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08/10/2018 06:00 EDT | Actualisé 08/10/2018 06:00 EDT

Verra-t-on une nouvelle guerre civile américaine? (Partie 2)

Il faudra peut-être un choc épouvantable pour ramener tout le monde à la raison chez nos voisins du sud. Espérons que non pour eux!

Les prochaines élections de mi-mandat pourraient provoquer de nouveaux séismes et être annonciatrices d'encore plus de secousses dans le système politique américain.
Jorge Villalba via Getty Images
Les prochaines élections de mi-mandat pourraient provoquer de nouveaux séismes et être annonciatrices d'encore plus de secousses dans le système politique américain.

Dans mon dernier blogue, j'ai évoqué comment l'édifice politique américain est en train d'éclater à force de polarisation des enjeux et de la perte d'un terrain mitoyen où républicains et démocrates pouvaient se rejoindre. Le récent décès de John McCain symbolise à lui seul la disparition du terrain, sinon neutre, du moins bipartisan, aux États-Unis.

À ceux qui pensent que mon propos est alarmiste, je vous réfère à un article du réputé journaliste Tom Friedman, paru il y a quelques jours dans le New York Times et qui voit, lui aussi, les germes de la guerre civile dans son pays.

Les prochaines élections de mi-mandat pourraient provoquer de nouveaux séismes et être annonciatrices d'encore plus de secousses dans le système politique américain.

Les prochaines élections de mi-mandat, au lieu de jouer le rôle de stabilisation du terrain politique qu'elles jouent normalement, pourraient au contraire provoquer de nouveaux séismes et être annonciatrices d'encore plus de secousses dans le système politique américain.

De nombreux mouvements citoyens prêchent ouvertement la destitution du président, ce qui peut sembler prématuré, du moins tant qu'une faute grave justifiant la destitution, comme une accusation d'entrave à la justice ou une violation des lois électorales, n'aura pas été démontrée. Plusieurs sites recueillent des pétitions en ligne et l'un d'eux compte déjà près de six millions de signatures.

Un deuxième mandat de M. Trump pourrait provoquer des troubles civils et politiques sans précédent.

Certains partisans de M. Trump ont déjà menacé de répondre par la violence à une destitution du président. Même sans en venir là, un deuxième mandat de M. Trump pourrait provoquer des troubles civils et politiques sans précédent. Plus inquiétant encore, quand un ancien champion de la loi et l'ordre, comme Rudolph Giuliani, avocat du président américain, prédit et, en quelque sorte, donne une légitimité à la violence politique, on ne peut que constater à quel point la société politique américaine est en train de s'effriter.

Le très respecté journaliste Carl Bernstein, qui fut à l'origine des révélations sur le Watergate dans les années 1970, lors d'une entrevue à CNN le 23 août dernier, parlait du pays comme étant déjà en état de «cold civil war», une guerre civile en attente. Paul Krugman, récipiendaire du prix Nobel d'économie et réputé professeur de Princeton, pense aussi que le pays peut verser dans le fascisme.

Le summum de l'irresponsabilité revient au président, sur qui on peut toujours compter pour dépasser les bornes.

Mais le summum de l'irresponsabilité revient au président, sur qui on peut toujours compter pour dépasser les bornes, qui non seulement qualifie ses critiques et les médias «d'ennemis du peuple», mais laisse entendre que la violence éclaterait au lendemain d'une hypothétique défaite aux élections de mi-mandat dans quelques semaines. Aucun président américain en exercice n'a jamais exprimé un tel désaveu du processus démocratique!

Quand on voit les extrêmes où peuvent aller les coucous aux États-Unis, comme dans le drame de Waco, en 1993, et l'attentat d'Oklahoma City qui fît 168 morts l'année suivante, on se dit que tout est possible. Les professionnels du mensonge, dont j'ai parlé dans un autre blogue, tentent aussi d'alimenter une controverse sur ce triste épisode. Même un groupe francophone, le Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS), souscrit à la thèse fantaisiste d'un complot. Par contre, il faut mentionner un excellent dossier de PBS démontrant que le FBI et le gouvernement fédéral américain ont bien mal géré la crise de Waco.

Que se passera-t-il?

Les individus, comme les sociétés, doivent parfois vivre des événements cathartiques pour se secouer et retomber sur leurs pieds. Il faudra peut-être un choc épouvantable pour ramener tout le monde à la raison chez nos voisins du sud. Espérons que non pour eux!

Souhaitons-leur plutôt l'élection d'un(e) leader excessivement sage, doté(e) d'un ascendant immense sur le peuple américain, pour rétablir un certain équilibre et ramener le pays vers des valeurs communes, la première devant être un respect pour la vérité (journalistique, scientifique, historique, etc.).

Collectivement, pour permettre au débat politique de reprendre une certaine sérénité, il faudra aussi que les Américains acceptent que s'établissent des consensus sur des faits remis en question par les professionnels du mensonge et de la désinformation.

Surtout, pour réduire l'acrimonie ambiante, les Américains devront revoir les façons de se comporter, socialement, politiquement et au niveau des médias sociaux.

Souhaitons-leur la venue d'un leader qui cherchera à édifier des ponts entre les individus et les groupes plutôt que de semer la division et ériger des murs. Sans doute ce futur chef pourra-t-il (elle) dire, en assumant la présidence, à l'instar de Gerald Ford qui déclara, au lendemain de la démission du président Nixon, dans la foulée de la longue descente aux enfers politiques associée au scandale du Watergate, «Notre long cauchemar est terminé».

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