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04/06/2018 10:19 EDT | Actualisé 04/06/2018 10:19 EDT

Les ravages du tabagisme en Chine

Pendant le temps que vous aurez pris pour lire ce texte, 25 personnes en Chine, et six fois plus à travers le monde, seront mortes du tabagisme.

TPG via Getty Images

Le 31 mai était la Journée mondiale antitabac. Je profite donc de l'occasion pour traiter de ce fléau dans les pays émergents et en Chine en particulier.

On situe entre 300 et 350 millions le nombre de fumeurs en Chine, heureusement, une très faible proportion de femmes, sinon la situation globale n'en serait que plus tragique.

Un million de morts par année, c'est le tribut morbide, en Chine seulement, de cette industrie, soit un décès à toutes les deux secondes attribuable au tabac. C'est 2 750 décès par jour ou l'équivalent de huit écrasements d'Airbus A330-200 jour après jour!

En outre, on estime à 100 000 la mortalité annuelle en Chine provoquée par la fumée passive. Et c'est sans compter l'incidence sur d'autres maladies chroniques comme les problèmes cardiaques et le lien avec d'autres cancers que celui du poumon.

Des obligations en vertu de conventions de l'OMS

Comme membre de l'Organisation mondiale de la santé, la Chine a signé diverses conventions contre le tabagisme et souscrit à l'objectif international de réduction de 30% de la pratique du tabagisme d'ici à 2025. Mais comme il y a très peu de campagnes de sensibilisation en Chine, on croit que cet objectif ne sera pas atteint.

Certes, des politiques sont adoptées au niveau national, mais elles sont mises en place avec peu de rigueur.

Vivre avec la fumée des autres au quotidien

Plusieurs de villes à travers le monde ont adopté des réglementations visant à restreindre l'usage du tabac et du vapotage dans les lieux publics. D'autres vont étendre ces mesures au cannabis.

Pour nous qui vivons dans des sociétés où certaines villes interdisent même la cigarette dans les lieux publics et où s'est opérée une véritable révolution des mœurs à ce sujet depuis quarante ans, il est difficile de s'adapter à un pays comme la Chine où la réglementation est loin d'être aussi sévère et, dans la mesure où elle existe, peu ou mal appliquée.

Il y a quelques années, j'avais loué des bureaux d'affaires à Beijing dans un édifice international, situé au centre-ville, certifié sans fumée, mais il fallait constamment relancer les gestionnaires de l'édifice pour faire respecter le règlement. Les délinquants se cachaient dans les toilettes ou dans les cages d'escalier ce qui rendait désagréable la fréquentation de ces espaces. En outre, la fumée se répandait sur les étages. J'ai vu des gens fumer calmement sous d'immenses affiches avec des pictogrammes très clairs quant à l'interdiction de fumer.

Les aires sans fumée et la santé publique

En France, où l'interdiction existe depuis plus de dix ans, certaines études affirment que cette mesure n'a pas eu d'effet sur la santé publique. Cela me laisse sceptique, mais je ne suis pas en mesure de me prononcer sur l'effet sur la santé publique. Cependant, je puis dire que de la fumée de cigarette dans des parcs ou sur la rue m'irrite et rend désagréable, pour bien des gens, une promenade autrement bénéfique.

On peut aussi affirmer que les effets de la cigarette sur les fumeurs sont, eux, visibles. Cette vidéo, qui n'est pas pour les cœurs sensibles, réalisée par un professeur de Hong-Kong, montre les effets du tabac sur des poumons. Bien que réalisée sur des cochons, la leçon est la même.

Tabac et hospitalité

Je ne sais pas combien de fois j'ai assisté à des banquets officiels et des repas de noces où des paquets de cigarettes étaient déposés avec les assiettes ou apportés à la fin du repas.

Il y a une tradition qui lie l'hospitalité à la cigarette en Chine, comme chez nous certains repas se terminaient avec des cigares et des digestifs à une autre époque.

Il fut un temps dans de nombreux pays où enivrer ses hôtes était une obligation de politesse! Heureusement, ces mœurs barbares disparaissent. Encourager les gens à fumer relève du même mauvais comportement qu'il faudrait éliminer des mœurs sociales partout où il subsiste.

Les gouvernements calculent à court terme

Pour de nombreux pays, les taxes sur le tabac constituent un revenu important, de l'ordre de 7% en Chine, même si un paquet de cigarettes demeure peu dispendieux.

Dans les pays pauvres, pour 9 000 dollars perçus en taxes sur le tabac, un seul est investi dans la lutte contre le tabagisme.

Maintenant que la Chine développe un filet social plus généreux, peut-être en viendra-t-on à mieux évaluer le coût humain et social du tabagisme et son coût faramineux en termes de soins de santé. Un calcul plus juste devrait alors amener la Chine à accroître ses efforts pour combattre l'usage du tabac! Car pendant le temps que vous aurez pris pour lire ce texte, 25 personnes en Chine, et six fois plus à travers le monde, seront mortes du tabagisme !

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