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23/11/2015 09:26 EST | Actualisé 23/11/2016 05:12 EST

J'me fais du sang d'cochon

Parents d'ados, j'ai besoin de vous. Besoin de votre opinion. Faut que je parle de sexe avec mon garçon de 13 ans.

Parents d'ados, j'ai besoin de vous. Besoin de votre opinion. Faut que je parle de sexe avec mon garçon de 13 ans. Plutôt de sexualité, c'est moins cru. Ah et puis vous aussi, qui êtes sans enfants de cet âge ingrat où les responsabilités s'accumulent mais pas les droits, vous êtes les bienvenus! Vous avez aussi du jugement et, en plus, celui-ci n'est pas biaisé par l'implication émotionnelle qu'on est en droit de s'attendre d'un parent. Lorsqu'on n'est pas dans le bateau des hormones de puberté, cela peut être plus clair lorsque vient le temps de cerner la bonne directive à prendre. Du moins, c'est ce que je me disais avant que ma globule ne vienne au monde, car je n'étais pas impliqué. Tout semble plus facile vu de l'extérieur.

On jase là, mais on fait quoi avec la communication concernant la sexualité de nos ados? Y a-t-il un moment idéal pour parler de ça, ou une façon parfaite d'entreprendre cette conversation?

Quand j'écris «faut que je lui parle», je ne veux pas dire qu'il est venu me voir en me disant: «Yo 'pa! Je projette de m'envoyer en l'air bientôt, faudrait s'parler de sexe.» Non. (Le «yo», ça, c'était dans ma tête, car mon fils ne dirait pas ça, mais dans le contexte, je trouvais que ça sonnait bien). Quoi que je crois que si cela avait été le cas, j'aurais tout arrêté, on se serait assis, et on en aurait jasé à ce moment.

Remarquez que les seuls pitons qu'ils touchent présentement sont ceux de sa manette de jeu vidéo, mais il faut que je prenne les devants, car je ne m'attends pas à ce qu'il m'appelle les culottes à terre quand le moment viendra.

À bien y penser, c'est d'amener le sujet sur la table qui me stresse. J'ai jamais parlé de ça avec mes parents moi, et je me suis, somme toute, bien comporté sexuellement. (Allo mes ex!) Je sais, je sais qu'on apprend et que l'on peut se surprendre à apprécier certaines pratiques qualifiées de «hors-normes», mais là n'est pas le sujet. Dans la réalité de père monoparental (dans le sens où j'habite seul avec mon fils), c'est tout autre.

Mais bon, je veux à tout le moins qu'il soit informé, car je sais aussi comment les gars peuvent se comporter, et la priorité numéro un sera qu'il respecte ses partenaires, et ce, peu importe le domaine, mais d'autant plus côté sexualité.

J'entends déjà les pros de la communication parents-ados «turbo-communicateur-y-a-pas-de-meilleur-parents-que-nous» me juger en disant «y a rien là», «sois direct», «dis les vraies affaires», «appelle un pénis un pénis et un vagin, un vagin». Ok, et tant qu'à ça, je remplace les biscuits dans le pot par des condoms pour qu'il se serve lui-même tel que je me le suis déjà fait conseiller? C'est ça? Pas fou. Ce n'est pas la meilleure idée, à moins de vouloir qu'ils goûtent les Oréo. À moins que je lui en parle par textos? Non? Ok.

Dites-moi aussi comment lui rappeler de ne pas faire nécessairement et obligatoirement de l'anal, des gang bangs, des trips à trois, sept et douze personnes, et du bondage aussi un coup parti juste parce que «cela se fait». L'information à lui transmettre commence où et s'arrête quand?

Ok, il n'a que 13 ans et je ne compte pas lui parler de l'intégralité du Kamasutra et de toutes les facettes possibles de la sexualité, mais la réalité est qu'il entend, lit et voit des comportements sexuels partout. Est-ce la réalité? Oui. La normalité? Non, il ne faut pas généraliser, mais seulement ne pas croire tout ce que l'on voit sur internet. (Cela vaut aussi pour les vidéos de chats qui «disent» meeerci en miaulant.)

Pourquoi vouloir faire l'amour? (Encore faut-il qu'il y en ait) Vouloir seulement baiser pour baiser? Quand vouloir le faire? Avec qui? Et pourquoi elle? Ça se peut que tu éjacules trop vite les premières fois mon p'tit homme et que ta partenaire ne crie pas à décrocher les cadres sur les murs non plus comme dans les vidéos de porno. Faudra attendre le bon moment où vous serez prêts ta blonde et toi, pensez à vous protéger, reporter le moment parce que vous n'avez pas de condom, s'assurer d'avoir la protection et obligatoirement fixer un rendez-vous où tout sera parfait et oublier la spontanéité à moins de me dire «Resterais-tu plus longtemps à l'épicerie s'il-vous-plaît, on aimerait ça se "coller".» C'est simple. Pourquoi je m'en fais, dites donc? Et si tu me demandais si tu dois absolument avoir une blonde pour faire l'amour, je ne saurais quoi te répondre. Non, probablement pas, mais avec une entente et un désir mutuel.

