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25/04/2017 09:27 EDT | Actualisé 25/04/2017 09:42 EDT

L'amour haut comme 3 pommes

Tu en vivras plein d'amours et ils seront tous différents les uns des autres. Certains amours seront de ta vie alors que d'autres seront impossibles, c'est comme ça.

Hier, je regardais La belle et le clochard confortablement assis sur le divan avec mon fils.

Plutôt, c'était il y a 8 ans, mais c'est comme si c'était hier tellement j'y repense souvent. Il avait 6 ans, il en a aujourd'hui 14, «à la veille d'avoir ses 15».

Durant le film, pendant la scène d'amour classique où la Lady et le chien errant se retrouvent gueule à gueule après avoir avalé le même bout de spaghetti, j'ai à ce moment précis totalement décroché de l'écran. Pas que cette scène classique me déplaisait, loin de là, mais celle à laquelle j'ai assisté était encore plus belle. Sa face remplie d'artifices valait à elle seule la meilleure scène de tous les films de Disney réunis. Son visage s'est transformé.

Assis sur le divan, son menton sur ses genoux repliés et ses épaules qui recouvraient presque ses p'tites oreilles pas tellement difficiles à couvrir. Et là, sans qu'il ne sache que le comble de mon émotion venait de céder sa place au débordement et qu'elle n'était pas prête pantoute à entendre ça. Il tourne les yeux vers moi, le regard scintillant, les joues couleur «intérieur-fraise» et avec la même voix douce qu'il prenait quand venait le temps de me demander s'il pouvait reprendre un deuxième bol de crème glacée, il me dit en levant les sourcils et avec un p'tit sourire timide:

« Y s'aiment beaucoup j'pense. »

J'ai craqué.

Tu venais à ce moment précis de découvrir l'amour. Pardon. L'AMOUR.

Je pense, même que, s'il existait un quota de tendresse pour une face, il aurait fallu que j'en enlève.

Ma gorge supportait difficilement la boule qui venait de se pointer sans prévenir. J'ai essayé de ravaler le trop-plein d'amour paternel qui tentait de remonter. Ça n'a pas marché.

Tu as même arrêté de manger ton pop-corn parce que la p'tite place dans ton bedon qui te restait venait d'être remplie par cette belle émotion. Et toi, pour que tu arrêtes d'en manger du pop-corn...

Dans son ton de voix, j'ai aussi entendu la curiosité, la hâte et aussi un genre de «c'est quoi ce sentiment bizarre et incompréhensible là?» J'ai trouvé ça beau. Beau comme un ciel plein d'étoiles, couché sur un «hood» de char à les contempler, un soir où les Canadiens gagneraient la Coupe Stanley début juin, mettons. Ça, c'est mon beau à moi. Et pas n'importe quelles étoiles, celles qu'il y avait dans ses yeux ce soir-là.

Ça, c'est l'amour mon p'tit homme, l'amour que j'aurais eu envie de t'expliquer à ce moment si ça n'avait pas été du fait que tu n'avais pas seulement 6 ans et que j'avais arrêté de respirer pour ne pas te déranger dans ton moment de prise de conscience.

Ça, c'est l'amour mon p'tit homme, l'amour que j'aurais eu envie de t'expliquer à ce moment si ça n'avait pas été du fait que tu n'avais pas seulement 6 ans et que j'avais arrêté de respirer pour ne pas te déranger dans ton moment de prise de conscience.

Tu en vivras plein d'amours et ils seront tous différents les uns des autres. Certains amours seront de ta vie alors que d'autres seront impossibles, c'est comme ça. Y aura celle avec qui tu voudras finir tes jours en te berçant et en vous rappelant chacun votre tour de ne pas oublier de prendre vos pilules, mais qui te dira bien avant que finalement «elle n'est pu sûre de ses sentiments.» Ça voudra dire de façon indirecte: «Ch't'aime pu.»

Toi aussi tu feras probablement du mal à quelqu'un. Et faire du mal se résume aussi simplement à ne pas aimer amoureusement quelqu'un qui voudrait seulement que tu y fasses une p'tite place dans ta vie.

L'amour est plein de surprises. Tu vas te surprendre à faire des affaires que tu n'avais jamais pensé faire pour quelqu'un. Des gestes que tu trouvais bien niaiseux, il n'y a pas si longtemps avant. Tu vas le vivre toi aussi l'amour qui ne s'explique pas, mais qui se vit, qui se ressent et qui agit. L'ennui d'elle qui tue, le volcan dans l'estomac et la pensée du «pourquoi tu l'as pas rencontré avant?» Le genre d'amour qui donnera enfin un sens à toutes ces phrases quétaines que tu auras entendues dans les chansons jusque-là et qui fera que toi aussi tu voudras lui jeter des sorts pour qu'elle t'aime encore...

En une fraction de seconde, tu venais de comprendre que cet amour-là n'était pas comme les autres, parce que le sentiment «aimer», tu le connaissais déjà. Mais tu as constaté que celui que tu venais de découvrir n'avait rien à voir avec celui qui te fait aimer papa, maman, les sandwichs aux œufs ou ton p'tit chien en peluche beige que tu as nommé Jacques Martin. (Ouin... Ne me demandez pas d'où ça sort ce nom-là de l'ancien coach du Canadien pour nommer son toutou, je ne saurais pas quoi vous répondre, mais c'est resté, et chaque fois que j'allais le border, il fallait que je fasse une colle et que j'embrasse Jacques Martin...)

Ta petite phrase toute simple m'aura fait rapidement penser à tout ça. Je ne t'ai évidemment rien dit à ce moment et je sais qu'il était trop tôt pour te donner ma façon de voir ça, mais je te projette déjà dans le temps, c'est plus fort que moi. Je voudrais éviter que tu ailles mal, c'est impossible, je sais, mais je serai là. Je serai là aux multiples échecs qui te rendront plus fort et qui te feront réfléchir. Ils seront très utiles ces échecs que je te souhaite. À trop l'avoir facile, on a l'appréciation beaucoup moins élevée.

Et sans avertissement, tu t'es levé avant même que le film finisse et tu es parti jouer.

Voilà. C'est ça.

Des fois, l'amour, tu le rencontres, le réalises et le vis. Tu penses que tu l'as enfin trouvé.

Et des fois, tu es aussi bien de te lever et d'aller jouer ailleurs.

Merci mon p'tit gars. Tu m'enseignes encore chaque jour et tu ne le sais même pas.

Je te souhaite un jour de la rencontrer ta «Belle» à toi mon beau.

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