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30/06/2015 11:36 EDT | Actualisé 30/06/2016 05:12 EDT

Plein le Yulin de votre Grindadráp

Les habitants des îles Féroé s'adonnent ces jours-ci au Grindadráp, une tradition vieille de 400 ans pendant laquelle près de 900 dauphins s'aventurant dans les fjords de l'archipel sont massacrés.

Un homme sans tradition est comme un zèbre sans rayure, selon un proverbe africain. Peut-être. Mais j'accepterais volontiers quelques zèbres immaculés si cela mettait fin à trois traditions particulièrement scabreuses qui ont attiré mon attention ces derniers jours.

Les habitants des îles Féroé, province autonome du royaume du Danemark à mi-chemin entre l'Écosse et l'Islande, s'adonnent ces jours-ci au Grindadráp, une tradition vieille de 400 ans pendant laquelle près de 900 dauphins à flancs blanc, baleines pilotes et grands dauphins s'aventurant dans les fjords de l'archipel entre mai et octobre, sont massacrés.

Les baleines et les dauphins sont d'abord repérés au large par des bateaux. Encerclés, ils sont ensuite rabattus en eau peu profonde, dans une baie ou au fond d'un fjord, puis hissés sur la berge à l'aide de crochets. Ils sont dès lors abattus en sectionnant leur colonne vertébrale. Après le Grindadráp, les autorités locales distribuent gratuitement la viande et la graisse aux résidents.

Cette pratique ancestrale, qualifiée de «tradition culturelle», est défendue avec acharnement par les habitants. Elle est évidemment dénoncée depuis de nombreuses années par la communauté internationale. Pour répondre aux critiques, les autorités exigent depuis cette année l'utilisation d'une lance spécialement conçue par un vétérinaire local, au lieu des couteaux traditionnels, pour sectionner la colonne des animaux. Quelques photos ici (cœurs sensibles s'abstenir).

Une autre tradition m'est passée sous le nez. Au large des côtes du Pérou, malgré des lois interdisant cette pratique, près de 15 000 dauphins sont tués chaque année pour appâter les requins.

La viande de requin est principalement consommée au Pérou, mais les ailerons sont exportés en Asie où ils sont utilisés dans la cuisine (la soupe d'ailerons est un met raffiné en Chine) et dans la médecine traditionnelle. Le gouvernement équatorien a d'ailleurs annoncé le mois dernier la saisie de quelques 200 000 ailerons de requins et l'arrestation de trois trafiquants à Manta (ouest), principal port de pêche du pays. Les autorités ont indiqué qu'au moins 300 000 requins avaient été tués par les trafiquants.

La pêche aux ailerons, dite finning, est une pratique consistant à capturer des requins pour leur couper tous les ailerons (le requin en a sept: la nagoire dorsale, les deux caudales, les deux de la queue ainsi que deux, plus petits, derrière les nageoires caudales) avant de les rejeter mutilés à la mer où ils meurent. Toutes les espèces de requins sont convoitées. Cette pratique serait la principale cause de la baisse du nombre de requins dans le monde.

Bonne nouvelle pour les dauphins, il semble que la soupe d'ailerons est en perte de vitesse ces dernières années en Chine (50% de moins en deux ans). Malgré cette baisse, quelque 70 millions de requins sont tués chaque année pour répondre à la demande chinoise.

Parlant de Chine, une troisième tradition, cette fois dans la ville chinoise de Yulin, a attiré mon attention. Le solstice d'été (21 juin) y est en effet célébré chaque année de façon particulièrement macabre. Selon une tradition de l'ethnie zuhang, il est en effet de coutume de consommer un plat de viande de chien, des litchis et de l'alcool. Mais, depuis plusieurs années, ce «festival» est de plus en plus controversé.

Le mouvement de contestation est notamment soutenu par l'acteur Ricky Gervais, qui a contribué à sa mise en lumière. «Je suis sincèrement désolé. J'aimerais ne pas avoir à partager ces photos. Brûlés et ébouillantés vivants pour leur saveur», a tweeté l'artiste britannique il y a quelques semaines.

Le festival sous sa forme actuelle existe depuis la fin des années 1990, explique China Daily, l'organe de presse officiel chinois, mais la tradition est ancestrale. Les militants pour la protection des animaux estiment qu'environ 10 000 chiens sont tués, dans des conditions brutales, au cours des festivités chaque année. Quelque 4000 chats subiraient le même sort. Quelques photos ici (encore une fois, cœurs sensibles s'abstenir).

Vous comprendrez donc, à la lumière de ces charmantes traditions, que quelques zèbres sans rayures ne me dérangeraient pas du tout. Bien au contraire, j'en ai plein le Yulin de votre Grindadráp.

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