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12/11/2018 09:55 EST | Actualisé 12/11/2018 10:47 EST

Mon ami photoreporter s’est fait arrêter par la police cubaine

Où est passée l'ouverture qui semblait remplir d'espoir les habitants si attachants de ce pays?

L'arrivée aux États-Unis d'un nouveau président hostile, agressif et sans concession a mis fin à une courte lune de miel.
Felix Neudel / EyeEm via Getty Images
L'arrivée aux États-Unis d'un nouveau président hostile, agressif et sans concession a mis fin à une courte lune de miel.

David Himbert est photographe. Il a fait des portraits d'Emmanuel Macron, de Justin Trudeau, de Malala Yousafzai, de Malcom X, de Jacques Séguela et de tant d'autres. David travaille depuis plusieurs années sur un projet de documentation de la transition de Cuba. Je l'avais accompagné lors de son photo reportage sur les obsèques de Fidel Castro en 2016. J'en avais tiré un article publié dans Urbania. La semaine dernière, David Himbert a passé une journée en détention à Cuba.

Tout son travail a été confisqué par la police cubaine. Ses photos, ses cartes mémoires, ses disques durs ont disparu. Il ne pourra rien montrer des cinq jours de rencontres et de reportages qu'il avait minutieusement préparés. Il avait visité le quartier des ambassades où la diplomatie tente de rattraper le cours de l'histoire, tissé des liens avec des gens qui vivent dans des immeubles sur le point de s'effondrer comme un dictateur usé par le pouvoir, assisté pour énième fois aux entraînements de jeunes boxeurs aux regards durs.

En bon photoreporter, il voulait montrer tous les aspects d'une société qui s'apprêtait à basculer du communisme au libéralisme.

Il avait photographié Cuba qui change, Cuba qui se branche, Cuba qui découvre le monde. Il avait aussi voulu rencontrer des dissidents comme Berta Soler, la leader de Las damas de blanco, mouvement constitué des femmes et des proches de prisonniers politiques. En bon photoreporter, il voulait montrer tous les aspects d'une société qui s'apprêtait à basculer du communisme au libéralisme.

Mais David ne pourra pas diffuser ces images qui auraient pu témoigner des bouleversements qui secouent l'île depuis la visite historique de Barack Obama à la mort de Fidel Castro en passant par l'élection de Donald Trump et l'arrivée du nouveau président Diaz-Canel.

La police l'a arrêté alors qu'il sortait du taxi qui venait de le déposer dans une banlieue de La Havane non loin de la maison de Berta Soler. Assignée à résidence, la femme de 55 ans doit vivre cachée. David espérait cependant pouvoir la photographier au moins de loin, pour partager un peu de son quotidien et témoigner du manque de liberté et du poids de la répression. Il ne savait pas que la police le surveillait et que ses conversations téléphoniques avec la célèbre dissidente avaient été interceptées.

David Himbert
Police cubaine

David Himbert et son traducteur cubain ont été interpellés par un policier en civil. Les deux hommes ont ensuite été transférés au département de sécurité de l'État (Departamento de Seguridad del Estado) où ils ont subi durant trois heures un interrogatoire en règle. Les policiers, qui avaient confisqué le passeport du photographe franco-canadien, ont commencé à examiner et effacer les photos qu'il avait prises. Ils l'ont ensuite transféré sous escorte policière vers l'aéroport de Varadero où il devait prendre son vol de retour le soir même.

À Varadero, sans qu'il ne puisse ni boire ni manger, mais sans violence, David Himbert a dû à nouveau se soumettre à une mise en examen de quatre heures durant laquelle les policiers ont méthodiquement fouillé ses affaires et décidé de confisquer tous les supports sur lesquels se trouvaient son travail.

Les autorités l'ont relâché juste avant le décollage de son avion.

David Himbert est libre. Il a perdu tout son travail. Il ne pourra sans doute pas retourner de sitôt à Cuba, mais il a dormi dans son lit, mangé à sa faim, retrouvé le confort de son foyer et la présence des siens. Comme à la grande époque de la guerre froide, le régime cubain a réussi à museler le reporter. Désormais, il est devenu quasi impossible à la presse étrangère de témoigner de ce qui se passe réellement sur l'île. Un durcissement qui n'augure rien de bon pour l'avenir des Cubains.

Que se passe-t-il à Cuba?

Où est passée l'ouverture qui semblait remplir d'espoir les habitants si attachants de ce pays? Que sont devenues les promesses de liberté dont Raul Castro devait être le garant? Depuis la mort de Fidel, c'est plutôt un resserrement de la surveillance que l'on ressent. La presse étrangère est redevenue persona non grata.

L'arrivée aux États-Unis d'un nouveau président hostile, agressif et sans concession a mis fin à une courte lune de miel. Les Dames en blanc de Berta Soler et tous les groupes dissidents n'ont pas fini de voir leurs libertés brimées et leurs mouvements opprimés.

David Himbert
Procès verbal, Cuba 2018

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