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08/03/2018 09:00 EST | Actualisé 08/03/2018 09:00 EST

Une femme impératrice en Chine

En cette Journée internationale de la femme, il m'a semblé à propos de vous parler de la première et seule véritable impératrice chinoise.

UIG via Getty Images
Habile politique, Wu Zetian renversa son mari et se maintint au pouvoir durant cinquante ans au crépuscule de la Dynastie des Tang (618 à 907 de notre ère).

Bien que l'on dise que Wu Zetian fut l'une des rares femmes ayant effectivement gouverné le pays, elle est de loin la plus célèbre pour les Chinois. Peu a été écrit sur elle en français. Habile politique, elle renversa son mari et se maintint au pouvoir durant cinquante ans au crépuscule de la Dynastie des Tang (618 à 907 de notre ère). Elle s'éleva, par ruse et génie politique, au rang de « Fille du ciel », comme les empereurs se targuaient d'être fils des cieux. Comme eux, elle fut capable et coupable des mêmes excès et des mêmes abus.

Femme douée et intelligente, politiquement impitoyable, certains diront cruelle, elle a connu une vie extraordinaire, présentée ici de façon sommaire dans une biographie en anglais. Elle a gouverné, comme impératrice, officiellement, pendant 15 ans, mais a détenu effectivement le pouvoir pendant cinq décennies.

Les soubresauts de la Cour impériale chinoise n'étaient pas différents des intrigues de cours ailleurs en Asie ou en Europe. Elle comportait ses secrets et autres petits coups fourrés, impliquant concubines, épouses, favorites, courtisans, eunuques, etc. où meurtres, empoissonnements et petits complots pimentaient l'existence des grands. Wu Zetian, en ce sens, n'a rien de particulier autre que sa capacité à survivre et à s'imposer dans un environnement hostile. Plusieurs femmes ont joué un rôle important sous diverses dynasties. Pour en savoir plus sur les nombreuses femmes des cours impériales, le lecteur peut se référer à cet excellent ouvrage.

Wu Zetian, en ce sens, n'a rien de particulier autre que sa capacité à survivre et à s'imposer dans un environnement hostile.

L'autre impératrice ayant marqué l'imaginaire chinois est Cixi. Dans son cas, l'Occident la connait, car son règne effectif a touché la fin du 19e et le début du 20e siècle. Régnant au nadir de la dynastie Manchu et ayant encouragé la révolte des Boxers, elle est présente dans nos esprits via le film Les 55 Jours de Pékin avec Charlton Heston et Ava Gardner. Cixi est le dernier symbole fort d'un régime impérial en décrépitude. Sans être officiellement impératrice, c'est elle qui tirait les ficelles dans les faits. Elle a une réputation sulfureuse, largement forgée par les pays européens ayant soumis militairement la Chine pour lui imposer une ouverture au commerce et aux religions de l'Occident, ce après l'avoir forcée à ouvrir ses portes à l'opium lors de deux guerres parmi les plus ignobles de l'Histoire.

À bien des égards, même si on doit être prudent, car les époques historiques varient, par sa capacité à l'intrigue et son habileté à gouverner et à se maintenir au pouvoir en écartant prétendants, maris ou fils incapables, ou femmes pouvant représenter une menace, Wu Zetian peut se comparer à Élizabeth I d'Angleterre ou Catherine la Grande de Russie. Et, comme pour ces femmes, l'Histoire, écrite par des hommes, en ce qui concerne Wu Zetian (ou encore Cixi), se replie souvent sur des détails sordides et monte en épingle des épisodes lubriques que l'on ne reproche pas aux hommes qui ont dirigé des empires!