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24/06/2015 11:53 EDT | Actualisé 24/06/2016 05:12 EDT

Et si les parents étaient l'ultime recours pour protéger l'école publique?

Il ne s'agit pas d'un scénario catastrophe hypothétique comme le laisse croire le ministre: les effets des compressions toucheront nos enfants dès la rentrée 2015.

Certains s'interrogent sur l'instrumentalisation possible de l'appui des parents par les syndicats et les commissions scolaires dans le débat sur le financement du système d'éducation. Ils soutiennent ainsi le gouvernement qui, par cet amalgame, tente de discréditer la mobilisation des parents qu'il ne parvient pas à endiguer. Permettez-nous de rectifier les faits.

Loin d'entériner les décisions des commissions scolaires, CSDM ou autres, ou de prendre parti dans les joutes politiques de celles-ci face au ministère, les parents sont à même de constater dans les écoles les effets désastreux des compressions budgétaires des dernières années et de celles, fort nombreuses, annoncées plus récemment.

Si nous ne sommes pas experts en ingénierie scolaire, nous sommes certainement experts des besoins de nos enfants. Notre constat est des plus inquiétants: contrairement à ce que le gouvernement tente de nous faire croire, ces compressions touchent de plein fouet les services aux élèves et réduisent la capacité de l'école publique à répondre adéquatement aux besoins de nos enfants. Ceci est inacceptable!

Voilà pourquoi nous avons réalisé avec peu de moyens ces actions citoyennes, apolitiques et indépendantes que sont les chaînes humaines pour protéger nos écoles publiques, lesquelles ont réussi à réunir 8000 personnes devant près d'une centaine d'écoles à travers 8 régions du Québec le 1er juin dernier. Et nous serons encore plus nombreux à répéter l'opération le 1er septembre!

Il est vrai que les enseignants décrient depuis longtemps le désastre annoncé. Contrairement aux parents, ils sont aux premières loges pour constater les dégâts. Et voilà que de nombreuses commissions scolaires annoncent les choix budgétaires crève-cœur qu'elles ont dû se résoudre à faire pour suivre les règles budgétaires qu'impose Québec.

Soudainement, les discours des parents, enseignants et commissaires convergent au-delà de leurs intérêts spécifiques, et ce dans plusieurs régions. Pourquoi? Parce que l'école publique est à un point de non-retour. Les compressions doivent cesser et l'éducation doit devenir une priorité au Québec.

Rappel des faits

Malgré une surpopulation croissante dans les écoles, on réduit leurs budgets. Les conséquences annoncées sont dramatiques. On parle d'une diminution du soutien aux élèves en difficulté engendrée par des réductions importantes de personnel spécialisé (psychoéducateurs, éducateurs spécialisés, orthopédagogues, orthophonistes) et ce, malgré leur intégration dans les classes ordinaires.

En réduisant de façon importante le soutien aux enseignants et en alourdissant leurs tâches, les compressions annoncées nous dirigent tout droit vers une école où nos enfants recevront moins d'attention de leur enseignant. Ajoutez à cela l'augmentation du nombre d'élèves par groupe dès la 3e année, l'abolition de postes de conseillers pédagogiques et de directions adjointes, l'élimination des ratios enseignant/élèves spécifiques aux classes de milieux défavorisés, l'abandon de programmes d'aide aux devoirs et d'aide alimentaire essentiels pour les élèves les plus démunis, l'abolition de services de transport scolaire ainsi que des compressions marquées dans les services de garde.

Il ne s'agit pas d'un scénario catastrophe hypothétique comme le laisse croire le ministre de l'Éducation, François Blais: les effets des compressions toucheront nos écoles - et nos enfants - dès la rentrée 2015! Comment les parents pourraient-ils fermer les yeux devant un tel constat?

Le gouvernement clame qu'il travaille pour les prochaines générations en imposant ces mesures d'austérité. Nous constatons qu'il s'apprête plutôt à saccager l'école publique québécoise et à réduire les chances de chacun de nos enfants d'atteindre son plein potentiel.

L'arrivée des parents dans le débat gêne le gouvernement dans l'application de ses décisions. Leur mobilisation est peut-être le dernier rempart qui protégera ce droit fondamental, mais aussi cette ressource formidable qu'est l'éducation de qualité pour tous au Québec.

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