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26/02/2018 09:00 EST | Actualisé 26/02/2018 09:24 EST

Le départ du président Trump ne signifierait pas la fin du trumpisme!

Il ne faut pas trop se faire d'illusion sur la venue d'un « sauveur » démocrate à la Maison-Blanche.

Kevin Lamarque / Reuters

Après à peine un an en poste, Donald Trump est jugé par des experts comme le pire président de l'histoire américaine. D'aucuns s'imaginent que les États-Unis changeraient du tout au tout si le président Trump n'était pas là. Certains rêvent d'une destitution, à court terme, ou d'une défaite électorale en 2020. Certes, aucun de ces scénarios n'est impossible. Pas plus que la réélection de ce président atypique ne peut être exclue. Qu'il fasse un mandat ou deux, ceux qui souhaitent son départ devraient savoir que son éclipse ne signifiera pas la fin du trumpisme.

Il faut garder à l'esprit que la présidence américaine, peu importe qui l'occupe, a un immense pouvoir économique, militaire et politique. Au plan militaire, les États-Unis demeureront, pour l'avenir prévisible, la première puissance du monde. Au niveau économique, bien qu'avec l'émergence de la Chine, la fin de la suprématie américaine soit déjà programmée, les États-Unis conservent une influence démesurée, notamment à cause du statut international du dollar. Donc, qu'il s'agisse d'économie ou de projection militaire, ce que font les É.-U. porte à conséquence pour la planète. Mais c'est dans la sphère politique que le trumpisme prendra racine le plus et la mauvaise herbe sera difficile à extirper.

Au plan militaire, les États-Unis demeureront, pour l'avenir prévisible, la première puissance du monde.

Déjà, beaucoup d'entreprises américaines et étrangères choisissent d'investir aux États-Unis, plutôt qu'au Canada ou au Mexique, pour préserver leur accès au premier marché du monde en matière de richesse. La politique commerciale outrancière pratiquée par l'administration américaine ne leur laisse pas le choix, disent-elles. Une fois que ces mêmes entreprises auront investi massivement, elles ne seront pas portées à vouloir tout démanteler, elles voudront que leurs investissements rapportent. Une nouvelle « normalité », marquée par une économie protégée, moins apte à faire face à la concurrence mondiale et toujours en quête de plus de protection tarifaire ou autre, se mettra en place. Et comme il y a un lien direct et malsain entre l'argent et le pouvoir dans le système politique américain, ces mêmes intérêts économiques vont plutôt militer en faveur de politiques protectionnistes, car la nouvelle économie américaine, devenue moins performante à la suite de la dislocation des chaînes de valeurs internationales dont elle profitait autrefois, ne résisterait pas à une ouverture soudaine des frontières. Et les élus américains feront comme ils le font depuis toujours, ils réagiront au lobby de l'argent.

Et il ne faut pas trop se faire d'illusion sur la venue d'un « sauveur » démocrate à la Maison-Blanche. D'abord, aucun ne se pointe à l'horizon et si d'aventure l'un se manifestait, il y a fort à parier qu'il (ou elle) ne sera pas libre-échangiste. Historiquement, les États-Unis ont généralement favorisé le protectionnisme. Quant au Parti démocrate, sauf pour une brève période au 19e siècle, ce parti a toujours été protectionniste et près des milieux ouvriers, une clientèle qui a déserté les démocrates en 2016 et appuyé le candidat Trump massivement, justement à cause de ses promesses de protéger les emplois américains. D'ailleurs, souvenons-nous que Bill Clinton lui-même faisait campagne contre l'ALÉNA en 1992 et que Bernie Sanders, que beaucoup admirent ici, n'a cessé de décrier l'ALÉNA et le Partenariat transpacifique (PTP) durant sa campagne. Même Hillary Clinton, pourtant, à titre de secrétaire d'État, une architecte de la politique dite du « pivot asiatique » s'est retournée, par pur opportunisme politique, contre le fruit économique de cette politique, le PTP. C'est un peu comme si elle avait renié son propre enfant politique!

Chez les républicains, la force des soutiens de Trump au sein de l'aile militante conservatrice du Parti est telle que Mitt Romney, qui pourtant avait qualifié Donald Trump de « charlatan », en 2016, est heureux de la bénédiction du président dans la course au Sénat qu'il vient juste d'entamer. L'aile modérée du Parti républicain est en débandade. Un à un, les sénateurs républicains « libéraux », ou s'opposant régulièrement aux politiques trumpistes, sont sur les voies de sorties (retraite prévisible ou annoncée en raison de l'âge ou de la maladie pour les Orrin Hatch et John McCain; écœurement aigu pour des Jeff Flake ou des Bob Corker). Dans le cas de Flake, ses vives dénonciations du président, dont son livre, lui ont aliéné la base conservatrice du Parti et lui, comme d'autres critiques, risquait de ne pas pouvoir remporter leur investiture partisane lors des primaires à venir. L'exode politique est sans précédent et touche les Représentants aussi, mais à la Chambre les raisons des départs sont plus diversifiées.

Bref, il faudra s'armer de patience. Le président Trump fera des émules politiques et des intérêts puissants en viendront à militer pour le nouveau statu quo économique. Ces intérêts et ces politiciens s'alimenteront mutuellement. Et si jamais les États-Unis en viennent un jour à se rendre compte que l'autarcie économique et l'isolement politique ne sont pas viables à long terme, il faudra une décennie pour renverser les effets politico-économiques d'un premier mandat et autant encore si jamais le 45e président obtenait un second mandat.

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