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03/01/2018 09:00 EST | Actualisé 03/01/2018 09:00 EST

Le bitcoin en 2018: retour à la raison?

Le vrai enjeu, qui n'est pas une bataille, tourne autour de nouvelles technologies qui soient créatrices de valeurs nouvelles et non prédatrices de valeurs existantes.

Dado Ruvic / Reuters

L'année qui vient de s'écouler a été marquée par toutes les absurdités possibles en matière de cryptomonnaies, la faute à la folie « bitcoin ». La raison semble l'emporter et aussi le respect de « l'argent des autres », c'est-à-dire des épargnants.

De la folie dans tous les domaines

On ne s'appesantira pas sur la folie des prix. Pour une monnaie qui ne repose sur rien, qui n'est, comme on l'avait indiqué, que du vent, observer ce mouvement de quasi hystérie collective, genre « tulipe » ou « compagnie des indes », qui a conduit les cours de 1000 euros à 20 000, ne pouvait que provoquer des réactions de la part des pouvoirs publics.

Les raisons tiennent aussi à ce que le petit porteur, comme d'habitude dans ces systèmes de Ponzi, est manipulé et rapidement « essoré ». Il est le moyen par lequel on fait monter les prix, pour ensuite le ruiner en les faisant plonger.

Il suffit de voir la mine réjouie des jumeaux de Wall Street assis sur leur milliard pour convenir qu'il y a quelque chose de vicié dans le fonctionnement des marchés de cryptomonnaies.

Prix manipulés dans des marchés opaques où les « gros investisseurs » s'entendent entre eux, marchés qui conduisent à se demander où est la fameuse égalité des bitcoiners et des mineurs quand on sait que mille investisseurs possèdent 40% du total des bitcoins « minés ». Il suffit de voir la mine réjouie des jumeaux de Wall Street assis sur leur milliard pour convenir qu'il y a quelque chose de vicié dans le fonctionnement des marchés de cryptomonnaies.

À tout ceci, rajoutons le fait que plus un seul « petit mineur » n'a de chances de miner quoi que ce soit et que le « minage » est le fait de grandes usines représentant des investissements considérables. On découvre à cette occasion que le minage est devenu une activité chinoise et que les pays de la zone asiatique : Hong-Kong, Singapour, Taïwan, etc. sont devenus les maîtres du bitcoin.

Cette domination se traduit par un rôle déterminant dans les fameuses évolutions qui doit faire du Bitcoin autre chose que la monnaie la plus lente du monde! Le consensus de New York a été jeté aux oubliettes par les acteurs asiatiques poussant le bitcoin à « bourgeonner » de façon aberrante multipliant monnaies dérivées et sous-monnaies parallèles ; belle monnaie que celle qui à la première difficulté se divise, se dédouble et finit par rendre encore plus opaque son mode opératoire !

En définitive de monnaie indépendante et libre, ouverte et transparente, le bitcoin a évolué vers le statut de monnaie soumise et influençable, glauque et inégalitaire.

Revenir à la raison et soumettre les processus spéculatifs

La reprise en main est en cours. Qui pouvait croire un instant que les États accepteraient qu'un instrument d'échange gentiment anonyme et aimablement utopique permette à ses acteurs de cacher leurs opérations, leurs revenus et leurs plus-values ?

En tout cas, ni l'Inde ni la Corée du Sud n'ont été très heureuses de voir à quel point les acteurs du bitcoin et leurs émules des monnaies cryptées se moquaient des lois et développaient des business sans contrôle.

D'autres pays ont insisté sur la protection de l'épargne et la transparence des acteurs financiers et bancaires. La France a lancé une initiative européenne et mondiale qui est dans la droite ligne de la volonté de lutter contre les manipulations de marchés, les spéculations débridées et les montages financiers vaseux conduisant à des chaines de Ponzi sous différentes formes.

Le bitcoin n'est pas une monnaie, ses mauvais rendements technologiques l'ont montré, la volatilité de ses cours en est une confirmation. Mais le bitcoin n'est pas non plus un actif ; sans sous-jacent, c'est une illusion d'actif. Malheureusement, la soif de « gagner de l'argent en dormant » est toujours très forte et conduit à des risques graves, tant pour les épargnants qui s'y engagent inconsidérément que pour les promoteurs du bitcoin qui survendent un produit sans consistance et les poussent à s'endetter pour pouvoir acquérir des bitcoins de plus en plus chers.

La nécessité d'une régulation, d'un contrôle et de la suppression de l'anonymat, sont donc à l'ordre du jour.

La nécessité d'une régulation, d'un contrôle et de la suppression de l'anonymat, sont donc à l'ordre du jour. La monnaie décentralisée où le tiers de confiance est un algorithme est ainsi, un peu partout dans le monde, en passe d'être mise sous surveillance et d'être régulée.

On n'insistera pas sur le fait que le bitcoin a été aussi l'occasion de trafics peu ragoûtants : monnaie des ransomwares et du piratage, des hackers et des trafiquants d'armes et de drogues. On dira simplement : « raison de plus ».

Il n'y a pas de bataille du bitcoin où les forces du bien, libertaires et américaines, transformeraient le monde en un univers heureux et ensoleillé. En revanche, il y a bien une bataille contre le pullulement de ses émules et la diffusion de méthodes d'escrocs.

Le vrai enjeu, qui n'est pas une bataille, tourne autour de nouvelles technologies qui soient créatrices de valeurs nouvelles et non prédatrices de valeurs existantes. La seule valeur dont le bitcoin a, sans le vouloir, assuré la promotion est celle de la technologique blockchain. C'est elle qui est porteuse d'avenir. Le bitcoin, lui, n'est finalement qu'un Klondike idéal : les mineurs restent bien au chaud chez eux.