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21/07/2016 10:05 EDT | Actualisé 22/07/2016 10:47 EDT

N'attendons plus un sauveur

Et si au lieu de se chercher un nouveau sauveur suite au départ de Pierre-Karl Péladeau, le PQ offrait aux Québécoises et aux Québécois tous les mécanismes dont ils ont besoin pour s'autodéterminer?

Mardi matin dernier, j'ai convoqué les journalistes pour expliquer comment, à mon avis, le Parti québécois doit réinventer toute la question de la mécanique référendaire de manière à ce que les prochaines élections portent sur l'incompétence du gouvernement actuel et non sur la peur du référendum.

J'expliquais à ce titre que les propositions de mes adversaires sur la question étaient soient ambiguës ou impliquaient d'organiser un référendum contre le gré de la population, ce qui, dans les deux cas, risquait de ramener les libéraux au pouvoir jusqu'en 2022. Ce serait un résultat désastreux tant pour le meilleur intérêt de la population que pour notre projet de pays. Ma proposition est de ne pas tenir de référendum dans un premier mandat puis, à partir de 2022, de remettre le pouvoir de déclencher un référendum entre les mains de la population suivant deux critères: l'initiative populaire (20% des électeurs qui signent un registre) et l'approbation populaire (45% de la population qui se montre en faveur de la souveraineté dans un sondage du gouvernement). Mon engagement pour 2018 est de remettre cette proposition initiale entre les mains d'un groupe d'experts qui auront quatre ans pour travailler sur une proposition finale et détaillée qui sera soumise aux électeurs en 2022.

Dans un billet de blogue publié mercredi, Jean-François Lisée affirme que ma proposition manque de leadership. Il fait le parallèle avec le référendum de 1995 et affirme que la clé de la mobilisation pour ce référendum tenait à la figure de Jacques Parizeau et à sa détermination à vouloir tenir un référendum contre vents et marées. En d'autres mots, M. Lisée soutient qu'il n'y aura jamais de souveraineté sans sauveur.

À titre de candidat venant de l'extérieur du parti, laissez-moi vous poser une question surprenante provenant d'un candidat à la chefferie du PQ: Et si au lieu de se chercher un nouveau sauveur suite au départ de Pierre-Karl Péladeau, le PQ offrait aux Québécoises et aux Québécois tous les mécanismes dont ils ont besoin pour s'autodéterminer? Et si les militants du parti étaient devenus désillusionnés d'attendre encore le prochain sauveur pour réaliser leur pays et voulaient eux-mêmes faire partie de la solution?

Lisée sous-entend que les seuils que je propose rendent le déclenchement du référendum presque impossible. C'est faux. Tout d'abord, mentionnons qu'il s'agit d'une proposition initiale et que nous disposerons de quatre ans pour travailler avec des experts sur les paramètres de cette proposition. Quant à la signature du registre par 1,2 million d'électeurs, il faut sortir de 1995 et arriver en 2016. Évidemment que si l'on place un seul registre en papier à Saint-Lin, il sera impossible de recueillir les signatures de 20% des électeurs (mes salutations aux gens de Saint- Lin). Mais en 2016, nous avons des appareils mobiles intelligents et des réseaux sociaux qui n'existaient pas en 1995. Il est désormais possible de signer et de voter via internet, comme en témoigne l'explosion du commerce en ligne, le vote électronique en Suisse, et la présente course à la direction du Parti québécois où les membres pourront voter tant en ligne que par téléphone au moyen d'un code sécurisé. Mais surtout, qu'est-ce qui empêcherait d'ouvrir le registre le soir des élections de 2022 et de le rendre disponible sur les lieux du scrutin? Environ 4,5 millions d'électeurs auraient alors l'occasion de signer sur place le registre. Si je suis conscient que le 1,2 million de signatures est un objectif ambitieux, je vois également l'atteinte de cet objectif comme le projet mobilisateur qui donnera le goût aux Québécois de se rendre aux urnes en 2022 et de se réinvestir dans le mouvement souverainiste, car soudainement, ce seront eux qui auront le pouvoir et tout deviendra possible.

Quant au critère de l'approbation populaire préalable, un examen de l'historique des sondages sur la souveraineté, lesquels ont été conduits dans des contextes où il n'y avait pas nécessairement de mouvement populaire de mobilisation pour le oui, démontre que l'objectif est définitivement atteignable. Si ma proposition avait été en place à l'époque, un référendum aurait été déclenché tout de suite après Meech et aurait sans aucun doute été gagnant. Il y a fort à parier qu'un référendum aurait également pu être déclenché en 1999 ou en 2005. Un récent sondage de mai 2016 indiquait 41% d'appui à la souveraineté alors qu'on se trouve probablement dans le pire des contextes pour parler d'indépendance après 13 ans de pouvoir presque ininterrompu des libéraux. Si un seuil de 45% constitue un taux d'approbation inatteignable au projet de souveraineté, comment peut-on alors espérer atteindre le 50%+1 nécessaire à un référendum gagnant? J'ajouterais que redonner du pouvoir à la population n'empêchera pas un député du PQ de faire preuve de leadership en disant aux gens la vérité, en leur donnant le goût du Québec et de notre avenir et en les encourageant à se responsabiliser par rapport à cet avenir. À cela s'ajoute le travail dans la sphère citoyenne de l'Institut sur l'indépendance (IRAI) et du Oui Québec.

Mon style de leadership, ce n'est pas d'agir en sauveur, mais bien de motiver les citoyens à s'investir et à faire partie de la solution. Ne sous-estimons pas la capacité des gens à se mobiliser lorsqu'ils sont inspirés et qu'ils savent que cette mobilisation aura un impact réel. Le jour où l'on remet entre les mains de la population le pouvoir quant au destin national, on verra des leaders de tous les horizons apparaître aux quatre coins du Québec: des gens d'affaires, des artistes, des anciens ministres, des syndicats, etc. De cet élan naîtra une équipe confiante et mobilisée de plus d'un million de personnes. Ma proposition donne beaucoup de temps pour s'organiser et surtout, responsabilise la population de sorte que si le gouvernement fédéral décide de revenir avec des tactiques de peur lors du référendum, il devra cette fois-ci les convaincre d'avoir peur d'eux-mêmes. Nul besoin de désigner un sauveur ni de chercher les conditions gagnantes, la population se sera elle-même assurée de créer ces conditions en vue d'un référendum gagnant.

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