LES BLOGUES
25/05/2018 06:00 EDT | Actualisé 25/05/2018 06:00 EDT

Kim Jong-un 2, Donald Trump 0

Vraiment, avec cette imprévisible administration, on passe du tragi-comique au pathétique, du risible au pitoyable, de la bouffonnerie à l'irresponsabilité.

Kevin Lamarque / Reuters
Donald Trump

Il y a quatre semaines, j'écrivais que la tenue d'un sommet entre le président américain et son homologue nord-coréen représentait une victoire diplomatique pour ce dernier.

L'annulation intempestive du sommet du sommet qui devait avoir lieu à Singapour le 12 juin par le président Trump constitue une autre victoire pour le régime nord-coréen qui paraît, alors même qu'il tenait son engagement de détruire son site d'essais atomiques, comme plus fiable que l'administration américaine.

La Terre va continuer de tourner

Ceux, dont le président lui-même, qui adjugeaient un Prix Nobel à M. Trump devront déchanter. Par contre, les deux présidents coréens devraient, à mon avis, poursuivre leurs pourparlers de paix. Ils pourraient même s'entendre et écrire une page d'histoire. Leur démarche peut s'inscrire en dépit de l'absence des États-Unis et cela contribuera peut-être à faciliter le dialogue. Les deux leaders coréens mériteront un Nobel s'ils arrivent à réduire substantiellement les tensions dans la région!

Cet accord intercoréen pourrait se conclure aux dépens des intérêts stratégiques des États-Unis et servir les intérêts de la Chine. En se soldant par un traité de paix et la dénucléarisation éventuelle de la péninsule coréenne, un accord entre les deux pays pourrait sonner le glas de la présence militaire américaine en Corée du Sud. La Chine n'en espérait pas tant! Car, le jour où les frères ennemis coréens ne seront plus ennemis, mais seulement frères, les États-Unis se verront probablement dire que leur présence dans la péninsule n'est plus nécessaire et ils seront évincés du pays comme ils le furent naguère des Philippines.

Une décision incompréhensible

Il est difficile de s'expliquer le recul de Washington. Certes, M. Trump a dû se rendre compte qu'il ne suffirait pas de fanfaronner et qu'il ne serait pas seul sur la patinoire. Peut-être le président sud-coréen a-t-il fait comprendre à M. Trump, lors de leur sommet des derniers jours, qu'il était impossible pour les États-Unis de gagner sur toute la ligne, que les intérêts et la situation stratégique de la Corée du Nord devraient être pris en compte. Bref, Trump, le « deal-maker » aura compris qu'il ne ferait pas banco, qu'il ne ressortirait pas en héros d'un sommet où il risquait, en fait, de se faire damer le pion par un vis-à-vis aussi sinon plus rusé que lui! Car, dès le départ, dans les conditions improvisées où le bluff du président américain a été appelé, il était clair que Pyongyang avait déjà gagné la partie, de son point de vue du moins, comme il était tout aussi clair que les objectifs énoncés de façon grandiloquente par M. Trump, dont la dénucléarisation totale de la Corée du Nord, ne pourraient être atteints, du moins pas rapidement et certainement pas sans contrepartie américaine (ex. : aide économique, retrait des forces militaires, etc.).

Les derniers incidents (l'annulation d'une rencontre entre les deux Corées, les propos du vice-président Pence et la réplique nord-coréenne) ne représentaient que de la fioriture. L'importance du sommet et les enjeux à discuter méritaient qu'on fasse tout ce qui était possible pour qu'il ait lieu et soit couronné de succès.

L'importance du sommet et les enjeux à discuter méritaient qu'on fasse tout ce qui était possible pour qu'il ait lieu et soit couronné de succès.

On ne peut que sourciller quand on voit que dans sa brève lettre au leader coréen, M. Trump, qui a lui-même annulé le Sommet, mentionne qu'il est ouvert à une rencontre ultérieure si M. Kim "change d'avis" sur le Sommet, dont il reconnait, en début de lettre, qu'il devait avoir lieu à la demande du président Kim! Une autre phrase dit que la tenue du sommet n'est pas pertinente, actuellement, pour les deux pays même si elle était importante pour le reste de la planète. Cela ne valait-il pas un petit effort, alors? Cherchez à comprendre ! En fait, cette lettre est étrange et contient une menace nucléaire à peine voilée qui jure avec le ton faussement amical de la missive.

Cette décision américaine, que rien ne justifie à ce stade-ci, sème la consternation en Corée du sud où le président Moon a convoqué une réunion d'urgence, à l'ONU et ailleurs dans le monde. Les bourses de New York et de Paris ont aussitôt accusé un recul. Elle aura pour effet de disqualifier encore davantage les États-Unis de l'arène mondiale.

Dans le contexte actuel et vu le prétexte invoqué par Washington pour annuler le sommet, le président nord-coréen ne sortira pas perdant de cet épisode, contrairement à son vis-à-vis américain qui va descendre encore un peu plus dans l'estime du monde, lui qui était déjà bien bas!

De plus en plus de pays, comme le montrèrent récemment les Européens, croient qu'ils pourront s'arranger mieux sans les États-Unis. Aussi déstabilisante qu'elle l'était au début, la nouvelle administration américaine, après seize mois, est devenue carrément impossible à suivre pour ses partenaires. De désorientant pour ses alliés au début, le président américain est devenu gênant, le mononcle que l'on invite au party, parce qu'on n'a pas le choix, mais dont on ne peut prédire si le comportement ou les propos ne vous mettront pas dans l'embarras ou s'il ne cassera pas la baraque!

Vraiment, avec cette imprévisible administration, on passe du tragi-comique au pathétique, du risible au pitoyable, de la bouffonnerie à l'irresponsabilité.