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24/09/2018 06:00 EDT | Actualisé 24/09/2018 06:00 EDT

Verra-t-on une nouvelle guerre civile américaine? (Partie 1)

Il faut craindre le pire, car l'Amérique est entrain de craquer de toutes parts. Tout est possible, si le corps politique américain est incapable de se redresser.

Mes nombreuses lectures me portent à voir de plus en plus de parallèles entre les décennies qui précédèrent le déclenchement de la Guerre civile et ce que vivent les États-Unis depuis vingt ans.
Jorge Villalba via Getty Images
Mes nombreuses lectures me portent à voir de plus en plus de parallèles entre les décennies qui précédèrent le déclenchement de la Guerre civile et ce que vivent les États-Unis depuis vingt ans.

Je veux conclure ma série sur l'état de la nation américaine par un blogue en deux parties, sur un scénario qui peut sembler alarmiste, mais que l'on ne peut pas totalement exclure. En Histoire, se créent des nœuds et des croisements d'événements que personne n'anticipe et qui nous entraînent parfois dans des directions insoupçonnées. L'impensable devient alors réalité.

Je mentionnais récemment comment les professionnels du mensonge pourrissaient le débat politique aux États-Unis et toutes les relations sociales. Tout cela a des conséquences. Mais, cette situation ne s'est pas créée comme par enchantement. Il a fallu en arriver là par quelque chemin, où la «droite conservatrice» et la «gauche libérale», pour emprunter le vocabulaire américain d'aujourd'hui, se sont perdus de vue.

Les dérives partisanes sont allées trop loin. La droite est en train de sombrer dans la paranoïa et d'entraîner toute l'Amérique dans sa chute vers des profondeurs jamais vues depuis 150 ans.

Rare sont ceux qui, comme Charlie Sykes, ex-commentateur vedette de la droite, ont compris que les dérives partisanes sont allées trop loin et que la droite américaine est en train de sombrer dans la paranoïa et d'entraîner toute l'Amérique dans sa chute vers des profondeurs jamais vues depuis 150 ans.

Il vaut la peine de lire son récent ouvrage, dont le titre pourrait être traduit par Comment la droite américaine a perdu la boule. Ce livre n'est pas un simple mea culpa, mais une analyse sobre des dérives partisanes, auxquelles il admet lui-même avoir pris part depuis les années 1990. Sinon, ses entrevues radio et télévisée pourront vous éclairer sur sa lecture du long dérapage de la droite américaine.

David Frum, ancien rédacteur des discours de George Bush fils, pense que les É.-U. ont atteint le stade de la crise constitutionnelle.

David Frum, un autre célèbre porteur du discours de la droite conservatrice, ancien rédacteur des discours de George Bush fils, dénonce aussi les dérives anti-démocratiques trumpiennes dans son livre, Trumpocracy: The Corruption of the American Republic, sorti plus tôt cette année. En fait, Frum pense que les É.-U. ont atteint le stade de la crise constitutionnelle.

À gauche, les démocrates, comme l'a démontré l'attrait du discours de Bernie Sanders, réagissent avec des positions plus tranchées. Des mots anciennement tabous, comme «socialisme», ne font plus peur et plusieurs politiciens s'en réclament. Un sondage Gallup révélait que 57% des démocrates voyaient ce mot de façon positive, contre seulement 44% en 2010. D'autres sondages Pew montraient que les opinions favorables envers M. Trump demeuraient solides chez ses partisans et que ses électeurs de 2016 lui demeuraient fidèles. La perception du rôle des médias traditionnels est aussi fortement influencée selon que l'on se dit démocrate ou républicain.

Une polarisation politique croissante

Il y a vingt ans on considérait qu'environ 165 sièges à la Chambre des représentants pouvaient basculer d'une élection à l'autre, alors qu'aujourd'hui, on parle d'environ 70 et même de seulement 30 «swing districts», selon les plus récents chiffres de CNN et PBS. Inversement, le nombre de sièges jugés forteresses partisanes imprenables, soit républicaines ou démocrates, a doublé pour représenter 60% des districts électoraux.

Autre signe que la scène politique se polarise au sein même des formations politiques, on a vu, depuis quelques années, plusieurs politiciens américains modérés, tant démocrates que républicains, en place depuis de très nombreuses années, perdre les élections primaires de leur parti.

Mes nombreuses lectures me portent à voir de plus en plus de parallèles entre les décennies qui précédèrent le déclenchement de la Guerre civile et ce que vivent les États-Unis depuis vingt ans.

Bref, les positions se figent et se radicalisent de part et d'autre sur la scène politique américaine, comme dans les années 1840 et 1850, et il est à craindre que cette polarisation se poursuive. Je manque d'espace ici, mais mes nombreuses lectures me portent à voir de plus en plus de parallèles entre les décennies qui précédèrent le déclenchement de la Guerre civile (1861-1865) et ce que vivent les États-Unis depuis vingt ans.

Il faut craindre le pire, car l'Amérique est entrain de craquer de toutes parts.

Par exemple, la montée des sentiments anti-immigration, une guerre étrangère et des relations difficiles avec des pays étrangers, une lente reprise après une crise économique sans précédent, et, sans surprise, des politiciens tonitruants qui font du surf sur tous les mécontentements populistes, etc.

Craindre le pire

Il faut craindre le pire, car l'Amérique est entrain de craquer de toutes parts. On a depuis longtemps dépassé les bornes de la civilité dans la plupart des échanges politiques aux États-Unis. Les procès d'intention et les lynchages sur les réseaux sociaux tiennent lieu de débat où on se rencontre plus à mi-chemin, car il n'y a que des sens uniques!

Au plan racial, les tensions sont palpables, l'écart entre les riches et les pauvres s'élargit et l'opposition des valeurs entre les habitants des villes et ceux des régions rurales est de plus en plus senti. Les États de l'Est sont méprisés par ceux de l'Ouest et du Sud.

Et on peut tous voir comment la droite conservatrice et religieuse rejette tout ce qui vient de la frange libérale et de gauche ou encore l'âpreté des échanges entre les tenants du port des armes à feu vs ceux qui souhaitent plus de restrictions à ce droit constitutionnel.

Et, justement, avec 85 armes par 100 habitants, les armes pullulent aux États-Unis, une société hyper-violente où le taux d'homicide est presque 20 fois plus important que la plupart des pays d'Europe. Des «milices» et regroupements de personnes se croient déjà en guerre contre le gouvernement fédéral américain ou prônent la suprématie blanche. Tout est possible, si le corps politique américain est incapable de se redresser et qu'on laisse se détériorer la situation davantage.

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