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25/06/2018 08:32 EDT | Actualisé 25/06/2018 08:34 EDT

GaoKao : quand examens riment avec torture!

Ces examens destinés aux élèves chinois sont réputés être les plus difficiles du monde.

Getty Images/iStockphoto

Les premiers jours de juin amènent une épreuve déterminante pour les lycéens chinois, les examens d'entrée au études supérieures ou GaoKao (高考). Ces examens, réputés les plus difficiles du monde, sont plus déterminants que de « passer son bac » en France ou de réussir son secondaire V ici car les résultats obtenus seront fondamentaux pour la poursuite des études ou pour une carrière.

Ces examens sont de véritables épreuves qui testent les étudiants et leurs parents! Ces derniers ont souvent investi une fortune dans la préparation de leur enfant unique pour cet examen qui pourrait ouvrir la voie à une carrière enrichissante (professionnellement et financièrement) et qui garantira l'avenir de la famille tout en offrant la quiétude aux parents dans leurs vieux jours.

Inutile de dire que tout échec est vécu comme une honte, une calamité, pour la famille et certains jeunes craquent sous la pression.

La pression sur les jeunes, qui dure depuis des années, culmine alors en quelques heures où se jouent des destins. Inutile de dire que tout échec est vécu comme une honte, une calamité, pour la famille et certains jeunes craquent sous la pression. Pas surprenant que le deuxième caractère de GaoKao entre dans la composition du mot torture en mandarin.

Tous les moyens sont bons pour atteindre les meilleurs résultats possibles, lesquels donneront accès aux meilleures universités. Outre les études intensives, pratiquement sept jours sur sept, depuis le primaire, les étudiants tentent de se donner un avantage additionnel de dernière minute : prises d'oxygène, vitamines, tuteurs spécialisés, guides et, aussi, par la tricherie. Même si les tricheurs risquent maintenant la prison, des systèmes de triche élaborés ont été mis au jour et le gouvernement réplique avec des technologies non moins sophistiquées. Précisons que tricher aux examens n'est pas l'apanage des Chinois.

Une pression culturelle ancienne

Depuis Confucius, la sagesse chinoise enseigne l'importance de l'éducation. La pression pour réussir est donc familiale et profondément culturelle.

Donc, les grands examens ne sont pas un raffinement sadique du régime communiste. Ils existent depuis des centaines d'années. Ils avaient été abolis temporairement, il y a un peu plus d'un siècle, car ils étaient perçus comme la porte d'entrée vers des privilèges sociaux, ce qu'ils étaient, en effet. Bien que théoriquement accessibles à tous, seules les familles fortunées pouvaient se permettre de payer la formation préparatoire, pendant des années, surtout que, le nombre de lauréats étant limité, certains devaient s'y prendre à plusieurs reprises pour réussir. Le processus pouvait prendre des décennies car les examens, au niveau national, n'avaient lieu qu'aux trois ans. Dans les villes et villages, on érigeait des monuments pour honorer ceux qui réussissaient à atteindre le grade le plus élevé et la famille n'en tarissait pas d'orgueil! On reprochait aussi aux examens de favoriser une classe de dirigeants pétris de culture classique chinoise mais incapables de s'adapter aux exigences de la modernité, rendant le système responsable de la déchéance de la Chine au 19e siècle.

Les premiers Occidentaux qui visitèrent la Chine s'émerveillaient qu'on y érigeât plus de monuments en l'honneur de lettrés que pour souligner des faits d'armes de généraux! Ce qui amena des philosophes comme Voltaire à louanger, peut-être un peu trop ou, du moins, pas en toute connaissance, la sagesse des empereurs chinois. En donnant accès à la fonction publique chinoise de façon théoriquement impartiale, les examens impériaux récompensaient le mérite au lieu de privilégier la naissance, ce qui, à l'aube de la Révolution française et de l'abolition des privilèges aristocratiques, ne pouvait que résonner favorablement dans les esprits éclairés, empreints des vertus égalitaires.

Sous le régime communiste les GaoKao ont contribué à démocratiser l'accès à l'éducation supérieure. Conscient des inégalités sociales et régionales face à ces examens, le gouvernement réserve aujourd'hui des places dans les universités pour les élèves doués provenant des provinces éloignées des grands centres.

Certes, le système n'est pas parfait! Le nombre de places dans les universités chinoises demeure limité et les examens d'entrée aux études supérieures laissent pour compte de nombreux étudiants fort doués par ailleurs. C'est pourquoi, toujours à la recherche d'une éducation qui les portera vers le succès, de plus en plus de jeunes Chinois se tournent vers les universités étrangères. Leur nombre dépasse le million aujourd'hui contre moins de 40 000 il y a vingt ans.