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23/01/2018 13:45 EST | Actualisé 23/01/2018 13:54 EST

Cachez ce cellulaire que je ne saurais voir…

Enseigner au 21e siècle, c’est aussi composer avec les nouvelles technologies.

Bien utilisé, le cellulaire est, pour moi, dans des circonstances bien précises, un outil pédagogique.
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Bien utilisé, le cellulaire est, pour moi, dans des circonstances bien précises, un outil pédagogique.

Le cellulaire à l'école. Certains le voient comme le mal, le centre de toutes les distractions. Mais, qu'en est-il des iPad et autres tablettes? Qu'en est-il des ordinateurs portables ? Ça, on en parle moins. Pourtant, on peut faire sensiblement les choses avec un iPad et un cellulaire, non? On peut envoyer et recevoir des textos. On peut prendre des photos de nous et de nos amis. On peut jouer à des jeux.

Si on peut être distrait par un cellulaire, on peut aussi l'être par un iPad. Par contre, si on peut apprendre avec un iPad, pourquoi ne pourrait-on pas apprendre avec un cellulaire?

Plusieurs écoles ont des programmes spéciaux qui favorisent l'utilisation de tablettes numériques ou d'ordinateurs portables. Un de mes fils a déjà fréquenté un programme où il devait avoir son MacBook en tout temps dans ses cours. Quelle est la différence entre un ordinateur portable, une tablette et un cellulaire? Êtes-vous en train de me dire que les élèves qui travaillent avec un iPad ne font jamais autre chose que consulter des sites pédagogiques?

Vais-je devoir interdire les travaux d'équipe parce que la proximité avec d'autres élèves les détourne de la tâche qu'ils ont à effectuer ?

Quand je demande à mes élèves de travailler en équipe pour préparer une présentation orale sur la censure dans les œuvres littéraires, sont-ils tous, tout le temps, en train de parler de censure? J'aimerais bien vous dire que c'est le cas, mais ça ne l'est pas... Il arrive que mes élèves parlent de leur fin de semaine, du bal des finissants qui s'en vient ou du choix de cégep qu'ils devront faire dans quelques semaines. Sachant cela, vais-je devoir interdire les travaux d'équipe parce que mes élèves font parfois autre chose que le travail demandé? Vais-je devoir interdire les travaux d'équipe parce que la proximité avec d'autres élèves les détourne de la tâche qu'ils ont à effectuer ?

Quand, dans ma classe, un élève me demande s'il peut consulter son cellulaire, cinq minutes, pour aller chercher une information, pour aller voir si Rimbaud était en chicane avec Baudelaire ou Verlaine, pourquoi je ne lui permettrais pas de le faire?

J'ai une page Facebook-prof et une autre sur la plateforme pédagogique ChallengeU. Si un élève me demande d'utiliser son cellulaire pour aller consulter une de mes pages pour compléter ses notes, pour faire un exercice, pourquoi lui dirais-je non?

Pour une raison que j'ignore, certains jeunes se sont réconciliés un peu avec la lecture grâce à la version numérique de certains romans.

On peut aussi télécharger des livres sur un cellulaire. La version numérique est souvent moins dispendieuse que la version papier. La version électronique permet de souligner des passages, de mettre des signets, de prendre des notes et on peut cliquer sur un mot pour en connaître la signification. Alors, quand mon élève me demande de prendre son cellulaire pour lire son roman, pourquoi l'empêcherais-je de le faire? Il lit ! Pour une raison que j'ignore, certains jeunes se sont réconciliés un peu avec la lecture grâce à la version numérique de certains romans. Peut-être qu'ils trouvaient le «livre papier» trop rébarbatif, trop gros. Peut-être que c'était écrit trop petit... Je l'ignore. Mais certains préfèrent lire sur une tablette ou un cellulaire. Et moi, vous savez, s'ils lisent, je ne les découragerai pas.

Dans le cadre du volet littérature de mon cours de français, j'ai demandé à mes élèves de réaliser des capsules vidéos sur des auteurs et des œuvres qui ont marqué l'histoire littéraire du 20e siècle. L'école ne peut pas fournir de caméras à mes élèves. Par contre, tous mes élèves (ou presque) ont un cellulaire. Le cellulaire me permet donc de faire réaliser ce projet à mes élèves et je crois que cette approche les intéresse davantage que celle d'un cours théorique.

J'imagine que les écoles qui travaillent avec des tablettes ou des ordinateurs portables en ont réglementé l'utilisation. Alors, si on peut réglementer l'utilisation des tablettes et des ordinateurs portables, on peut aussi le faire avec le cellulaire, non? Pour ma part, avant d'utiliser leur téléphone, les élèves doivent me demander la permission. Ils ne peuvent pas l'utiliser tout le temps, dans toutes les circonstances. Ils ne l'ont pas tout le temps dans leurs mains. Je ne le permettrais pas. C'est une question de respect. Lors des examens, mes élèves doivent mettre leur cellulaire sur mon bureau ou encore, le laisser dans leur casier. J'ai mis des balises, établi des limites. Exactement comme je le fais pour d'autres aspects de ma gestion de classe.

Bien utilisé, le cellulaire est, pour moi, dans des circonstances bien précises, un outil pédagogique.

Je ne dis pas que ma façon de faire est la bonne. Je ne veux pas l'imposer à personne. Moi, je suis à l'aise avec ça. Bien utilisé, le cellulaire est, pour moi, dans des circonstances bien précises, un outil pédagogique.

Qu'on le veuille ou non, le cellulaire est là pour de bon, tout comme les tablettes numériques et les ordinateurs portables. Faisons donc de l'éducation avec nos jeunes. Montrons-leur quand et comment utiliser ces outils au lieu de les interdire...

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