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19/02/2018 09:00 EST | Actualisé 19/02/2018 09:53 EST

La crise du SRAS, 15 ans plus tard

Selon le Center for Disease Control américain, plus de 8000 personnes furent infectées à travers le monde et près de 800 en moururent.

LightRocket via Getty Images

Il y a 15 ans, la Chine et la planète vivaient la première pandémie du 21e siècle. Une maladie fulgurante, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), ressemblant à une pneumonie et ne répondant pas aux antibiotiques existants, causa un vent de panique et se répandit dans le monde, mais surtout en Chine et au Canada. Les villes et lieux publics chinois se vidèrent de leurs foules habituelles. Le gouvernement chinois annula même le grand congé de la Fête des morts et du culte des ancêtres, en avril, pour limiter les risques de contagion.

Le gouvernement canadien et l'Organisation mondiale de la santé ont alors suggéré de surseoir à tout déplacement en Chine. Nommé en avril pour occuper le poste de représentant du Québec à Beijing, mon départ fut retardé de plusieurs mois, le gouvernement refusant d'autoriser mon voyage.

Selon le Center for Disease Control américain, plus de 8000 personnes furent infectées à travers le monde et près de 800 en moururent. Toutefois, le manque de transparence des autorités chinoises à l'époque a amené plusieurs observateurs à croire que les chiffres réels sont beaucoup plus élevés. On ne le saura jamais!

La pandémie fut finalement endiguée en Chine et à Hong-kong par des mesures énergiques qu'il serait probablement impossible d'appliquer de façon aussi draconienne ici.

La pandémie fut finalement endiguée en Chine et à Hong-kong par des mesures énergiques (quarantaines forcées et prolongées, isolement de quartiers entiers, etc.) qu'il serait probablement impossible d'appliquer de façon aussi draconienne ici. Par contre, cet épisode créa des débouchés pour les entreprises québécoises qui furent nombreuses, dans les mois qui suivirent, à venir en Chine pour vendre divers appareils de purification de l'air ambiant et d'élimination des microbes.

Le vieil adage qui veut qu'à quelque chose malheur est bon s'applique bien à ce premier épisode pandémique mondial au 21e siècle. En effet, le gouvernement chinois, depuis cette époque, a appris à mieux gérer ce genre de crises. On a pu le constater lors de l'épidémie de H1N1 il y a quelques années et j'étais aux premières loges pour voir la situation. D'ailleurs, mon médecin de famille en Chine, la Dre Lucy Chen, originaire de Montréal, a écrit beaucoup sur la crise du SRAS et sur les enseignements à tirer de celle-ci dans des revues de médecine chinoises et internationales spécialisées.

Outre les aspects de santé publique, le gouvernement a aussi tiré des leçons de meilleure gouvernance, de transparence et d'ouverture internationale. À l'heure des réseaux sociaux, même si ceux de Chine sont davantage contrôlés par les autorités, ce genre d'épisode, s'il devait se reproduire et être géré comme il le fut pendant les premiers mois de 2003, pourrait saper la confiance de la population envers le gouvernement et susciter une vague de mécontentement. Certains observateurs ont écrit que la crise sociale du printemps 2003, qui entraîna à l'époque le limogeage du maire de Beijing et du ministre de la Santé, avait été la pire qu'ait connue la Chine depuis les événements de la place Tiananmen en 1989.

Certes de vieux réflexes subsistent, d'autant plus que des fonctionnaires subalternes, qui n'ont jamais appris d'autres façons de gérer et qui cherchent avant tout à éviter de commettre des erreurs qui pourraient nuire à leur carrière, ont encore tendance à cacher toutes mauvaises nouvelles aux autorités supérieures. C'est exactement ce genre de réflexe qui amena les autorités locales du Guangdong, à ne pas rapporter la propagation de la maladie ou à sous-rapporter le nombre de personnes infectées, ce qui eut pour effet de retarder la mise en place de mesures effectives de contrôle. On voit ici les avantages d'une presse libre qui peut révéler des informations d'intérêt public que cela fasse l'affaire des autorités politiques ou non.

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