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12/04/2015 07:49 EDT | Actualisé 12/06/2015 05:12 EDT

Duel entre raison et émotion

Car la nuit est longue se présente comme l'introspection d'un homme face au viol de sa femme.

Publié par les Éditions David, Car la nuit est longue se présente comme l'introspection d'un homme face au viol de sa femme. Dès les premières pages du livre de Sophie Bérubé, on plonge tête première dans le cœur de l'histoire. Kaï revient d'une sortie accompagnée de sa sœur. Cette dernière informe son mari qu'elles reviennent de l'hôpital puisque Kaï a été violée alors qu'elle rentrait de sa soirée. Aussitôt, Christophe tente de réconforter sa femme. Il est prêt à tout pour mettre un baume sur les blessures de celle qu'il aime. À ce moment, il ignore encore l'étendue des marques tant émotives que physiques que laissera cette agression à la victime et à ses proches.

Pleinement conscient que son rôle cette nuit-là est d'être présent pour sa conjointe et de lui communiquer amour et tendresse pour contrebalancer la violence de ce qu'elle vient de vivre, contre toute attente, Christophe n'arrive pas à se départir de ses pensées égocentriques. Habité par le désarroi, il est déchiré entre ce qu'il éprouve et ce qu'il croit devoir offrir à sa femme. Ce chamboulement dans leur vie a pour effet d'exposer d'un coup toutes les fissures préexistantes de leur couple qu'ils croyaient solide comme du béton.

Pour distraire Kaï, son mari entreprend de raconter l'histoire de leur rencontre. C'est l'un des rares passages du roman qui s'éloignent de l'attaque pour apporter un peu de gaieté au récit. Ce segment permet entre autres au lecteur de découvrir les balbutiements du couple avant que Christophe ne poursuive sa narration en changeant la suite des événements pour lui donner des allures de conte de fées. Au fil des pages, les tentatives de Christophe pour soutenir Kaï dans cette épreuve s'accumulent sans grand succès.

Bien que la trame de fond interpelle le lecteur, l'histoire traîne en longueur malgré ses 128 pages. Le lecteur comprend rapidement le dilemme de Christophe, ainsi l'abondance d'exemples et de dialogues intérieurs donnent l'impression de faire du surplace.

Si l'absence de chapitre impose généralement un certain rythme au récit, cette fois, l'effet est inverse. Le lecteur n'a pas de repère de temps à l'exception de quelques commentaires de Christophe qui l'informe que la nuit s'étire sans savoir quand elle prendra fin. On a l'impression que le temps s'est arrêté et que les minutes s'égrènent aussi lentement que lors du dernier jour de travail avant les vacances d'été.

L'impact du viol pour les proches de la victime est un sujet rarement exploré en littérature. Il est compréhensible qu'il en soit ainsi puisqu'il est difficile d'en tirer une histoire à l'eau de rose qui laissera un agréable sentiment. Il n'en reste pas moins que cette réalité mérite d'être exposée pour en élargir la compréhension. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je salue le choix de l'auteure qui a voulu lever le voile sur cette facette qui reste trop souvent méconnue.

Si Car la nuit est longue est le cinquième ouvrage de Sophie Bérubé, il est son premier roman. Elle a auparavant signé trois titres de littérature jeunesse et un recueuil de poésie avec lequel elle a reçu le Prix France-Acadie en 2003. Originaire de la ville de Québec, Mme Bérubé s'est depuis installée en Nouvelle-Écosse.

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