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07/01/2019 10:17 EST | Actualisé 07/01/2019 10:18 EST

Scandale de la galette des rois.eines: la recette d’un fake

2019 sera l'année où les internautes devront se méfier de tout et de tout le monde.

L'image circulant sur Twitter.
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L'image circulant sur Twitter.

Vendredi, sur les médias sociaux, est apparue la photo de ce qui semblait être une affiche de vente de frangipane (vous savez, ce gâteau rempli de crème pâtissière faite à base d'amandes pilées que l'on sert traditionnellement le 6 janvier, à l'occasion de l'Épiphanie). Sans mise en contexte, l'image annonçait «Galette des rois.eines - 6 janv. 14h00».

Qui l'avait créée? Où était-elle affichée? Qu'annonçait-elle réellement?

Rapidement, comme de la poudre de perlimpinpin, la photo s'est répandue dans les médias sociaux français, suivis des québécois (décalage horaire sans doute), chacun s'étonnant ou, plus rarement, se réjouissant de l'usage de l'écriture inclusive pour débaptiser une fête traditionnelle qui réunit depuis des siècles les amis et les familles.

Les plus religieux rappelaient que la fameuse galette avait été inventée pour célébrer la visite des Rois mages à la crèche de Jésus. Avec ironie, des twitteurs ont rebaptisé Melchior, Balthazar et celui dont on oublie toujours le nom, Gaspard, pour en faire un trio de «Reines mages». Désormais, ce serait Melchiorette, Balthazaza et Gasparda.

Les plus érudits rappelaient en passant que la galette des rois était en fait une dérive des Saturnales, une fête romaine en l'honneur de Saturne, dieu de l'agriculture et des semences. Les Saturnales symbolisaient le réveil de la terre après le solstice d'hiver. Pour l'occasion, les Romains nommaient un roi temporaire. Au tournant du 14e siècle, les catholiques redéfinirent la recette pour en faire la tradition de la galette que l'on connaît dans laquelle on cache une fève et que l'on partage avec la famille et les amis.

La photo de l'affiche explicitement inclusive s'est vite retrouvée entre les doigts de Pierre-Henri E., passe-plat de N. Dupont-Aignan, de Florian Philippot, qui s'y connaît en galettes, et du Canadien Mathieu Bock-Côté qui a RT Olivier Babeau en se léchant les doigts, pour n'en nommer que quelques-uns.

D'où vient la «Galette des rois.eines»?

On retrouve aussi des traces de l'image de la galette non genrée sur le compte Facebook de Frederico Boris Iuliani, un clown québécois qui affirme que «Les étudiant.e.iel.s de l'UQAM vendent des produits pour financer leurs activités parascolaires...».

À partir de là, la galette a envahi l'Amérique.

Partout, c'est la même image qui circule. Le même cadrage. Pas d'environnement. Pas d'indice qui permet de la situer dans l'espace et dans le temps. Les coordonnées grossièrement effacées cachent un numéro de téléphone qui ne ressemble pas aux numéros de Montréal. L'affirmation de Frederico Boris Iuliani est donc certainement erronée.

Mais alors, d'où vient-elle?

Une petite recherche permet de découvrir que la plus ancienne apparition de l'image en question semble se trouver sur la page Facebook Paye Ta Féministe gérée par des anonymes. Disons que ce n'est pas ce qu'il y a de plus fiable comme source. Deux jours après l'apparition de l'image, aucune autre photo ne vient confirmer l'existence réelle de cette royale formulation.

Tout porte à croire que c'est donc un autre faux. Canular créatif ou fausse information intentionnellement montée en épingle pour nuire?

2019 sera l'année où les internautes devront se méfier de tout et de tout le monde. À ce propos, des personnalités comme Pierre-Henri E., Florian Philippot ou Mathieu Bock-Côté, qui devraient donner l'exemple, ont encore du travail à faire.

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