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26/02/2013 08:48 EST | Actualisé 28/04/2013 05:12 EDT

Ce que cache le «pastagate»

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Le Québec est petit, non pas géographiquement, mais dans sa conscience collective. Le «pastagate» est l'illustration la plus récente de l'incapacité des Québécois, anglophones et francophones, à se situer dans leur propre histoire et celles des nations.

Les médias ont démontré que leurs éditos sont dictés par le nombre de copies à vendre, et non pas par une responsabilité civique de ne pas réduire le débat linguistique à un fait insolite et inconséquent. Mais il est difficile de blâmer des corporations, médiatiques ou autres, pour vouloir rentabiliser leurs activités commerciales, donc de les blâmer pour nous avoir bombardé avec le «pastagate» ces derniers jours. Il est plus honnête de reconnaître que les médias ont plutôt reflété notre propre état de conscience collective en nous donnant exactement ce que nous voulions en nourrissant nôtre tendance à l'auto flagellation.

Les différents rédacteurs en chef des médias québécois et canadiens savaient qu'une telle absurdité bureaucratique ne pouvait que susciter une visibilité et une manne médiatique dont ils ne pouvaient se passer pour leurs réseaux respectifs, que ce soir sur papier, en ondes ou sur les réseaux sociaux. C'est sur ces réseaux sociaux qu'on a découvert ce qui est derrière cette manne médiatique autour de «pastagate», car on découvre à quel point certains au Québec ne font qu'attendre le moindre événement, peu importe son importance, pour pratiquer le bon vieux Québec bashing ou relancer notre tendance à se dénigrer.

Nous pouvions lire sur les médias sociaux - et même entendre de vive voix par les gens dans la rues, car ce sont les mêmes après tout - les insultes visant directement l'Office de la Langue Française et indirectement envers la société québécoise et ceux qui se portent à la défense du français les comparants au nazisme. Ces références à un mouvement politique ayant comme racines le darwinisme social et le romantisme allemand du 19e siècle se terminant sous les débris de la ville de Berlin en mai 1945, qui abondent ces temps-ci, démontrent non seulement un manque de connaissance et d'analyse historique de ce qu'est le nazisme, ou même le fascisme, mais surtout cela démontre à quel point nous sommes prisonniers du présent et incapable de nous situer dans nôtre propre histoire québécoise et canadienne. Encore moins l'histoire des nations.

La haine qui se cache derrière ces comparaisons à certains régimes autoritaires européens du 20e siècle se combine à une amnésie qui a comme conséquence d'être incapable de se rendre compte de la paix linguistique relative de notre époque. Ces mêmes personnes aux opinions égarées sur les réseaux sociaux faisant des comparaisons historiques loufoques devraient comparer le «Pastagate» aux années 60-70, en termes de tension entre communautés linguistiques et en termes de situation politique au Québec, avec les attentats du FLQ, la crise d'octobre et les affrontements entre la police et les citoyens dans les rues de Montréal. Une telle analyse historique leur dicterait l'erreur de leurs paroles volatiles.

Plus encore, si on se situe dans l'histoire du fait français dans la vallée du Saint-Laurent, depuis la conquête britannique menée par Wolfe et sa tendance génocidaire envers les Canadiens que représentaient les colons français, en passant par le siècle de législation tentant d'éradiquer la langue française dans le Rest Of Canada, sans oublier le rapport Durham bien sûr, on se rend compte que nous vivons dans une paix linguistique et sociale qui est potentiellement sans équivalent dans l'histoire de la Belle Province. Cette paix a un prix, diront certains avec raison, mais une paix tout de même.

Si «Je Me Souviens» est nôtre devise, de toute évidence nous avons oublié que « Je me souviens, que né sous le lys, je croîs sous la rose » parle d'une époque conflictuelle découlant d'une histoire de violence, de conquête militaire et d'une confrontation d'une intensité qui n'a pas d'équivalent dans le Québec contemporain, quoique certains peuvent en dire.

Si nous avions une conscience collective ancrée dans notre histoire et celle du monde, non seulement nous éviterions de raviver par ignorance Hitler et Mussolini à tout bout de champ, mais nous éviterions surtout de transformer un événement anodin en crise nationale et existentielle, qui ne fait que mettre un miroir devant une société qui dérive et qui perd tout repère. L'image que ce miroir reflète n'est pas toujours d'une grande beauté.

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