LES BLOGUES
21/03/2016 10:46 EDT | Actualisé 22/03/2017 05:12 EDT

Comprendre le conservatisme en 14 entretiens

La découverte de la pensée conservatrice est une bouffé d'air frais.

Au cours de l'été 2013, alors que j'étais étudiant à la maîtrise en administration et politique publique à l'université Concordia, je me suis lancé dans un projet qui avait comme objectif de découvrir la philosophie politique qu'est le conservatisme en allant à la rencontre d'intellectuels conservateurs pour sonder leurs pensées.

Alors que le projet avançait, subtilement, j'accumulais les entretiens avec certains des plus grands penseurs conservateurs de notre époque. Ces rencontres m'ont permis de voyager de Montréal à Paris et de Washington à Londres, et d'interviewer des intellectuels de San Francisco à Genève. Le résultat de cette aventure fut la compilation de ces entretiens venant des quatre coins de l'Occident sous la forme du livre Comprendre le conservatisme en quatorze entretiens (Liber).

Ce qui m'avait poussé à vouloir approfondir ma connaissance du conservatisme il y a trois ans, soit mon aversion pour la domination idéologique des universités par la gauche, me semble maintenant loin derrière.

En y réfléchissant après les faits, la cause de cette soif intellectuelle me semble venir de plus loin. Au cours des quatorze entretiens avec des penseurs, auteurs et intellectuels de différents pays sur le sujet du conservatisme, c'est notre rapport trouble envers la modernité qui s'est dessiné, qui a pris forme, et qui s'est avéré être l'élan qui m'avait animé lors du début du projet. Si je ne pouvais mettre des mots sur le malaise de notre époque, je le ressentais et le ressens toujours, comme nous tous, qu'on se l'admette ou non. Nos instincts sont souvent porteurs de savoir, il ne nous reste qu'à les écouter.

Si je peux me risquer à mettre des mots sur les symptômes du malaise existentiel de la modernité, je commencerais par discuter de la perte de sens collectif, du narcissisme découlant du matérialisme et du consumérisme, du vide spirituel au sein des sociétés occidentales dans lequel s'engouffrent l'idéologie et l'extrémisme, de la perte d'identité qui crée des individus sans attaches et sans ancrages, de la déconnexion et la désolidarisation des générations, de la normalisation des familles éclatées ou monoparentales, de la disparition du concept de la transcendance, et un nihilisme sans cesse grandissant.

Derrière nos débats idéologiques contemporains superficiels, qui sont d'un ridicule croissant, se cache un mal de l'existence et une quête de sens par l'homme moderne qui cache son désespoir derrière ses cris à une liberté, celle-ci même n'étant devenu qu'un caprice d'individu égoïste et narcissique. Le conservatisme prend en compte ses changements subtils, graduels et pernicieux, reconnaît et tente d'en mitiger les effets destructeurs chez l'individu moderne.

La découverte de la pensée conservatrice est une bouffé d'air frais au sein de notre époque presque homogène intellectuellement, car elle permet de nous en extirper, si ce n'est qu'un pour un bref moment. L'histoire personnelle des quatorze interlocuteurs de Comprendre le conservatisme démontre la libération, voir l'émancipation, que représentent la quête et le développement intellectuel qui mènent vers le conservatisme.

C'est d'ailleurs par le développement et le cheminement intellectuel, et même parfois spirituel, de ces quatorze interlocuteurs que Comprendre le conservatisme captive l'intérêt et permet de nous identifier aux différents chemins empruntés par ceux-ci.

L'histoire de David Azerrad suscitera un intérêt particulier pour le lecteur québécois. Azerrad, un Québécois ayant grandi à Montréal, décrit le chemin qui le mena du discours de gauche dominant sur nos campus universitaires lors de ses études, pour ensuite sortir des sentiers battus et poursuivre son développement intellectuel en Ontario et au Texas, et devenir directeur de recherche au sein du Heritage Foundation, un des think tanks conservateurs les plus influents de Washington.

Le lecteur prendra la mesure de l'emprise psychologique du radicalisme de gauche et l'état d'esprit malsain vers lequel notre époque peut nous porter par le cheminement de Jan Marejko. Ayant côtoyé les franges les plus radicales émanant de la gauche libertaire des années soixante et soixante-dix, l'auteur suisse a pu se sortir de cet «état d'esprit» terroriste pour passer par le «caisson de décontamination» intellectuelle qu'ont été les cours du Français Raymond Aron et de l'Américain Howard Bloom, deux philosophes incontournables de la deuxième moitié du vingtième siècle. Marejko explique avec sincérité son chemin, commençant par cet état d'esprit troublé pour atteindre une pensée conservatrice modérée et se réconcilier avec l'époque et la modernité.

Laetitia Strauch-Bonart, une journaliste et doctorante en philosophie politique vivant à Londres, contraste le conservatisme britannique et la droite française. Le grand philosophe britannique Roger Scruton, pour sa part, discute de l'idée de la nation, de la cohérence de la communauté, du multiculturalisme et de l'emprise néfaste et autoritaire de l'Union européenne.

Pour nos voisins du sud, Harvey C. Mansfield, professeur en science politique à la prestigieuse université Harvard depuis 1962 et grand penseur du conservatisme américain, à vécu la montée et la domination subséquente de la nouvelle gauche des années soixante sur les campus américains et porte un regard éclairant sur cette époque pour en décrire les conséquences négatives sur l'éducation.

William Kristol, un des piliers du néoconservatisme américain, décrit l'influence sur ce mouvement d'un penseur français comme Alexis de Tocqueville au sein de ce que certains considèrent comme un «Big State Conservatism».

Ici même au Québec, Xavier Gélinas, historien et auteurs d'ouvrages sur l'histoire du conservatisme au Québec, et Jacques Beauchemin, professeur en sociologie à l'UQAM et sous-ministre à l'Éducation sous le gouvernement de Pauline Marois, effectuent un retour sur les racines du conservatisme québécois et font l'état des lieux du conservatisme aujourd'hui dans la Belle Province.

Comprendre le conservatisme en quatorze entretiens permettra au lecteur de se découvrir des affinités insoupçonnées avec des penseurs du Québec, mais aussi d'outre-mer et venant du sud de la frontière canado-américaine, tout en effectuant un survol d'une sensibilité, le conservatisme, et ses multiples déclinaisons.

Surtout, le lecteur découvrira une pensée qui dépasse largement les clichés que certains veulent nous faire croire. Du même coup, il acquerra peut-être une perspective nouvelle et critique de notre époque qui mérite amplement qu'on s'y attarde pour notre propre bien.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Galerie photo Rona Ambrose, chef intérimaire du Parti conservateur Voyez les images