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Alors Justin Trudeau, que ferez-vous avec le CSeries et le F-35?

Avec une majorité de 184 députés, Justin Trudeau devra passer des belles promesses aux actes. Élu majoritaire grâce aux électeurs du Québec, saura-t-il les récompenser en aidant Bombardier et le CSeries?

Avec une majorité de 184 députés, Justin Trudeau devra passer des belles promesses aux actes. Élu majoritaire grâce aux électeurs du Québec, saura-t-il les récompenser en aidant Bombardier et le CSeries ?

Une chose est certaine, Trudeau ne se privera pas d'agir rapidement avec éclat et fanfare, ce qui ne veut pas dire avec intelligence, sur le dossier du remplacement des McDonnell Douglas CF-18 Hornet vieillissants des Forces armées canadiennes.

La preuve en est qu'en milieu de soirée électorale, Dominique Leblanc, député sortant élu libéral dans Beauséjour, au Nouveau-Brunswick, en interview télévisée avec Radio-Canada, a rappelé avec vigueur la promesse de son chef concernant le Lockheed Martin F-35 Lightning II.

Fort de sa majorité, Justin Trudeau, pour plaire à sa base « pacifiste » et « Casques bleus » portera ses énergies sur le F-35 à l'instar de son maître à penser Jean Chrétien en 1993 avec l'hélicoptère EH-101. Dans les deux cas, il s'agit de promesses faciles à tenir qui néanmoins coûteront cher à long terme. Faut-il rappeler que le brutal « geste d'éclat » de Chrétien, soit l'annulation de la commande d'EH-101, avait coûté 500 millions de dollars de l'époque en réparations à l'hélicoptériste anglo-italien AgustaWestland.

Certes, mais le chef libéral, maintenant élu premier ministre du Canada, pourra lancer un nouvel appel d'offres pour le remplacement des 64 McDonnell Douglas CF-18 Hornet de l'Aviation royale canadienne encore en service actif.

Mais il lui sera bien plus embarrassant, compliqué et ardu, pour ne pas dire impossible, d'exclure Lockheed Martin d'offrir son F-35 Lightning II. Surtout que tous ses concurrents sont contrairement à lui, des avions de combat conçus dans les années 1980 dans le cas du Rafale de Dassault, de l'Eurofighter Typhoon et du Saab Gripen et dans les années 1990 dans celui du Boeing F-18E/F Super Hornet. Les Rafale, Typhoon et Gripen, des chasseurs de « quatrième génération », n'ont été équipés d'un radar à balayage électronique actif ou AESA (Active Electronically-Scanned Array radar) que tout récemment alors que le F-35, le seul chasseur de « cinquième génération » avec le F-22, a été conçu dès le commencement avec un tel radar, un must de nos jours.

De plus, le gouvernement libéral devra affronter les industriels canadiens déjà engagés dans le programme Joint Strike Fighter.

De toute évidence, il est plus avantageux pour une entreprise aérospatiale canadienne d'être impliquée avec un géant tel que Lockheed Martin ou Boeing où les possibilités de retombées industrielles aussi bien civiles que militaires ou spatiales, sont bien plus importantes du fait du nombre de programmes qu'elles possèdent et de leur taille.

De plus, être fournisseur du F-35 signifie la possibilité d'équiper jusqu'à plus de 4000 appareils durant les 30 prochaines années, car, contrairement à ses concurrents, le F-35 est en tout début de production.

Cela est une tout autre histoire avec le Rafale dont déjà environ 150 exemplaires ont déjà été construits et dont la production ne dépassera guère les 400 appareils. Dans le cas du Typhoon, 427 sont en service sur un carnet de commandes de 571 qui atteindront au mieux les 700 et du Gripen, livrés à 180 exemplaires d'un carnet de commandes actuellement à 262 unités.

Cible facile de l'opportunisme politique, les 65 F-35 coûteront aux contribuables canadiens 44 milliards de dollars sur 42 ans soit un peu plus d'un milliard par année.

Néanmoins, là où la tâche sera plus difficile pour le nouveau premier ministre, sera de trouver une façon d'aider le CSeries et de sortir Bombardier de l'ornière où son dernier-né l'a amenée.

Justin Trudeau devra louvoyer pour ne pas soulever la traditionnelle grogne de l'Ontario à chaque fois qu'elle croit le Québec favorisé. Il pourrait saupoudrer la province en soutenant les programmes Global 7000 et Global 8000 construits à Downsview, en banlieue de Toronto, eux-mêmes aussi en difficulté.

Alors le nouvel occupant du 24 Sussex Drive aura les coudées plus franches pour secourir, si cela est possible, le CSeries. Il devra demander à ses fonctionnaires de trouver des aides conformes aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (WTO) qui assureront la certification, l'entrée en service des CS100 et CS300 et leurs montées en production.

L'Ouest canadien ayant préféré les troupes conservatrices de Stephen Harper, Trudeau ne pourra prétexter le risque de s'aliéner cette région pour ne pas secourir Bombardier. Nous nous souvenons de la levée de boucliers de l'Ouest lors de l'octroi par le gouvernement progressiste conservateur de Brian Mulroney du contrat d'entretien des chasseurs McDonnell Douglas CF-18 Hornet à Bombardier au lieu de Bristol de Winnipeg, au Manitoba.

En dépit d'un soutien gouvernemental fédéral canadien, il restera toujours aux équipes de ventes de Bombardier de faire du CSeries un succès commercial. Tout un défi !

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