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09/01/2018 09:00 EST | Actualisé 09/01/2018 09:00 EST

Crypto-monnaies : des questions pour 2018

Voici les investigations qu'il faudra lancer en 2018, le plus vite possible.

Dado Ruvic / Reuters

Les commentaires et chroniques ne cessent de se multiplier sur les monnaies cryptées. Entre rêve emersonnien et réalité « darknet », il est utile de revenir sur les questions qui, elles aussi, se multiplient.

On en propose ici une recension en ayant conscience que le rythme de plus en plus rapide des évènements ne simplifie pas la tâche !

Voici donc les investigations qu'il faudra lancer en 2018, le plus vite possible. Elles devraient porter sur :

  1. Les deux catégories de fans historiques de crypto-monnaies

  • Les panurgiens : tous ceux-là qui se précipitent pour profiter d'un bitcoin à 50 000, 500 000 et pourquoi pas à 5 000 000. L'étude psychologique de ces débordements de la raison traîne un peu partout. Les victimes de Madoff, d'Aristofil et les autres « Ponzi-men », sont tous mus par l'idée que l'argent ne se gagne pas à la sueur de son front et qu'on peut s'enrichir en dormant (c'est-à-dire en laissant suer les autres). L'investigation portera sur les supports médiatiques (livres « scientifiques », messages sur les réseaux sociaux) et leurs acteurs (les nombreuses start-ups ou plateformes de négociations, sans compter les early-bitcoiners). Elle se donnera pour tâche d'anticiper les moyens d'agir contre tous ceux qui ont diffusé des messages appelant les panurgiens à une prétendue spéculation sans risque.

On gardera en tête que les petits porteurs sont très nombreux. Il faudra investiguer sur le fait qu'ils sont une manne pour le millier de « gros pro » (40% des actifs en crypto-assets) : ils assurent la liquidité... à leurs dépens, car ils sont panurgiens.

  • Les « professionnels ». Parmi eux les fameux « jumeaux » de New York et les banques qui ont cédé aux appels de leurs clients à une « petite » spéculation sympathique sur les monnaies cryptées. Les « gros professionnels » et leurs manipulations de marché : le bitcoin baisse, Ripple explose, tel coin s'effondre au moment où tel autre s'envole.
  1. Le contexte monétaro bancaire

  • Pourquoi tant d'argent investi sur tant de vide ? À l'exception de véritables projets et réalisations dont Ethereum et Ripple, 90% des monnaies cryptées n'ont aucun sous-jacent. Quels sont les motifs objectifs et économiques qui poussent les « panurgiens » à se précipiter du haut de la falaise ? (Pour ce qui est des mobiles psychologiques, voir plus haut). Cela tient-il à l'abondance de l'argent ? Cela tient-il à un éventuel corollaire : les taux d'intérêt très faibles?
  • Les panurgiens se sont-ils vu faciliter la voie de la spéculation par les prêts personnels ou à la consommation consentie par des institutions financières à la conscience élastique ? La fin-tech est le domaine où la création de nouvelles entreprises est le plus intense. Ce dynamisme n'est-il pas le reflet de l'exubérance de la prise de risque ou celui de l'esprit « take the money and run ? ».
  1. La question de la prise de risque

  • L'effondrement des taux d'intérêt est-il dû à la politique accommodante des banques centrales ? L'abondance de liquidité s'est-elle traduite par la remise au goût du jour de la prise de risque comme technique de valorisation des encaisses monétaires ? Le fait qu'une très grande majorité de start-ups ait vu le jour dans l'univers financier est-il à la fois une explication et une question ?
  • Il est important d'élucider la question de la part du risque « crypto-monnaie » dans la gestion de portefeuille des « crypto-investisseurs ». En particulier, on devra analyser la différence de comportement des « panurgiens et de « gros-pro ». Entre le petit qui a tout misé sur une seule case et le gros qui a affecté une part de sa gestion de risque sur un panel de « crypto-assets ». Les différences seraient de nature et non de taille ? Quels sont leurs rôles respectifs dans les engouements de marchés et leurs effondrements.
  1. La promotion de l'illégalité

