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05/11/2013 11:50 EST | Actualisé 05/01/2014 05:12 EST

Post mortem électoral

J'aimerais, d'entrée de jeu, remercier toutes les personnes qui ont voté pour moi et ceux et celles qui m'ont prêté assistance durant ma trop courte campagne électorale.

Un simple citoyen-candidat

Travaillant à temps plein et ayant pris la décision de me lancer dans la bataille électorale sur le tard - au début d'octobre dernier -, je me suis débattu avec trop peu de moyens et un cruel manque de temps.

Un chef de parti boudé par les médias dominants

Michel Brûlé, fondateur et leader du parti Intégrité Montréal, aura mené sa propre campagne dans son patelin, le Plateau Mont-Royal, et n'a pas eu l'opportunité de nous soutenir localement. Il faut dire que le principal intéressé menait une lutte aux allures de campagne provinciale, avec peu de connaissances de la chose municipale. Par ailleurs, les grands médias n'ont pas donné suffisamment de temps d'antenne à notre chef et ... encore moins à ses candidats.

De l'intimidation sur la place publique

J'ai été, pour ma part, pris à partie personnellement à deux reprises à cause des positions de notre parti en faveur du français et de la Charte des valeurs et plusieurs de mes pancartes ont été déchirées par de jeunes activistes (d'après ce que m'a rapporté un témoin oculaire). Cette campagne m'a fait prendre conscience de la très grande agressivité de nombreux militants dans le Sud-Ouest à propos de l'idée d'une lutte pour la revitalisation du français à l'échelle de l'île de Montréal.

Un parti qui défendait les plus démunis

Pourtant, le parti Intégrité Montréal - et moi-même - défendions chaudement l'idée d'une meilleure justice sociale et de la prise en charge des plus démunis de la société. En effet, nous sommes la seule formation politique qui aura fait cheminer l'idée d'amnistier les jeunes manifestants actifs durant le «printemps érable», nous avons milité pour que cesse le profilage des itinérants et que les pouvoirs publics débloquent des sommes d'urgence pour créer des unités d'habitation destinées à cette population marginalisée à l'extrême.

Intégrité Montréal a aussi défendu avec ardeur l'idée d'intégrer au moins 15 % d'unités d'habitation à loyer modique au sein des nouvelles structures immobilières en construction ou en voie de l'être. J'ai, personnellement, pris parti pour la protection de nos artistes et petits entrepreneurs en préconisant l'établissement d'un zonage mixte et d'un congé de taxes pour les moins nantis de cette classe socio-économique.

Nous ne sommes pas des politiciens professionnels

Tout comme mes autres coéquipiers, je ne suis pas un politicien professionnel et j'ai tenté ma chance une première fois afin de faire bouger les lignes au niveau municipal. J'ai l'intention de continuer à m'impliquer dans mon arrondissement et à suivre la politique municipale à l'avenir, mais je suis hésitant pour ce qui est de me représenter dans l'arrondissement du Sud-Ouest.

Le billet se poursuit après la galerie

Les meilleurs tweets de la soirée électorale


Peu de moyens pour mener la campagne

J'ai combattu avec des moyens quasi inexistants, payant de ma poche les 225 dépliants que j'ai distribués tant bien que mal et me déplaçant aux quatre coins de mon district afin de poser moi-même mes affichettes.

Ne disposant pas d'une liste électorale ou de son équivalent, je n'ai pas eu l'opportunité de faire du pointage et j'ai longtemps hésité à me présenter à une station de métro pour faire office de crieur public le matin. Cette idée m'avait été proposée par un copain et j'imagine que j'aurais pu aller chercher pas mal de votes en me présentant tous les matins à l'entrée de la station de métro Lionel-Groulx. Toutefois, j'avais peur de me faire intimider ou d'attraper une contravention pour ... troubles à l'ordre public !

Idem pour les journaux de quartier. La Voix POP et les autres canards du coin n'offraient des tribunes électorales qu'aux candidats au poste de maire d'arrondissement, ce qui fermait bien des portes aux candidats comme moi. Sans l'appui d'un parti solide et d'une cohorte de militants, un candidat au poste de conseiller de ville ou d'arrondissement se retrouvera, invariablement, avec très peu de moyens pour se faire connaître.

Le divorce entre la classe politique et les citoyens

Reste que, sur le terrain, bien des citoyens semblaient ouverts d'esprit afin de discuter de nos options. Même les anglophones pur jus. Le désir d'un changement réel était tangible, mais plusieurs promeneurs m'ont tout simplement confié ne «plus faire confiance au monde de la politique». C'est ce qui explique, sans doute, le fait qu'à peine 42 % des électeurs se sont déplacés pour aller voter. Je m'explique mal que les médias dominants se frottent les mains de joie en pérorant que cette élection fut un succès de participation... Bien au contraire, ce fut un échec retentissant d'après moi.

La très grande majorité de mes concitoyens n'a pas participé au vote. Tout simplement parce que le commun des mortels en a assez du clientélisme ambiant - dans un contexte où seuls quelques lobbies, organismes militants, groupes de promoteurs et autres officines d'un pouvoir qui opère de façon occulte bouffent tout l'espace civique - alors que la classe politique devrait, normalement, être au service du plus grand nombre. Et, surtout, ne pas faire dans le communautarisme le plus sordide.

Montréal n'est pas la métropole du Québec

Je vais conclure en citant quelques réflexions du chroniqueur Benoît Dutrizac - invité à se prononcer sur les défis montréalais au sein de Rêver Montréal, un essai collectif dirigé par le journaliste et éditorialiste de La Presse François Cardinal.

Dutrizac met le doigt sur la tumeur en intitulant son billet Qui est au service de qui ?. Je suis sur la même longueur d'onde que le célèbre «franc-tireur» lorsqu'il se questionne sur plusieurs incongruités qui minent l'avenir de notre métropole. Écoutons-le :

«Qui gère les espaces magnifiques dont dispose Montréal ? Ottawa et la Société immobilière du Canada gèrent désormais le Vieux-Port et s'apprêtent à y construire des condos. Une société bidon et flanc-mou, celle du parc Jean-Drapeau, gaspille un endroit bucolique que les familles pourraient fréquenter. Mais non. Rien. Le désert. Quelques activités «pic-pic». Mal géré. Même pas foutu d'y avoir des parcs pour enfants, des jeux, des glissades, des balançoires, des carrés de sable».

En fait, c'est bien simple : Montréal est une métropole qui a été divisée afin que des sociétés de la couronne, des para-municipales écran et de grands transporteurs ferroviaires puissent y prélever des portions de territoire pour lancer des opérations immobilières illégitimes. Tout cela aura échappé à la vigilance de la classe politique au grand complet.

Il n'y a pas à dire, pour sortir Montréal de son marasme, il faudra qu'une formation politique ait le courage et la vision d'unir le municipal et ... le provincial. Un jour. C'est sur ce terrain mitoyen que j'entends mener le combat politique dans un avenir proche. J'ai perdu la bataille électorale dans le Sud-Ouest, mais ce n'est que partie remise. Et, surtout pas dans quatre ans. Bien avant !

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