d'Eisenkraft en avançant que l'université est « l'institution canadienne la plus progressiste, » donc la plus à gauche, et que si la question du racisme dans les institutions éducationnelles devait se poser, ça serait surtout dans le cadre « d'une industrie » de l'antiracisme qui s'affèrerait plus à enseigner leur idéologie progressiste accusatrice des structures sociales et promouvant une mauvaise conscience occidentale que d'enseigner la grande culture de cette même civilisation et son histoire.

Duchesne faisait le constat que les universités sont beaucoup plus à gauche et progressiste dans leurs ensembles et que s'il devait y avoir une remise en doute, ça ne serait pas sur un supposé racisme structurel, mais sur l'influence idéologique de gauche que ces institutions ont sur notre conscience collective et les étudiants. Duchesne touche au cœur du problème d'une université qui serait de gauche qui ferait campagne contre la pensée de droite.

Que pense la gauche de la droite alors? La journaliste Megan McArdle du Daily Beast et du magazine The Atlantic avait elle aussi décrié dans un de ses articles en 2011, une tendance à gauche dans les institutions d'éducations supérieures. McArdle avait alors recensé les commentaires de lecteurs qui comptaient plusieurs universitaires, qu'elle avait reçus en rapport à l'article pour expliquer la question du nombre largement supérieur de professeurs de gauche. On pouvait y lire que « l'intelligence, la curiosité et l'ouverture d'esprit » seraient des traits de gauche alors que « les fausses croyances, l'appât du gain et l'anti-intellectualisme » seraient des traits de droite.

L'exemple des grands académiciens encrés dans une pensée conservatrice comme Raymond Aron, Jacques Ellul, Thomas Sowell et l'écrivain Philippe Muray, pour ne nommer que ceux-là, démontre l'étroitesse d'esprit de certains.

Conclure que l'université est définitivement de gauche, voir progressiste et marxiste révolutionnaire serait une conclusion hâtive et erronée. Une critique s'impose tout de même. L'éducation a toujours été un champ de bataille pour les différents courants idéologiques en quête d'une base d'adeptes. Si l'église avait une main mise sur l'université au moyen-âge en Europe, il ne faut pas penser naïvement que l'idéologie et le dogme sont disparus de l'éducation supérieure dans notre ère.

La génération de mai 68 qui a formé le corps professoral des années 80 et 90 et qui touche maintenant à l'âge de la retraite a laissé sa marque idéologique sur l'université et si les générations suivantes se sont démontrées plus modérés, il reste évident qu'il manque une influence philosophique conservatrice dans nos institutions supérieures et même au niveau d'éducation secondaire et collégiale.

Notre société, comme à toute époque, traverse des débats importants sur le plan économique et social. Les débats ses dernières années sur le multiculturalisme, l'immigration, les droits de scolarités et l'économie ont soulevé les passions. Un discours équilibré qui servirait de balises pour les visions que la gauche et la droite ont de l'homme en société nous aiderait grandement à naviguer les eaux troubles de notre époque.