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10/12/2015 02:43 EST | Actualisé 09/12/2016 05:12 EST

Les électeurs du FN ne sont pas cons

Non, les électeurs du FN ne sont pas cons. Ils sont de leur époque. Ils ont besoin d'idées simples, de concepts faciles à comprendre, d'images fortes, de discours répétés comme une ritournelle à la télé.

Depuis dimanche dernier, tout ce que la France et le reste du monde libre compte de penseurs, de chroniqueurs, de personnalités médiatiques et d'analystes diplômés tente d'expliquer le tsunami FN comme un ivrogne essayerait de justifier sa migraine un lendemain de veille. Il l'avait vue venir, mais il n'a pas pu s'empêcher de vider les fonds de bouteille avant le lever du soleil...

Chacun y est allé de son analyse historico-sociale ou de sa réflexion politico-française. On a accusé tout le monde et son beau-frère, on a découvert mille raisons et trouvé autant d'occasions de justifier la bérézina. Faute de pouvoir colmater la fracture sociale, il fallait pouvoir l'expliquer. Les analyses exhaustives, les déclarations tonitruantes et les éditoriaux ironiques ont inondé les ondes en moins de temps qu'il en faut à François Hollande pour faire une boulette.

On a surtout raillé l'électeur du FN et pointé du doigt sa soi-disant ignorance congénitale. Tout y est passé: le taux d'analphabétisme chez les frontistes, le crétinisme des fans de la famille Le Pen, le manque de culture de la droite, la candeur des votants, les cotes d'écoute de Secret Story, le décrochage scolaire... À lire et écouter les bons mots des bien-pensants qui sévissent sur les tribunes, les unes et les ondes, les électeurs du FN sont tous plus cons les uns que les autres.

Il n'y a rien de plus faux.

Ceux qui ont voté bleu Marine ne sont pas plus débiles que ceux qui sont restés chez eux le jour du scrutin. Tout comme les fans de Donald Trump ne sont pas des décérébrés sortis de l'ère Cro-Magnon. Tourner en ridicule des gens qui n'ont pas les mêmes opinions que vous ne les fera pas changer de camp. Au contraire.

Comparer la vague FN au nazisme ou les idées de Trump à celles d'Hitler n'a pour effet que d'augmenter leur visibilité. Plus Donald Trump s'enfonce dans ses délires, plus on entend parler de lui. Plus les Le Pen dérapent, plus les médias en parlent. Et vous connaissez l'adage «parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en...» Il est trop tard pour ne plus en parler.

Non, les électeurs du FN ne sont pas cons. Ils sont de leur époque. Ils ont besoin d'idées simples, de concepts faciles à comprendre, d'images fortes, de discours répétés comme une ritournelle à la télé. Les sirènes du FN chantent une musique que leurs oreilles captives ont enregistrée. Il est maintenant difficile de leur faire apprendre un autre refrain. Et pendant que les contrits et les inquiets agitent les bras et hurlent à l'attentat à la connerie. Les ostracisés vont voter.

Comme disait une chroniqueuse belge sur les ondes de France Inter: «Un con qui vote aura toujours plus de poids que deux intellectuels qui s'abstiennent». Et rien que pour cette raison, les cons ne le sont pas tant que ça.

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