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03/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 03/09/2018 06:00 EDT

Loyauté contre devoir: où tracer la ligne?

M. Trump nuit au fonctionnement de l'appareil de sécurité nationale, car il prive les agences d'expertises souvent utiles aux personnes en place.

Chris Wattie / Reuters
Faudrait-il se surprendre que les comportements inexplicables du président puissent amener des personnes à poser des gestes qui, dans d'autres circonstances, auraient pu leur paraître déloyaux, mais qui, maintenant, face à leur conception du devoir, peuvent leur sembler justifiés pour demeurer fidèles à leur serment envers leur pays?

Malgré la coterie de conseillers intéressés ou de certains idéologues qui entourent le président américain et tentent de justifier ses dérives autoritaires, de nombreux hommes et femmes ont choisi de résister.

Certains, comme Peter Strzok, vont trop loin et perdent leur emploi. Dans ce dernier cas, ses délicates responsabilités dans les enquêtes touchant la campagne républicaine de 2016 auraient dû l'amener à faire preuve de plus de circonspection.

D'autres profitent de la liberté de leur retraite pour contre-attaquer. D'ailleurs, c'est ce qui a motivé l'ancien directeur du FBI à écrire son livre, paru le printemps dernier. Il explique que: «Nous vivons une période dangereuse dans notre pays, avec un environnement politique où les faits fondamentaux sont contestés, la vérité fondamentale est mise en doute, le mensonge est normalisé et les comportements contraires à l'éthique sont ignorés, excusés ou récompensés... Pour certains des escrocs, des menteurs et des agresseurs, il y a eu un rendez-vous avec la justice. Pour d'autres, il reste des excuses, des justifications et une volonté obstinée de la part de leur entourage de détourner les yeux ou même de provoquer le mauvais comportement».

Un geste sans précédent

Le président, en attaquant directement certains de ses détracteurs, en posant le geste sans précédent de leur retirer, ou de menacer de leur retirer, leur habilitation de sécurité, s'abaisse au règlement de compte personnel mesquin et alimente encore une fois la controverse politique.

M. Trump nuit au fonctionnement de l'appareil de sécurité nationale, car il prive les agences d'expertises souvent utiles aux personnes en place.

Surtout, M. Trump nuit au fonctionnement de l'appareil de sécurité nationale, car il prive les agences d'expertises, souvent utiles aux personnes en place, chargées de veiller à la sécurité du pays. Car même si, au plan strictement légal, le président est dans son droit, il a ignoré la procédure prévue par la loi. En outre, M. Trump a laissé entendre que son geste était lié non pas à des enjeux de sécurité, mais plutôt à l'enquête sur l'ingérence russe dans l'élection de 2016.

Ce qui fait que plusieurs interprètent ce geste comme un abus de pouvoir, étant donné qu'aucune violation des règles de sécurité ne peut être reprochée aux personnes visées et que leur seul point commun est d'avoir critiqué M. Trump, en exerçant une liberté de parole que leur garantit la Constitution américaine. Ces vendettas politiques du président amènent ceux qui restent en poste à s'interroger sur la loyauté due au chef de l'État.

Jusqu'où peut-on aller pour servir le président?

Se pose donc la question suivante: jusqu'où peut-on aller pour servir le président? Quel est le devoir premier des personnes qui ont juré de servir les États-Unis et de protéger sa Constitution? Dans une république, la fidélité doit être envers la loi suprême et non pas envers des personnes.

La fidélité jurée aux personnes étant l'apanage des anciens régimes royaux et des dictatures de tout temps, des milliers de fonctionnaires américains doivent se demander jusqu'où ils peuvent aller, personnellement, pour servir le président élu sans, en même temps, miner la Constitution qu'eux-mêmes, autant que le président, doivent servir et faire respecter?

Comme nous tous, ils sont témoins des dérapages constants du président, de ses remises en question des alliances traditionnelles, de son apparente servilité face au quasi-dictateur russe, de ses accointances et son admiration des hommes forts de la planète, de sa dénonciation des «faibles», comme Justin Trudeau, et de ses attaques contre une presse libre qui a toujours été un pilier du régime américain.

On n'est plus dans l'excentricité, mais plutôt dans le domaine pathologique.

Ces comportements témoignent d'une personnalité plutôt singulière. On n'est plus dans l'excentricité, mais plutôt dans le domaine pathologique. Faudrait-il se surprendre que les comportements inexplicables du président, sur le plan rationnel, puissent amener des personnes à poser des gestes qui, dans d'autres circonstances, auraient pu leur paraître déloyaux, mais qui, maintenant, face à leur conception du devoir, peuvent leur sembler justifiés pour demeurer fidèles à leur serment envers leur pays?

Ainsi, il ne semble pas fortuit qu'à trois jours du sommet avec le président Poutine des accusations aient été portées par le ministère de la Justice contre 13 officiels russes pour ingérence dans la campagne électorale de 2016 ou qu'une ressortissante russe, qui aurait milité pour faire élire M. Trump, ait été accusée d'espionnage dans les heures précédant le sommet Trump-Poutine du 16 juillet.

Le chef de la Maison-Blanche, qui a dit prendre la parole de Vladimir Poutine avant les informations de ses diverses agences de renseignement, semble vouloir se venger de celles-ci en s'attaquant à leurs anciens dirigeants.

Je me demande si le fait de remettre à plus tard la grande parade militaire voulue par le président américain n'est pas aussi une forme de résistance passive de la part de certains officiels.

Inutile de dire que toute dissension au sein de l'alliance atlantique, à plus forte raison sa dissolution, serait du bonbon pour le néo-impérialisme russe.

Les contradictions évidentes du président Trump, demandant par exemple, d'une part, aux pays de l'OTAN (membres d'une alliance visant à dissuader la puissance russe) de doubler ou de tripler leurs dépenses militaires et, d'autre part, affirmant que la Russie n'est pas une menace, sont déroutantes.

Ce qui peut porter à croire que le président américain, sachant fort bien ces objectifs inatteignables, cherche en fait à saboter l'alliance fondée en 1949. Inutile de dire que toute dissension au sein de l'alliance atlantique, à plus forte raison sa dissolution, serait du bonbon pour le néo-impérialisme russe.

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