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13/04/2015 02:14 EDT | Actualisé 13/06/2015 05:12 EDT

Maigrir d'amour: Pourquoi? Pour qui?

Dans la quête de la minceur, au-delà de cette autopunition qui devrait nous élever dans l'échelle des vertus, il y a, disons-le, la quête de l'amour. Au sens large. Perdre deux tailles pour gagner l'estime de tous, un nouveau job, un amoureux?

Voilà que le printemps s'installe et que fleurissent, dans toute la presse, les fameux conseils minceur, vantant la nouvelle diète et les crèmes de l'année. Même les plus rationnel(le)s d'entre nous essaient encore une fois d'y croire, tentant pour la vingtième, trentième, quarantième fois, de s'affamer en faisant semblant d'aimer ça, de ne manger que du vert ou que du rouge ou que du liquide, jetant pour quelques semaines aux orties toute sorte de bon sens, et surtout toute sorte d'amour de soi.

Car enfin ces régimes finissent par ressembler à une sorte de punition saisonnière, qui viserait à redresser la vilaine (moins souvent, le vilain) qui n'a pas pris garde à sa ligne pendant la période hivernale et qui mérite pour cela le plus dur des traitements. Souffrir, lutter contre la tentation, se "détoxifier", selon ce néologisme affreux - nous ne sommes pas loin de la purification - tout cela a des allures de religion, et pas de religion joyeuse.

Ne croyez pas que je sois une tenante des kilos superflus, des bourrelets et de la cellulite. Chacun sait qu'en excès ils sont responsables de problèmes de santé parfois graves. Mais combien d'obèses parmi les adeptes du régime de printemps?

Dans la quête de la minceur, au-delà de cette autopunition qui devrait nous élever dans l'échelle des vertus, il y a, disons-le, la quête de l'amour. Au sens large. Pas seulement celui du compagnon/compagne, mais de tous, de la société, de nos voisins anonymes sur la plage, des amis qui viendront partager nos transats, des copines de magasinage, des relations professionnelles.

Plus mince = plus aimable? Que met-on nous dans ce fantasme de la cuisse fuselée et du ventre plat? Comment pensons-nous faire fondre notre graisse au même rythme que notre capital amour prendrait de l'ampleur? Comment imaginons-nous combiner la générosité du cœur avec l'avarice de formes? Derrière notre aspiration à la perfection physique, que mettons-nous de renoncement à la vulnérabilité, à la douceur, à l'accessibilité? Que nous reste-t-il à donner à l'autre quand la contrainte nous a asséché tout à fait? Quel fol espoir de transformation de notre vie mettons-nous dans un nouvel aspect physique? Perdre deux tailles pour gagner l'estime de tous, un nouveau job, un amoureux? Ces quelques tout petits kilos que vous êtes les seuls à voir seraient donc la clé du bonheur?

Et si nos formes envoyaient plutôt un message de générosité, de vie tout simplement? Si notre cerveau reptilien reconnaissait dans la rondeur les signes de la santé, de la solidité, de la protection possible? Et notre cerveau moins reptilien le signe d'un physique assumé et d'une absence de névrose obsessionnelle bien illustrée par quelques icônes de papier glacé? Si la peau était plus douce, le visage plus bienveillant et la main plus tendre avec un peu de gras sous la peau?

Et si notre saboteur intérieur nous interdisait de nous le dire, pour maintenir ainsi estime de nous-même moribonde et énergie vitale au plancher? Car nous le savons, nous ne serons jamais assez mince ni assez ferme assez longtemps pour nous dire que nous y sommes, que nous avons enfin atteint le nirvana du corps parfait et que nous allons y flotter jusqu'à la fin de nos jours. Ce régime dont nous attendons tant, que nous évite-t-il de regarder de près? Quelles incohérences dans notre vie, quelles valeurs mal honorées, quel vide intérieur? Quel courage n'avons-nous pas, que nous retournons sur nous-même par affamement, qui a le mérite immense de finalement ne pas engager à grand-chose et d'être furieusement réversible?

Chacun trouvera à ces questions une réponse différente, mais que je vous recommande de vous les poser vraiment, sincèrement, en prenant le temps. Elles n'occupent que quelques lignes mais sont profondes, touchent à votre essence même, et nécessitent parfois l'aide d'un professionnel pour vous guider (je ne saurais trop vous recommander un coach en la matière).

Je ne nie pas qu'un régime soit parfois bénéfique. Il peut servir respectueusement un corps qui est ce que nous avons de plus cher. Ainsi, cette légèreté gagnée n'est pas que celle du corps, mais aussi celle de l'esprit. Elle nous permet de nous tenir plus droit, de respirer plus facilement, de mieux habiter notre corps. Nous gagnons en aisance, en efficacité, en mobilité, et cela crée de la joie, du plaisir.

Mais pour cela, nous devons entreprendre cette aventure par amour de nous-même, et non pas par désamour. Il doit s'agir d'un don de notre moi gourmand à notre moi trop lourd, il faut qu'il y ait un échange souriant et généreux entre les deux.

Ce n'est, me semble-t-il, que dans ces conditions qu'un régime peut "réussir", c'est-à-dire 1) permettre de perdre (raisonnablement) du poids, 2) éviter d'en reprendre 3) le tout sans tomber dans les désordres alimentaires trop tristement connus et si destructeurs, tant physiquement que psychologiquement (boulimie et anorexie).

Alors si vous voulez vraiment tester la dernière diète en vogue, dialoguez d'abord avec la région de vous-même qui vous aime tel que vous êtes, demandez-lui son avis, et s'il est positif, son soutien. Si un tel allié vous fait défaut, passez à autre chose, ce n'est pas d'un régime dont vous avez besoin. Ou en tout cas, pas avant d'avoir réanimé votre amour de vous-même. Qui est la clé de l'amour des autres.

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