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15/01/2018 09:00 EST | Actualisé 15/01/2018 10:03 EST

Trump, Caligula, Néron et la fin annoncée des empires…

L'Amérique n'incarne ni n'inspire plus rien de noble.

Joshua Roberts / Reuters

Nous assistons probablement à un tournant majeur de l'Histoire. Je suis de plus en plus convaincu que la turpitude d'un seul homme peut amener ou accélérer la fin d'un empire. Avec 2000 ans de recul, on peut penser que les courtes explications, comme celle voulant que Néron et son oncle Caligula aient incarné et provoqué la décadence ultime de Rome, soient un peu trop simples. Mais le président américain pourrait, un jour, être vu comme celui ayant consacré et accéléré la fin de la domination américaine sur le monde. Mais contrairement à Rome, ce déclin ne prendra pas cinq siècles, probablement cinq décennies suffiront pour consommer la fin de la grandeur américaine. Les guerres ridicules et mesquines que se livrent Démocrates et Républicains font penser aux luttes intestines et autodestructrices des derniers sénateurs et empereurs romains au 5e siècle, en plus de guerres qui se multipliaient aux marges de l'Empire. Certes, l'anglais survivra probablement comme langue dominante, pour quelques siècles, comme le latin en Europe jusqu'au Moyen-Âge, mais les valeurs américaines, elles, perdront leur attrait universel.

Le philosophe Michel Onfray, dans son plus récent et volumineux essai, intitulé « Décadence », explique le déclin actuel de la civilisation occidentale.

Avec son style habituel, le président affirmera sur toutes les tribunes que toutes ses réalisations sont incomparables, les plus grandes, les plus ci, les plus ça...

En rapprochant un peu la loupe utilisée par Onfray, on voit à quel point le pilier américain de cette civilisation est en train de s'effriter. Dans quelques jours, on soulignera un an de présidence Trump. Avec son style habituel, le président affirmera sur toutes les tribunes que toutes ses réalisations sont incomparables, les plus grandes, les plus ci, les plus ça...

Mais en fait, au-delà de son autopropagande, force est de constater que l'homme de la Maison-Blanche aura plutôt fait maison nette de l'idéal des Pères fondateurs de la République qui croyaient construire un pays ayant valeur d'exemple pour le monde. L'Amérique aura réussi, effectivement, pendant un certain temps, par ses nobles idéaux de liberté et de gouvernance démocratique, à inspirer les peuples opprimés du monde.

Châteaubriand a dit: « Tourmentez-vous pour rétablir la vertu chez un peuple qui l'a perdue, vous n'y réussirez pas. Il y a un principe de destruction en tout.» On souhaiterait qu'il se trompe, mais face au triste spectacle venant du pays voisin, mais force est de constater qu'il a raison et que la flamme démocratique américaine est devenue une lente conflagration pour les libertés du monde sous une présidence pyromane. On se dit, les choses ne peuvent pas en venir là et, pourtant, nous y sommes et nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans un délire surréel. Kafka n'aurait pu imaginer mieux !

On a, par le passé, eu tellement confiance dans l'institution présidentielle américaine qu'on la pensait immunisée contre la sottise totale. Certes, des nullités notoires ont occupé la Maison-Blanche en étant élu (ex. : Zachary Taylor) ou par un détour du destin (ex. : Chester Arthur). Mais on ne pensait pas que la médiocrité puisse en arriver à corrompre tout un système érigé sur le principe des contre-pouvoirs. Mais, comme disait aussi Châteaubriand, « on a tort de s'étonner du succès de la médiocrité. La médiocrité n'est pas forte par ce qu'elle est en elle-même, mais par les médiocrités qu'elle représente ; et dans ce sens sa puissance est formidable. Plus l'homme en pouvoir est petit, plus il convient à toutes les petitesses.» Et on ne peut que conclure à quel point cette citation s'applique au contexte actuel!

Une certaine idée de la liberté...

Pour qu'un pays soit grand, comme la France au 19e siècle ou les États-Unis au début du 20e siècle, il doit incarner une idée, des principes, quelque chose de plus grand que lui-même. Ses leaders doivent aussi inspirer en appelant ce qu'il y a de plus noble au sein de la nation et des citoyens qui la composent. Mêmes imparfaites dans leurs conceptions, en traduisant sur le plan de l'idéologie politique leurs principes fondateurs, les républiques américaine et française ont offert une alternative citoyenne aux régimes royalistes et élitistes qui dominaient le monde au 18e et 19e siècles. La Révolution française devint le symbole dont s'emparèrent les peuples lors des révolutions de 1848 en Europe et lors de la Commune de 1870, car son idéal de liberté et d'égalité inspirait le monde. Les États-Unis, à travers l'idéalisme du Président Wilson, incarnèrent le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et, sous Franklin Roosevelt, l'Amérique sonna le glas des empires coloniaux. On pensait avoir affaire à un nouveau type de grande puissance. Aujourd'hui, la France, consumée par l'Union européenne, a perdu de sa grandeur et de son influence mondiale, même si l'idée de « Liberté, d'Égalité et de Fraternité » retentit toujours d'un écho propre à inspirer les aspirations les plus nobles. Même le Président Reagan avait réussi à incarner une vision du monde où la liberté démocratique, par sa seule force d'attraction universelle, triompherait du totalitarisme communiste qui niait l'individu. La chute du Mur de Berlin devait amener le triomphe ultime de la liberté et la fin de l'Histoire.

Les États-Unis, animés par une vision manichéenne du monde, ont sombré dans une mentalité de pays assiégé.

Le 11-Septembre et la Guerre d'Irak ont provoqué un immense retour en arrière. Les États-Unis, animés par une vision manichéenne du monde, ont sombré dans une mentalité de pays assiégé.

Après la pause de la présidence Obama et, il faut bien le dire, les déceptions qu'elle a provoquées compte tenu des attendes soulevées, aujourd'hui, les États-Unis sont en train de se transformer en une sorte de monstre à plusieurs têtes et aux tentacules incontrôlables. On voit la bête, qui tire dans toutes les directions en même temps et qui semble s'attarder à faire autant de dommages que possible autour d'elle tout en s'automutilant! Cette bête a tué ce qu'il restait des idéaux révolutionnaires de 1776. Elle a étouffé l'idéal démocratique en rendant attrayant d'autres modèles de gouvernance, non démocratiques, pour les peuples du monde en quête d'une voie nouvelle pour assurer leur développement.

L'Amérique n'incarne ni n'inspire plus rien de noble. Elle déconcerte par son absence de direction morale. Bien triste destin pour le pays de Thomas Jefferson! Bien triste perspective pour le monde qui aurait besoin plus que jamais de liberté et de démocratie!