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29/08/2015 08:53 EDT | Actualisé 29/08/2016 05:12 EDT

Pensées, rêves et espoir

ENSEIGNER AU 21e SIÈCLE - Certains diront que je suis un rêveur. Malgré tout, envers et contre tous, j'aime encore mon travail. Je crois, je veux croire, que nous faisons un travail essentiel. Un travail noble.

J'amorce, dans quelques heures, ma 23e année comme enseignant. Vingt-trois années à recommencer. Vingt-trois années à me remettre en question, à apprivoiser, à corriger, à réinventer. Vingt-trois années à tisser des liens, pour ensuite laisser aller. Vingt-trois années à être parfois découragé. Vingt-trois années à être plein d'espoir. Vingt-trois années à tenter de transmettre la passion à des jeunes parfois désillusionnés. Vingt-trois années à composer avec des crises, des déceptions, mais aussi avec des sourires et des rêves. Vingt-trois années à expérimenter. Vingt-trois années à vieillir. Vingt-trois années à rester jeune.

Tout ça recommence dans quelques jours.

J'ai hâte.

Comment ne pas me souvenir de ceux qui ont fait partie de ma première cohorte d'élèves? Ces jeunes m'ont permis de confirmer que c'est ce travail que je voulais faire. Pour une des premières fois de ma vie, je me suis senti vraiment à ma place, dans une classe, parmi eux.

Je me plais à penser à Viviane qui, l'an passé, a commencé l'année avec des résultats de 62% pour finir avec 87%!

Comment oublier Jérémy, un autre élève qui, alors que j'enseignais l'art dramatique, était incapable d'aligner deux répliques en début d'année et qui, en juin, tenait le premier rôle dans une commedia dell'arte?

Je m'interroge souvent à savoir ce que sont devenus les élèves de mon groupe de tripleurs de 3e secondaire. Des élèves contre qui le destin semblait s'être acharné. J'espère qu'ils ont su trouver leur chemin.

Aujourd'hui, je repense à tous ces galas d'excellence de fin d'année que j'ai écrits et réalisés avec Bernard et Christine. Je repense au trac fou de mes élèves-animateurs, et je repense à leur immense fierté une fois le gala terminé.

J'ai aussi une pensée pour cette journée d'avril 2004 où, dans un autobus quelque part dans les montagnes en direction de Delphes, en Grèce, Andréanne s'est mise à pleurer en disant qu'elle ne pouvait pas croire qu'à 16 ans, elle voyait toutes ces belles choses que plusieurs personnes ne verraient peut-être jamais.

À la veille de mon retour au travail, je pense à Joyce, ma stagiaire de l'an dernier, qui amorce cette année sa carrière dans l'enseignement, des projets plein la tête, mais aussi un peu inquiète de tout ce qui l'attend.

Je pense aussi à Linda et David qui, l'an dernier, ont eu le courage (l'audace?) d'amener leurs élèves aux Grands Ballets canadiens afin d'aller voir une adaptation du livre Le petit prince. Imaginez. Amener près de 200 jeunes de 14 et 15 ans - dont une centaine de garçons - au ballet! Vous savez quoi? Les jeunes ont adoré!

Je pense à Steve qui, par dévouement et par amour de ses élèves, des jeunes de 12 et 13 ans qui n'ont pas encore terminé leur primaire, a décidé de changer d'école afin de les suivre, car tout le groupe a été relocalisé dans une autre école.

Je pense à Charles qui, même à la «retraite», continue de faire le tour des entreprises et commerces du quartier afin de trouver des places de stage aux élèves qui étudient en formation de métiers semi-spécialisés (FMS).

Je pense à Eve et à tous ces enseignants d'arts qui font tout pour faire aimer la musique, le théâtre ou la peinture à des jeunes qui vivent dans une dans une société qui n'en a que pour les sciences.

Je pense à JF et Cargil, qui ne comptent plus les heures, les soirées et les fins de semaine consacrées à leurs élèves-athlètes.

Je pense à mon ami Mario, qui se creuse la tête pour monter un programme d'entrepreneuriat significatif et motivant pour ses élèves.

Je pense à Lucie, à Caroline et à tous les autres, qui inspirent leurs élèves par tous leurs beaux projets et leur dévouement.

Je pense aussi à ma femme, qui enseigne au primaire à des jeunes qui sont en adaptation scolaire et qui fait tout en son possible pour qu'ils puissent, un jour, intégrer le secondaire régulier.

J'ai aussi, bien évidemment, une pensée pour tous mes collègues à qui, encore une fois, on va demander d'en faire plus avec moins...

«Malgré tout, envers et contre tous, j'aime encore mon métier. Je crois, je veux croire, que nous faisons un travail essentiel. Un travail noble.»

Je rêve que le ministre de l'Éducation et le premier ministre se lèvent ensemble pour dire que l'éducation est une priorité. Qu'une société éduquée est plus ouverte sur le monde et sur les autres. Qu'une société éduquée occupe de meilleurs emplois, gagne généralement un meilleur salaire et coûte moins cher à l'État (ça, ils devaient aimer!).

Je rêve que le ministre de l'Éducation et le premier ministre affirment haut et fort l'importance et la nécessité d'un système d'éducation public qui est en santé.

Je rêve d'un gouvernement qui accordera autant d'importance à son équipe éducative qu'à son équipe économique.

Finalement, j'espère que les parents et la population continueront à nous appuyer si jamais nous sommes contraints à employer des moyens de pression plus musclés. J'espère qu'ils comprendront que si nous agissons ainsi, c'est pour le bien de l'éducation et pour le bien de leurs enfants.

Certains diront que je suis un rêveur. Malgré tout, envers et contre tous, j'aime encore mon travail. Je crois, je veux croire, que nous faisons un travail essentiel. Un travail noble.

Dans quelques jours, je fermerai la porte de ma classe et je rencontrerai mes nouveaux élèves.

Ce seront les premiers contacts. Il faudra briser le silence. Relever de nouveaux défis. Construire de nouvelles amitiés. Composer avec de nouvelles appréhensions. Établir de nouvelles complicités. Refaire le monde. Croire qu'on le change un peu. Fermer les yeux. Sauter dans le vide. Encore. Toujours.

J'ai hâte.

Bonne rentrée!

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