  • La plupart des gouvernements sont conscients des effets désastreux que pourraient avoir des transactions anonymes entre acteurs inconnus. Il sera intéressant de recenser et d'analyser les pistes de réaction étatiques. Il faudra se demander s'il faut placer le niveau des responsabilités au niveau des « professionnels », les fameuses « plateformes », moins nombreuses et plus facilement sanctionnables ou au niveau des titulaires de « wallets » ? Les idées à l'étude en Inde sont intéressantes. Faut-il revenir sur la jurisprudence de la Cour de justice européenne, trop généreuse ?
  • On devra aussi s'interroger sur les raisons qui ont fait se multiplier les monnaies cryptées (plus d'un millier). Outre le fait de créer des confusions préjudiciables à l'ouverture des marchés de biens et de services, ainsi que des marchés de capitaux, ne sont-elles pas le fait d'escrocs purs et simples ? Derrière certaines d'entre elles, quelles mafias, quels services secrets, de quelles nations ?
  1. La « géopolitique » des monnaies cryptées

  • On a vu que le bitcoin n'a pu se réformer en raison de l'intervention de nombreuses « plateformes » et institutions « new fintech » d'origine asiatique. On sait que le minage est devenu une spécialité chinoise et que les « grands » du bitcoin sur le plan technologique sont chinois ? À quel point ? Pourquoi ? Le gouvernement chinois est interventionniste (à l'opposé de l'esprit Bitcoin) et obéi ?
  • Il faudra se demander à quel point les crypto-monnaies peuvent remettre en cause les initiatives internationales de transparence, de luttes contre le blanchiment de la fraude fiscale et de l'argent du crime ? Ce qui reviendra à se demander qui est derrière les crypto-monnaies (voir plus haut) et quelles initiatives pour les contrôler (voir l'initiative du ministre français des Finances auprès du G20).
  1. La production des monnaies cryptées et leurs dérivés

  • La consommation électrique des monnaies cryptées tend à devenir monstrueuse alors que ces monnaies sont bien incapables de rendre les services de paiement dans des conditions équivalentes à celles des banques. C'est une question essentielle : détournement d'une partie des ressources d'investissement, impact écologique, détournement d'une partie des ressources énergétiques de certains pays. Dans le même sens, le développement massif de l'utilisation des réseaux internet en raison de l'usage des « POW » (proof of work) dont le poids en calculs mathématiques est particulièrement lourd peut conduire à réviser l'usage et l'accès de ces réseaux (voir l'initiative de D.Trump). Ce risque ne porterait pas seulement sur les conditions du marché des « crypto », mais sur toutes les formes d'utilisation de l'internet.
  • Les dérivés : jetons, tokens, et autres « assets » nées des ICO comportent des risques considérables pour l'épargne et l'affectation rationnelle des ressources d'investissements. L'utilisation massive des crypto-monnaies pour acquérir ces dérivés « crypto » n'exprime-t-elle pas des tentatives d'échapper aux régulations internationales concernant la création de nouveaux produits d'investissements ?
  1. L'anticipation des risques de désordres monétaires internationaux

  • De nombreux spécialistes, banquiers, chercheurs s'alarment du développement incontrôlé des monnaies cryptées, des ICO et des tokens en tout genre ? L'illiquidité générale de ces « assets » peut-elle conduire aux mêmes conséquences que l'illiquidité des produits structurés à base de subprime dans les années 2007-2009 ? Les paniques d'épargnants ne risquent-elles pas d'être plus violentes sachant que la pénétration des « crypto-produits » est plus diffuse, plus atomisé que celle des sub-prime ?
  • L'effondrement du marché des « tokens » et « ICO » ne mettra-t-il pas en grand danger le mouvement de rénovation des économies occidentales, la fuite devant ces investissements les privant de ressources indispensables.

On le voit, il y a beaucoup de travail à mener sur la question des crypto-monnaies et des crypto-marchés et sur les vrais enjeux : il faudra éviter que l'absence de regard objectif sur ces questions conduise à oublier que le vrai changement, celui de la blockchain soit négligé ou passe en second plan, dans les investissements et les réflexions pour 2018.

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