Les temps changent et c'est tant mieux, mais souvent plus vite et différemment de nous. Je me souviens des premiers seins que j'ai vus. Ils étaient sournois. C'étaient des seins comme j'en avais vu des centaines avec son soutien-gorge et son chandail, mais lorsqu'elle les a enlevés, ils avaient doublé. Triplé? J'ai figé. Je me souviens qu'elle s'appelait Manon. À 16 ans, c'était ma première fois à moi. Elle en avait 24 et expérimentée. Elle était venue chez moi alors que ma mère était absente (Oui je sais, moi j'avais pris le risque, mais un risque calculé car ma mère travaillait de soir à cette époque) Nous avons fait l'amour. Pardon. Il n'y avait pas d'amour, que du sexe. Mon premier sexe. Temps estimé? Moins de 5 minutes de va-et-vient intense de ma part. Elle a l'air d'avoir aimé ça. Elle a même dit pendant l'acte: «C'est tellement bon que je pète.» Ça m'a étonné, c'est vrai, mais pas autant que la deuxième fois où, cette fois, la fille n'a pas pété. «C'est quoi? T'as pas aimé ça?» Nous étions maintenant deux à être étonnés.

Pour avoir côtoyé et vécu avec des ados, je sais qu'il y a des concours de pipes arcs-en-ciel dans les partys. (Oui, oui avec différentes couleurs de rouge à lèvres pour chaque fille. Je vous laisse imaginer le reste, car je n'y croyais pas, moi non plus.) Qu'une fille au secondaire est systématiquement une «pute», selon bien des garçons, si elle dit oui pour sortir avec deux gars dans la même semaine. Et que si elle refuse de baiser rapidement, c'est juste une agace. Heureusement, on connaît nos enfants. Je connais bien mon fils. Je sais qu'il a du respect pour les autres, et particulièrement les filles. Mais la pression qui vient avec les phénomènes de gang et surtout avec le moment de ta première relation sexuelle versus ce que les autres croient, pensent et disent, suffisent à agir différemment de tes valeurs et de tes pensées. Des adolescentes m'ont mentionné qu'ils en venaient à croire qu'elles devaient performer pour éviter le rejet. N'allez surtout pas croire que ces mêmes adolescentes sont les plus faibles, avec aucune estime d'elles-mêmes, et qu'elles n'en ont jamais discuté avec leurs parents. Je crois qu'il faut les éduquer, les informer et leur faire confiance.

Pourquoi j'en parle ici, avec ce texte? Parce-que c'est une pression que je m'impose pour en discuter avec le mien avant sa publication. Y a jamais de moment parfait, c'est vrai. Mais en même temps, tu ne peux pas profiter d'un moment père-fils aux quilles pour lui dire: «J'vois comment t'as d'la misère à choisir les boules que tu vas utiliser, faut que tu y ailles selon tes goûts, mon homme. Viens, on va aller se prendre une orangeade pis parler de sexe.» Non, juste non. Aux quilles, faut que tu te gardes une réserve. À moins que je lui en parle pendant une partie de Monopoly (j'haïs ça, le Monopoly) en insérant des cartes «Chance» falsifiées lui disant de se rendre sur Cunnilingus Avenue ou Place Seins-James et sauter sur l'occasion pour passer «GO» et l'éduquer sexuellement. Ça me permettrait donc deux choses en même temps: régler la question, et ne plus rejouer à ce jeu.

Donc, assurément, pendant que vous lisez ceci, il y a eu un papa (en l'occurrence moi) qui s'est fait du sang de cochon et qui a eu chaud en't'sous des bras à essayer de trouver les bons mots à dire, l'intonation à avoir, et l'attitude à adopter. On dira ce qu'on voudra, ce n'est pas facile parler de ça. Que tu sois trop sérieux ou essaie d'être trop cool, ça coince.

Je crois être plus nerveux que lui, en fait. J'ai appris sur le tas avec des essais et des erreurs de façon simpliste, à une époque où l'insulte ultime d'une fille était de te traiter de P.D. («pas déniaisé»). Mais quand bien même j'aurais voulu leur prouver que j'étais déniaisé, sortir ma langue était le summum de ce que je considérais extrême à 13 ans. Pour moi un gang bang se résumait à faire péter des pétards en gang devant la porte de Monsieur Thibault. Une pipe, c'était en bois pis ça puait. Et la sodomie? C'était une ville du Moyen-Orient. Maintenant, ils sont très informés. Mal informés?

Il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises façons, mais c'est comme des préliminaires: on ne sait jamais par quel bout commencer et combien de temps allouer à chacune des parties. Ma première femme nue, je l'ai vue quand on allait visiter mon oncle Jean. J'en profitai pour savoir plus en détail ce dont avait l'air l'attribut féminin communément appelé par mes amis et moi (et encore aujourd'hui) «noune» avec les Photo-Police qu'il empilait sur son panier à linge dans sa salle de bain à la vue de tous. Bien beau savoir de quoi ça avait l'air, mais comment ça fonctionne? Je ne savais pas plus. Comme je ne sais toujours pas comment je vais aborder le sujet de la sexualité avec mon fils. Assurément doucement, simplement, et surtout ne pas avoir peur de lui laisser transparaître mes inquiétudes et mes préoccupations dans une conversation père-fils. Être ouvert à ses questions et de ne pas s'arrêter qu'à ce moment précis et espérer tout régler. Lui laisser sentir qu'il peut venir vers moi sans gêne. Allez, pendant qu'on est au vif du sujet, je vous laisse et je vais de ce pas aller cogner à sa porte de chambre. C'est le bon moment!

TOC-TOC. «Fiston?! Viens-voir la nouvelle jarre à biscuit que j'ai achetée, tu pourras te servir quand tu veux...»

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