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19/10/2015 12:27 EDT | Actualisé 18/10/2016 05:12 EDT

Vous voulez du changement? Alors, commencez par aller voter!

Une seule chose est sûre: voter n'est pas uniquement un droit. C'est un devoir. Un devoir de citoyen pour faire des choix, des choix pour l'avenir. Ceux qui ne voteront pas seront responsales en grande partie des résultats ce soir. Ils ne pourront blâmer qu'eux si leur parti n'est pas élu.

Le vote d'aujourd'hui est un tournant historique au pays, en raison des enjeux importants auxquels nous faisons face. Au pouvoir depuis le début de 2006, Stephen Harper nous a imposé une campagne de deux mois et demi, du jamais vu. Rien de pire pour cultiver le cynisme et l'ennui des électeurs.

Le premier ministre sortant se présente avec un lourd bilan : neuf ans de guerre contre la science, l'environnement, les syndicats, la presse, la fonction publique et les prestataires de l'assurance-chômage. Un gouvernement qui a renié la signature du Canada au Traité de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, aboli l'ACDI au profit de l'aide financières aux minières privées à l'étranger et qui a tout misé sur la production de pétrole en Alberta. Bref un gouvernement qui a nui à l'image du Canada dans le monde. Est-ce que ce gouvernement mérite d'être réélu, poser la question c'est y répondre, estiment bien des Québécois en ce moment. Depuis l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper en 2006, le Québec n'est plus au cœur des décisions du pays : c'est une province parmi tant d'autres. Sans plus.

Le chef conservateur est cependant un grand stratège politique qui a survécu à presque 10 ans d'usure. Avec la campagne électorale qui se termine, il a fait peu d'erreurs, faisant même reculer l'appui au NPD de Thomas Mulcair, qui était donné favori en août dernier. La démagogie de fin de campagne des publicités conservatrices («Les libéraux en faveur des bordels et des piqueries») était pathétique et gênante. Si Stephen Harper gagne ce soir, il peut se considérer chanceux grâce à la division des votes, car son bilan des neuf dernières années est désastreux, sauf au plan de la gestion des finances publiques. Et encore là, tout a été fait avec un calcul électoraliste et au détriment des chômeurs.

Les sondages

Il faut aussi revenir sur le rôle démesuré des sondages lors de cette interminable campagne. À quatre ou cinq sondages par jour, durant presque deux mois et demi, cette surabondance d'enquêtes d'opinion a déstabilisé les électeurs et les médias. La sous-représentation du Québec dans la majorité des sondages nationaux a d'ailleurs été un grand problème, ce qui donne des écarts ahurissants dans les prévisions de sièges et les intentions de vote, avec des marges d'erreur de 6%! Il faudrait peut-être envisager d'interdire les sondages la semaine précédant les élections, afin que les citoyens votent selon leurs convictions et non en fonction des enquêtes d'opinion. Il y a toute une réflexion à faire sur le sujet. Seule chose qu'on retire de ces sondages : au moins, on sait que le gouvernement élu ce soir devrait être minoritaire.

Le Bloc

Si on regarde maintenant du côté des trois autres grands partis, le retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois va peut-être permettre de sauver les meubles, mais rien n'est moins sûr. Le chef bloquiste a fait une campagne correcte et dynamique, parlant peu de souveraineté, beaucoup des dysfonctionnements de l'État fédéral et du terrible bilan conservateur. Si le Bloc fait élire plus de quatre députés, soit le même niveau qu'en 2011, Gilles Duceppe va sûrement rester en poste à la tête du Bloc. Sinon, je ne vois pas pourquoi et comment il pourrait rester. Ce serait la fin du projet souverainiste à Ottawa.

Si le Bloc élit plus de 12 députés, ce qui en ferait officiellement un parti à la Chambre des communes, ce serait une grande victoire pour lui, et ça donnerait du vent dans les voiles au PQ de PKP de même qu'au mouvement souverainiste. Une chose est claire : les souverainistes se doivent de voter pour le Bloc lundi s'ils veulent faire avancer la cause.

Le NPD

Parlons de Tom Mulcair maintenant. Eh oui, le chef de Nouveau parti démocratique a changé de prénom en début de campagne pour faire sympa et proche du monde, comme son prédécesseur Jack Layton. Une stratégie de marketing qui n'a rien changé au fond. En recentrant le programme du NPD , le dénaturant presque, Mulcair s'est aliéné une partie de son électorat. Par ailleurs, les flips-flops de son parti sur Énergie-Est et la position impopulaire sur le port du niqab au Canada ont donné des munitions aux conservateurs, bloquistes et libéraux, surtout au Québec.

Globalement, Thomas Mulcair n'a pas su imposer son rythme lors de la campagne et les derniers sondages montrent bien le fort recul du parti entre le début du mois août et maintenant. Il pourrait faire mentir les sondages par contre. Rien n'est joué, car un grand vent de changement frappe le pays en ce moment. Et ceux qui ne veulent rien entendre de messieurs Trudeau et Harper ont une occasion en or de porter le NPD au pouvoir.

Le PLC

Ce vent de changement passera-t-il par Justin Trudeau? Nous serons fixés en fin de soirée. On n'aurait jamais imaginé le chef libéral en futur premier ministre du Canada il y a 10 semaines. Sous-estimé en début de campagne car il était peu visible avant les élections, Justin Trudeau a bien pris la peine d'expliquer et de vendre son programme en se distanciant du NPD et des conservateurs. On ne sait pas encore s'il sera le gagnant ce soir, mais les sondages depuis une semaine le donnent en avance au pays, avec presque 50% d'appuis en Ontario. Il pourrait aussi l'emporter en Colombie-Britannique et dans les Maritimes.

Il y a un gros hic cependant : l'affaire Dan Gagnier. Le numéro 2 de la campagne libérale a écrit à la direction de la firme pétrolière TransCanada afin qu'ils se préparent à faire du lobby dès mardi prochain si le PLC était élu. Dan Gagnier a été licencié mais on sait maintenant que les libéraux savaient ce qu'il faisait. De quoi laisser un goût amer en fin de campagne et donner l'impression que les libéraux fédéraux n'ont pas appris les leçons du scandale des commandites et sont peut-être trop proches des lobbys pétroliers.

En conclusion

Une seule chose est sûre : voter ce soir n'est pas uniquement un droit. C'est un devoir. Un devoir de citoyen pour faire des choix, des choix pour l'avenir. Ceux qui ne voteront pas seront responsales en grande partie des résultats ce soir. Ils ne pourront blâmer qu'eux si leur parti n'est pas élu. Je fais un appel en particulier aux jeunes qui en sont à leur premier vote : ne soyez pas cyniques ni apathiques; nous avons besoin de vous. Et que je ne vous entende pas maugréer à la radio ou dans les médias sociaux au cours des prochaines années si vous ne votez pas ce soir. Vous n'aurez que vous à blâmer.

Aux urnes, citoyens!

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