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22/01/2018 09:00 EST | Actualisé 22/01/2018 09:00 EST

Grandeur et misère des travailleurs migrants chinois

Tous les migrants de toutes les époques se ressemblent.

La très grande majorité des mingong vivent seuls, entassés dans des roulottes exiguës, faisant même la rotation dans des lits, car les chantiers parfois fonctionnent 24 heures sur 24.
Lucas Schifres via Getty Images
La très grande majorité des mingong vivent seuls, entassés dans des roulottes exiguës, faisant même la rotation dans des lits, car les chantiers parfois fonctionnent 24 heures sur 24.

On parle beaucoup des migrations incontrôlées vers l'Europe, en provenance d'Afrique ou du Moyen-Orient, ou des flux migratoires nouveaux qui touchent les frontières canadiennes et québécoises, déversement des espoirs déçus de migrants ayant cherché l'Eldorado américain.

Tous les migrants de toutes les époques se ressemblent. Le rêve d'un avenir meilleur les anime. Dans la majorité des cas, la nécessité économique, comme pour nos ancêtres, ou la persécution politique ou religieuse, les conduit à chercher la sécurité matérielle et physique dans un autre pays. Ils arrivent souvent sur un continent nouveau, mais étranger, porteurs de tous leurs espoirs, immédiats ou futurs.

Mais à travers toute l'actualité internationale, on ignore, pour l'essentiel, la plus grande et la plus soutenue des migrations qu'ait connues le monde, celle des travailleurs migrants chinois, qu'on appelle mingong. Leurs rêves et leurs sacrifices ressemblent, dans leurs grandeurs, à ceux des migrants qui traversent les frontières internationales depuis toujours.

Leur nombre, estimé à 274 millions, en 2014, par le gouvernement chinois, est plus important que le nombre de travailleurs migrants internationaux recensés par l'ONU.

Carburant humain de l'avancée économique sans précédent qu'a connue la Chine depuis 40 ans, ayant quitté foyer et famille pour gagner de meilleurs salaires, ces travailleurs migrants internes, qui se chiffrent par millions dans les grandes villes et par centaines de millions à l'échelle du pays, sont les grands oubliés du rêve chinois. Leur nombre, estimé à 274 millions, en 2014, par le gouvernement chinois, est plus important que le nombre de travailleurs migrants internationaux recensés par l'ONU.

Souvent exploités par leurs employeurs, sans droit de grève et privés de syndicat, parfois floués de leurs salaires, ils ont peu de recours pour corriger les abus dont ils sont victimes. Travaillant douze heures et plus par jour, sans congés, ils ont une pause de quelques minutes pour avaler un bol de riz ou de pâtes et quelques légumes sautés. Tous les jours et tous les repas se ressemblent. Malgré cela, ils considèrent souvent cette existence et leurs maigres salaires préférables à la vie en campagne et à l'incertitude de la production agricole.

Anyck Béraud de Radio-Canada a fait un excellent reportage sur eux, il y a quelques semaines. Et même si ce reportage traite de la précarité des mingong à Pékin, leur sort et celui de ceux présents à Shanghai, est encore préférables à celui de leurs semblables ailleurs en Chine. Car dans la capitale et dans la métropole, des groupes d'entraide et des lois du travail les protègent un peu plus qu'ailleurs en Chine, même si leur sort demeure celui de citoyens de seconde classe. Dans d'autres grands centres, les mingong n'ont aucun statut officiel, ce qui les prive d'accès aux services sociaux et même à l'éducation pour leurs enfants, pour ceux qui ont une famille avec eux. On les tolère, car ils sont des rouages essentiels de la croissance économique des villes et du pays. Mais où qu'ils soient, leurs conditions d'existence et de travail au quotidien sont effroyables. Conscientes du problème, les autorités chinoises commencent à se pencher sur leur sort et promettent de délivrer davantage de permis de résidence urbaine (appelés hukou). Ces permis sont nécessaires à l'obtention d'un statut social officiel et constituent une porte d'entrée vers les services gouvernementaux. D'ailleurs, le gouvernement chinois l'admet volontiers, tout le système des hukou, issu de la révolution de 1949, et de plus en plus source d'inégalités, doit être repensé.

La très grande majorité des mingong vivent seuls, entassés dans des roulottes exiguës, faisant même la rotation dans des lits, car les chantiers parfois fonctionnent 24 heures sur 24.

La très grande majorité des mingong vivent seuls, entassés dans des roulottes exiguës, faisant même la rotation dans des lits, car les chantiers parfois fonctionnent 24 heures sur 24. Ils ne voient leur famille qu'une fois par an, lors de la grande transhumance du Nouvel An chinois, dont je parlerai prochainement. Bref, un sort peu enviable, dans une société qui encourage le rêve de l'enrichissement individuel, mais qui a, en cours de route, perdu la voie du bien-être collectif et de l'égalité sociale si chère aux utopistes communistes.

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