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09/11/2016 09:20 EST | Actualisé 09/11/2016 09:20 EST

Trump et la vengeance des «déplorables»

Plus que la xénophobie qui anime certains mouvements de droite, c'est le sentiment d'injustice criant chez des centaines de millions de citoyens en Occident qui trouve son expression dans cette élection.

Contre toute attente, Donald Trump a gagné l'élection. La consternation règne dans le reste du monde et chez au moins la moitié des Américains. On se demande comment un tel individu, qui a insulté à peu près toutes les sections de la population américaine et qui n'a aucune expérience politique, s'est hissé à la tête de la première puissance mondiale.

On va analyser ce résultat encore longtemps, mais force est d'admettre qu'on avait sous-estimé la colère et la frustration des Américains envers les élites politiques et économiques.

Une chose est sûre, l'issue du vote porte un coup dur aux firmes de sondages et aux soi-disant experts. Depuis déjà un bout de temps, la science politique fonde ses analyses sur la mondalisation informatique et les méthodologies quantitatives, qui tendent à minimiser l'importance des processus historiques, culturels et idéologiques dans l'interprétation des phénomènes politiques. Quoiqu'il en soit, cette élection constitue une leçon de taille pour tous les politologues.

Puisqu'il s'agissait principalement de saisir et de canaliser le ressentiment populaire lors du dernier cycle électoral, la victoire d'un credo populiste de droite s'explique sans doute par le fait qu'on n'a pas su y opposer une plateforme populiste de gauche. Le choix du Parti démocrate s'est arrêté sur Hillary Clinton, une candidate qui incarne parfaitement le privilège et l'élitisme contre lequel des millions d'Américains s'insurgent. Ce choix fatidique en a poussé plusieurs à dire que Bernie Sanders aurait été un meilleur candidat face à Donald Trump.

Le pouvoir politique et économique d'une classe aisée et cosmopolite, qui s'accapare la forte majorité des gains financiers depuis plusieurs décennies, semble enfin avoir frappé un mur.

Comme avec le Brexit et les autres mouvements populistes qui vont sans doute être encouragés par l'issue de l'élection américaine, il faut bien voir qu'il s'agit là d'une condamnation en règle de tout un modèle économique et de l'interprétation dominante de la mondialisation.

Plus encore que la peur et la xénophobie qui animent certainement les mouvements populistes de droite, c'est le sentiment d'injustice criant chez des centaines de millions de citoyens partout en Occident qui trouve son expression dans les derniers suffrages.

Le pouvoir politique et économique d'une classe libérale aisée et cosmopolite, qui s'accapare la forte majorité des gains financiers depuis plusieurs décennies, qui refuse de s'engager dans une réforme conséquente des structures sociales et économiques et qui méprise parfois ouvertement les classes populaires moins éduqués et moins tolérantes, semble enfin avoir frappé un mur.

Quoique les divisions basées sur l'appartenance ethnique et le lieu géographique (centres urbains vs zones rurales) soient bien réelles aux États-Unis et qu'elles méritent toute notre attention, la capacité d'acheter une maison, de payer ses dettes, d'avoir accès à des soins de santé abordables, d'envoyer ses enfants à l'école et de disposer d'une retraite convenable, sont autant de biens sociaux qui peuvent mitiger les divisions sociales et culturelles.

Au bout du compte, je pense que le programme de Donald Trump, s'il est mis en pratique, n'aidera pas les millions d'Américains qui ont voté pour lui. Trump promet de baisser les impôts pour les plus nantis, une politique qui a largement contribué à éroder la classe moyenne depuis Reagan, et tout indique que son programme va continuer de creuser les inégalités et accélérer la dégradation de l'environnement, autant de facteurs qui vont plomber la qualité de vie des millions d'électeurs frustrés qui l'ont porté au pouvoir.

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